Vingt-cinq clubs pour huit stades : la carte rétrécie du championnat congolais
Huit stades seulement accueillent la Ligue 1 2026-2027, pour vingt-cinq clubs. Un seul à Kinshasa, aucun au Nord-Kivu ni au Sud-Kivu, et le Grand Kasaï joue loin de ses bases.
Vingt-cinq clubs pour huit stades : la carte rétrécie du championnat congolais
AFP
Le 14 août 2026, la Fédération congolaise de football association a publié la liste des stades retenus pour accueillir le championnat national de Ligue 1. Ils sont huit. Trois semaines plus tard, la même fédération arrêtait à vingt-cinq le nombre de clubs engagés dans ce championnat. Trois clubs pour un terrain.
C’est le chiffre le moins commenté de la réforme du format, et probablement celui qui décide du reste.
Les huit enceintes, et où elles se trouvent
La liste tient en huit noms : le stade Tata-Raphaël à Kinshasa, le stade TP Mazembe et le stade Frédéric-Kibassa-Maliba à Lubumbashi, le stade Joseph-Kabila à Kindu, le stade Joseph-Kabila à Kalemie, le stade Patrice-Émery-Lumumba à Kisangani, le stade Dominique-Diur à Kolwezi et le stade Père-Augustin-Kikula à Likasi.
Deux d’entre eux sont dans la même ville, Lubumbashi. Cinq des huit se situent dans l’espace katangais élargi, si l’on y ajoute Kolwezi, Likasi et Kalemie. Kinshasa, capitale de près de vingt millions d’habitants et siège des clubs les plus suivis du pays, n’en compte qu’un.
Reste, pour le reste du territoire, Kindu au Maniema et Kisangani dans la Tshopo.
Kinshasa n’a plus qu’un terrain de championnat
Le stade des Martyrs ne figure pas dans la liste des huit. C’est la plus grande enceinte du pays, celle où la sélection nationale reçoit, et elle n’accueille pas le championnat cette saison.
Son exclusion a une histoire datée. Le 9 janvier 2026, la Confédération africaine de football lui a retiré son homologation pour les compétitions interclubs, après une inspection relevant des « installations sanitaires dégradées, équipements médicaux non conformes, terrain ne répondant plus aux standards requis, ainsi qu’un dispositif de sécurité jugé insuffisant ». Quatre motifs, dont trois portent sur l’entretien courant.
La conséquence a été immédiate et elle s’est vue loin de Kinshasa. L’AS Maniema Union, club de Kindu engagé en Coupe de la Confédération, a demandé au TP Mazembe l’usage de son stade pour recevoir le Wydad de Casablanca. Le FC Saint-Éloi Lupopo avait formulé la même demande avant elle. Un club du Maniema a donc reçu un adversaire marocain à Lubumbashi.
La pelouse, elle, a été refaite. Les travaux de remplacement de l’aire de jeu ont été lancés le 13 février 2026 par le ministère des Sports et confiés à l’entreprise sud-africaine Sporturf, pour un revêtement synthétique de nouvelle génération. Le 6 août, un inspecteur mandaté par la FIFA a soumis la surface aux tests de certification, portant sur la qualité du revêtement, le rebond du ballon et l’absorption des chocs, et le rapport a été transmis à l’instance. Huit jours plus tard, la fédération publiait la liste des huit stades du championnat. Le stade des Martyrs n’y figurait pas.
Le stade des Martyrs est de nouveau utilisable pour une rencontre continentale : la RDC y recevra la Guinée équatoriale le 24 septembre 2026, en ouverture des éliminatoires de la CAN 2027, la CAF ayant désigné les officiels du match. Il reste cependant absent de la liste des terrains du championnat national.
Quant au seul stade kinois retenu, Tata-Raphaël, il a lui-même été fermé en février 2026 sur décision du ministre des Sports, après des « épisodes répétés de vandalisme visant les infrastructures sportives de l’État ». Le championnat s’est arrêté à Kinshasa. Sa reprise a été conditionnée à des garanties de sécurité et à la signature par chaque club d’un engagement assorti de sanctions.
Un championnat qui doit se jouer à Kinshasa sur un terrain unique, et ce terrain a été fermé sept mois avant le coup d’envoi de la saison qui vient.
Deux homologations qu’il ne faut pas confondre
Il y a deux portes à franchir, et elles ne sont pas gardées par les mêmes.
