Le cardinal Ambongo fustige l’accord RDC-Rwanda et Donald Trump: « Il a tenté cette solution en Ukraine, ça n’a pas marché »
« Moi, le grand Trump, j’arrive, je vous réconcilie et vous me donnez le minéral. » Au Vatican, le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé l’accord RDC-Rwanda signé à Washington. Il critique une médiation étrangère centrée sur les minerais, et alerte sur l’absence d’écoute des populations africaines.
Le cardinal Ambongo fustige l’accord RDC-Rwanda et Donald Trump: « Il a tenté cette solution en Ukraine, ça n’a pas marché »
AFP
Lors d’une conférence de presse au Vatican pour présenter le document préparatoire à la COP30 prévue en novembre au Brésil, le cardinal Fridolin Ambongo a exprimé de vives critiques à l’encontre de l’accord de paix signé le 27 juin à Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis.
Le cardinal a dénoncé les conséquences de la transition énergétique sur les populations africaines, notamment en ce qui concerne l’exploitation des minerais stratégiques.
« Comment pouvons-nous accepter qu’au nom de la transition énergétique, parce que c’est le maître mot, des communautés entières soient anéanties à la recherche de ce qu’on appelle les minerais stratégiques : le lithium, le cobalt, le nickel, le coltan, le tantal, tantalite, colombite, etc. »
Il a également critiqué la transformation des forêts africaines en actifs financiers dans le cadre du marché du carbone, soulignant que les communautés locales restent privées d’eau potable. « Comment pouvons-nous tolérer que le marché du carbone transforme nos forêts en actifs financiers ? C’est calculé. Alors que nos communautés restent privées d’eau potable. »
Abordant la question des conflits liés aux ressources, le cardinal Ambongo a évoqué la prolifération des groupes armés en Afrique, qu’il associe à la demande internationale en minerais. « La course au minerai stratégique est aujourd’hui, surtout en Afrique, à l’origine de la prolifération de groupes armés. »
Faisant référence à l’accord signé à Washington, il a critiqué l’approche américaine, en particulier celle de l’ancien président Donald Trump, qu’il a mentionné de manière ironique.
« Et récemment, vous avez suivi la solution que Trump propose à la République démocratique du Congo et le Rwanda : vous êtes en guerre entre vous et la cause de la guerre, c’est le minerai. Moi, le grand Trump, j’arrive, je vous réconcilie et vous me donnez le minéral. Il a tenté cette solution en Ukraine. Ça n’a pas marché, mais bon, chez nous, tout le monde court, tout le monde a peur de Trump. »
Le cardinal a conclu son intervention en appelant à la fin des décisions prises sans concertation avec les communautés concernées. « Nous disons avec ce document que ça en est assez, cette façon de fonctionner. Assez de fausses solutions, assez de décisions prises sans écouter ceux qui vivent en première ligne de l’effondrement du climat. »
Contexte de l’accord RDC-Rwanda signé le 27 juin 2025 à Washington
Le 27 juin 2025, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé un accord de paix à Washington, sous la médiation des États-Unis, visant à mettre fin au conflit dans l’est de la RDC. L’accord prévoit notamment le retrait des troupes rwandaises de l’est du Congo dans un délai de 90 jours et la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité entre les deux pays.
Le président rwandais Paul Kagame a exprimé des réserves quant à la durabilité de l’accord, soulignant que son succès dépendra du respect des engagements par toutes les parties, notamment la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) par la RDC
De son côté, le gouvernement congolais a salué l’accord comme une avancée majeure vers une paix durable et la préservation de sa souveraineté nationale. BETO.CD
Les États-Unis, par l’intermédiaire du président Donald Trump et du secrétaire d’État Marco Rubio, ont joué un rôle central dans la médiation de cet accord, le présentant comme une opportunité de stabiliser la région et de promouvoir des investissements économiques, notamment dans le secteur minier.
L’accord a été signé par les ministres des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, et du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Des discussions parallèles entre la RDC et le groupe rebelle M23 sont prévues à Doha, au Qatar, pour compléter le processus de paix.