Les sanctions de l’UE contre le Rwanda : un écran de fumée ?
Les sanctions de l’UE contre le Rwanda : un écran de fumée ?
AFP
La Commission européenne a adopté hier lundi des mesures répressives contre Kigali pour son intervention militaire irrégulière en RDC. Elle a suspendu ses consultations en matières de défense avec le Rwanda ainsi que le protocole d’accord sur les minerais stratégiques… Ces mesures, pourtant concrètes, ne sont que de la poudre aux yeux, révèle Le Soir, car elles souffrent d’une décision formelle — DÉCRYPTAGE
Nombreux — Kinshasa en premier — sont ceux qui s’attendaient à des sanctions concrètes de la part de la Commission européenne contre le Rwanda pour son appui militaire aux terroristes du M23 (Mouvement du 23 mars), auteurs de nombreux massacres en République démocratique du Congo (RDC). Ces derniers contrôlent la ville de Bukavu (Sud-Kivu) depuis des semaines et la ville de Goma (Nord-Kivu) depuis un mois, après avoir tué, violé des femmes et blessé des milliers d’individus, semant terreur et désolation après leur passage.
Après moult pressions de l’administration du président Félix Tshisekedi et de certains eurodéputés appelant la Commission à sanctionner le Rwanda et à résilier le protocole d’accord signé en février 2023 avec le pays sur les minerais critiques dont ils ne disposent pas sur son sous-sol, l’UE (Union européenne) a visiblement répondu favorablement à la quête de Kinshasa.
« Envisagées, mais toujours pas formellement décidées »
« La situation (en RDC, ndlr) est grave et risque de dégénérer en conflit régional… L’intégrité territoriale n’est pas négociable en RDC comme en Ukraine. » C’est en ces termes que la vice-présidente de l’UE a introduit son discours annonçant ce lundi dans le Parlement européen les sanctions retenues contre le Rwanda, comme pour juguler l’indifférence de la Commission face au conflit qui est en train de ravager la RDC.
« La charte des Nations unies s’applique de la même manière partout. C’est pourquoi nous soutenons les processus de Luanda et de Nairobi, afin de parvenir à des résultats par des moyens diplomatiques », a renchéri Kaja Kallas avant de tonner : « Mais nous prenons aussi plus de mesures. Ainsi, tout d’abord, les consultations sur les questions de défense avec le Rwanda ont été suspendues. Il y a également une décision politique d’appliquer des sanctions en fonction de la situation sur le terrain. Nous avons demandé au Rwanda de retirer ses troupes du territoire de la RDC. Enfin, le protocole d’accord avec le Rwanda, concernant les matières premières sera réexaminé. »
« Des mesures concrètes sont envisagées, mais toujours pas formellement décidées », a révélé Véronique Kiesel dans un article publié lundi dans le site d’information du journal belge, Le Soir. Pour la journaliste travaillant au pôle international du quotidien généraliste, à Bruxelles, où l’on plaide depuis plusieurs semaines pour que des sanctions tangibles soient prises face à Kigali, « l’heure est à la déception. »
Les manœuvres françaises
La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC est une instabilité provoquée et entretenue par les grandes puissances dont le Rwanda est le pantin. Les pans contrôlés par le M23 dans le Kivu sont riches en matières premières très prisées dans la fabrication d’appareils de technologie de pointe dont les téléphones portables, les ordinateurs, les voitures électriques ou encore des vaisseaux spatiaux. Des tonnes des minerais sont illicitement évacués au Rwanda pour être ensuite vendus en Europe.
Un podcast réalisé par BETO a récemment étalé les raisons qui bloquent toute décision dans le Parlement européen allant dans le sens de sanctionner Kigali pour son agression engagée en RDC. Elle est une et elle s’appelle la France. Pourquoi ? Évidemment pour des raisons économiques. Total Énergies, la multinationale française de production et fourniture d’énergies, dirige le projet Mozambique LNG qui représente un investissement de plus de 20 milliards d’euros.
Depuis 2021, l’année à laquelle l’escalade des M23 a resurgi, la France mise sur les militaires rwandais pour sécuriser cette zone. Financés en grande partie par l’UE, plus de 2000 sujets rwandais ont y été déployés. Le schéma est simple : le Rwanda sécurise les intérêts français en Afrique, en retour, la France lui fournit de l’aide militaire et influence la décision de la Commission européenne à sanctionner le Rwanda.
Odon Bakumba
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