L’homologation de la CAF conditionne l’accès aux compétitions continentales. Son règlement sur l’octroi de licence aux clubs masculins, édition 2022, renvoie le stade au règlement des stades de la confédération et fixe des critères d’infrastructures qui portent sur la pelouse, l’éclairage, la sécurité, les installations médicales et les bureaux du club. En août 2025, trois stades congolais seulement satisfaisaient à ces exigences : le stade des Martyrs, le stade Frédéric-Kibassa-Maliba et le stade TP Mazembe. L’un des trois a perdu son statut cinq mois plus tard.
L’homologation nationale, elle, conditionne l’accès au championnat congolais, et c’est la fédération qui la délivre. C’est celle qui a produit la liste des huit.
Les deux listes ne se recouvrent pas. Le stade des Martyrs peut accueillir la sélection nationale sans figurer parmi les terrains du championnat. Un club de Ligue 1 peut jouer chez lui toute la saison et devoir déménager dès qu’il se qualifie pour une compétition africaine.
Zéro stade au Nord-Kivu et au Sud-Kivu
Aucune des huit enceintes retenues ne se trouve au Nord-Kivu ni au Sud-Kivu.
Ce n’est pas une nouveauté administrative, c’est la traduction d’une situation installée depuis plus d’un an et demi. Dès février 2025, Radio Okapi rapportait que les clubs des deux Kivus étaient les premiers pénalisés par les combats, incapables de rejoindre les lieux de leurs matches en retard. L’Étoile du Kivu ne s’est pas rendue à Kindu, faute d’avion. L’Olympic Club Bukavu Dawa a manqué son match. Le comité de normalisation de la fédération avait convoqué une réunion de crise.
Bukavu Dawa a depuis été relégué en Ligue 2, à l’issue de la saison 2025-2026.
Et le club de l’Est qui va le plus loin cette année joue lui aussi ailleurs : le DC Virunga, vainqueur de la 60e Coupe du Congo, devait recevoir son adversaire seychellois en Coupe de la Confédération au stade TP Mazembe de Lubumbashi, à plus de mille kilomètres de Goma. La rencontre n’a pas eu lieu, l’équipe visiteuse n’ayant pas fait le déplacement en RDC.
Le Grand Kasaï joue ailleurs aussi
« Les équipes du Grand Kasaï seront contraintes d’évoluer loin de leurs bases », écrivait Radio Okapi en annonçant la liste des huit. L’installation de Mbuji-Mayi est fortement dégradée. Celle de Kananga est encore en chantier.
Ce n’est pas un détail de province. En novembre 2025, la fédération avait intégré Saint-Luc de Kananga à la Ligue 1 en cours de saison, portant l’effectif de trente à trente et un clubs. L’AS Malole, de Kananga également, a terminé onzième de son groupe la saison passée et annonçait en juillet viser les play-offs. Ces clubs existent, ils jouent, et ils n’ont pas de terrain homologué chez eux.
Trois clubs par pelouse
L’arithmétique mérite d’être posée. Vingt-cinq clubs répartis en deux groupes de treize et de douze produisent, si l’on retient un aller-retour classique, deux cent quatre-vingt-huit matches de phase de groupes. Répartis sur huit terrains, cela fait en moyenne trente-six rencontres par enceinte sur la saison. Calculs de la rédaction à partir du format publié, pas de chiffres de la ligue.
Trente-six matches sur la même pelouse, auxquels s’ajoutent les entraînements, les rencontres de Ligue 2 et les matches continentaux quand le club est engagé. Or le premier reproche adressé par la CAF au stade des Martyrs en janvier portait précisément sur l’état du terrain.
La réduction annoncée à vingt clubs pour 2027-2028 allégerait la charge d’environ un cinquième. Elle ne construirait pas de stade.
Ce qui n’est pas encore connu
La fédération n’a pas publié la composition nominative des groupes A et B. On ne sait donc pas quel club jouera dans quelle enceinte, ni combien de clubs se partageront le terrain de Tata-Raphaël à Kinshasa. On ne connaît pas davantage les noms des trois clubs promus, ni la date du coup d’envoi de la saison, dont le démarrage a déjà été reporté une fois.
L’avancement du chantier de Kananga n’est pas documenté publiquement, et aucune source officielle n’indique si un stade des deux Kivus est en cours d’homologation.
Vingt-cinq clubs, huit terrains, une capitale à un seul stade et deux provinces entières sans aucun. C’est sur cette carte que se jouera la saison qui décidera lesquels des vingt-cinq resteront.
Odon Bakumba
À lire aussi
- Après le Mondial, l’audit du football congolais : Léopards, championnat, stades, formation
- Le démarrage des Ligues 1 et 2 de la Linafoot reporté
- Relégations 2025-2026 : combien de clubs descendent vraiment
- Kasangulu : le stade Diogras promis en six mois