« La rue, c’est nous » : le Pouvoir passe à l’offensive dans la rue
En annonçant sa marche du 24 juillet, l'UDPS dispute la rue à l'opposition. Une contre-mobilisation qui montre à la fois la force et le désordre du camp présidentiel.
Augustin Kabuya T., Secrétaire général de l'UDPS. Photo-archives.
© Comm UDPS
AFP
Pendant des années, l’UDPS a gouverné. La voici qui veut la rue. « La rue, c’est nous », a lancé son secrétaire général, Augustin Kabuya, le 19 juillet, en annonçant une marche du parti présidentiel pour le 24 juillet. La formule dit un changement de posture : longtemps installé dans les institutions, le camp de Félix Tshisekedi entend désormais disputer à l’opposition le terrain qu’elle avait fait sien, celui des cortèges et des mots d’ordre.
Jusque-là, la contestation de rue était l’arme de l’opposition : journées « ville morte », sit-in, marches vers le Palais de la Nation. Le pouvoir, lui, répondait par les communiqués et, parfois, les interdictions. Le meeting du 19 juillet, tenu au siège de l’UDPS, marque une inflexion : la majorité descend à son tour sur le pavé, non pour réagir, mais pour occuper. Kabuya y a joint la fermeté sur le fond, réaffirmant la volonté du parti de mener la révision constitutionnelle : « Nous n’allons pas reculer sur cette question. » La rue devient le prolongement de la bataille de la Constitution.
L’offensive n’est pas improvisée, et le choix de la date en dit long. Kabuya a délibérément écarté un face-à-face le 22 juillet, jour retenu par l’opposition. « Laissons les opposants organiser leur marche calmement », a-t-il expliqué, pour ne pas « donner à l’opposition l’occasion de se victimiser en cas d’échec de sa manifestation ». En fixant sa propre marche au 24, la majorité s’offre une démonstration de force sans courir le risque de l’incident qui ferait de l’adversaire une victime. C’est une stratégie de la rue différée : montrer sa puissance de mobilisation, tout en privant l’opposition du choc qu’elle pourrait exploiter.
Reste que cette offensive révèle aussi les failles du camp qui la mène. Car sur la date, la majorité n’a pas parlé d’une seule voix. Quelques jours avant Kabuya, le porte-parole de l’Union sacrée, André Mbata Mangu, avait appelé, depuis Yaoundé, à se mobiliser dès le 22, le jour même de l’opposition. Entre le 22 du porte-parole et le 24 du secrétaire général, la coalition présidentielle a exposé, dans l’organisation même de sa riposte, ses propres divisions. La contre-mobilisation qui devait afficher la force a d’abord affiché le désaccord.
La force, pourtant, est réelle. L’UDPS demeure le parti le plus structuré et le plus mobilisable du pays, capable de remplir une avenue quand il le décide. En prenant la rue, la majorité rappelle qu’elle n’a pas abandonné le terrain populaire à l’opposition, et qu’elle peut, elle aussi, faire nombre. L’enjeu, pour elle, est de transformer cette capacité en démonstration ordonnée, là où l’opposition mise sur la sienne.
C’est là toute l’ambivalence de la séquence. En proclamant « la rue, c’est nous », la majorité revendique un terrain qu’elle avait laissé à l’opposition ; mais un camp qui ne s’accorde pas sur la date de sa propre marche entre dans l’épreuve de force sans avoir accordé ses rangs. La majorité passe à l’offensive. Il lui reste à le faire d’une seule main.
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