Candidature de Macky Sall à l’ONU : ce que Dakar demande à Kinshasa
La présidence sénégalaise annonce un entretien entre Bassirou Diomaye Faye et Judith Suminwa, et rappelle son soutien à Macky Sall pour le secrétariat général de l’ONU. La RDC, membre du Conseil de sécurité, votera.
Candidature de Macky Sall à l’ONU : ce que Dakar demande à Kinshasa
AFP
La présidence sénégalaise a annoncé un entretien entre le président Bassirou Diomaye Faye et la Première ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Trois sujets, selon ce message : la coopération bilatérale, les enjeux sécuritaires en Afrique et l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU, « pour laquelle le Sénégal soutient la candidature » de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Le troisième point est le seul qui engage un vote, et ce vote, la RDC le détient.
La présidence sénégalaise annonce un entretien entre Bassirou Diomaye Faye et Judith Suminwa Tuluka en marge de la 81e Assemblée générale. Elle y indique que le Sénégal soutient la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies.
Cette candidature a été déposée le 2 mars 2026 par le Burundi, et non par le Sénégal, qui s’en était dissocié trois jours plus tard. L’Union africaine n’a publié aucune décision d’endossement, et un second Africain est en lice, l’Ougandais Olara Otunnu.
Au troisième sondage de paille du 18 septembre, le candidat a recueilli cinq encouragements et neuf découragements. La RDC siège au Conseil de sécurité jusqu’en décembre 2027 et n’a rendu publique aucune position sur cette élection. La Première ministre, Judith Suminwa séjourne à New York du 22 au 28 septembre, mandatée par le président Félix Tshisekedi pour porter la voix du pays, et elle s’est exprimée devant l’Assemblée générale le mercredi 23 septembre. Le président sénégalais est intervenu le lendemain, jeudi 24 septembre.
La candidature a été déposée par le Burundi, pas par le Sénégal
La lettre de nomination de Macky Sall, datée du 2 mars 2026 et publiée par les Nations unies, est signée de l’ambassadeur Zephyrin Maniratanga, représentant permanent du Burundi, au nom d’un pays qui présidait alors l’Union africaine. Le tableau officiel des candidatures tenu par l’ONU enregistre la ligne telle quelle : candidat présenté par le Burundi, nationalité sénégalaise, 2 mars 2026. Dans sa déclaration de vision déposée au même moment, l’ancien chef de l’État écrit : « Je m’emploierai à être un Secrétaire général facilitateur et bâtisseur de ponts entre toutes les parties prenantes. »
Dakar s’en était dissocié, avant de changer de posture
Trois jours après le dépôt, le 5 mars 2026, le ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Niang déclarait au quotidien Le Soleil que le gouvernement du Sénégal n’avait pas été associé à cette démarche, tout en rappelant que toute personnalité s’estimant qualifiée restait libre de se porter candidate. Six mois plus tard, à New York, le président Faye a dit ne pas partager le pessimisme entourant cette candidature, dans un entretien accordé le 24 septembre à France 24 et RFI. C’est ce revirement que le message de la présidence sénégalaise acte, et qu’il porte désormais devant ses interlocuteurs.
L’Union africaine ne l’a pas endossée
Aucune décision d’endossement ne figure dans les actes publiés par l’Union africaine. Le président de sa Commission a reçu séparément, en août 2026, trois autres candidats au poste : la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett, la Costaricienne Rebeca Grynspan et l’Équatorienne María Fernanda Espinosa. Selon l’Institut d’études de sécurité, qui a documenté la séquence, vingt des cinquante-cinq États membres ont fait objection ou demandé un délai lorsque la candidature leur a été soumise par procédure de silence, fin mars 2026. Le continent ne présente donc pas de candidat unique : un second Africain est en lice, l’Ougandais Olara Otunnu, présenté par son pays le 24 juillet 2026.
Cinq encouragements, neuf découragements
Le Conseil de sécurité procède par sondages de paille, des votes indicatifs à quinze où chaque membre encourage, décourage ou s’abstient d’opiner. Trois tours ont eu lieu en 2026, les 30 juillet, 21 août et 18 septembre. Au troisième, selon l’agence de presse sénégalaise, qui en a rendu compte, Macky Sall a recueilli cinq encouragements, neuf découragements et un avis neutre. Neuf découragements sur quinze membres ferment la voie à une recommandation en l’état, et le scrutin étant secret, rien ne permet de dire quels États les ont exprimés.
Sept candidats, cinq femmes, et une région qui réclame son tour
Neuf personnalités ont été nommées depuis novembre 2025, deux se sont retirées, sept restent en lice. Cinq d’entre elles viennent d’Amérique latine et des Caraïbes, région qui fait valoir qu’aucun de ses ressortissants n’a dirigé l’Organisation depuis 1981. Cinq des huit personnalités nommées sont des femmes, et aucune femme n’a occupé le poste en quatre-vingts ans. Les Nations unies rappellent qu’il n’existe aucune règle formelle de rotation régionale, et que le genre n’est pas un critère de sélection. Le mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026.
Ce que pèse la voix congolaise
La RDC siège au Conseil de sécurité depuis le 1er janvier 2026, pour deux ans, élue le 3 juin 2025 avec 183 voix. Elle en a assuré la présidence tournante en juillet, mois durant lequel Félix Tshisekedi a présidé en personne un débat de haut niveau sur la gouvernance des ressources naturelles. Elle siège aux côtés de deux autres pays africains, le Liberia et la Somalie. C’est à ce titre qu’elle participera aux prochains sondages de paille, puis à la recommandation que le Conseil adressera à l’Assemblée générale. Kinshasa n’a rendu publique aucune position sur cette élection.

Ce que la RDC est venue chercher à New York
Devant l’Assemblée générale, le 23 septembre, Judith Suminwa a posé une demande unique : « Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution. » Elle visait la résolution 2773, adoptée à l’unanimité le 21 février 2025, qui exige le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la fin de l’offensive de l’AFC/M23. Elle a aussi plaidé pour la transformation locale des minerais, « nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale », et rappelé la revendication africaine de deux sièges permanents avec droit de veto.
Un calendrier qui se resserre
Le président du Conseil de sécurité pour septembre, l’ambassadeur français Jérôme Bonnafont, indiquait que le Conseil restait « en dialogue avec les candidates et les candidats » et que « le processus suit son cours », en souhaitant une recommandation assez tôt pour que l’Assemblée générale tranche à temps. Aucune date n’est arrêtée. Dans l’intervalle, chaque bilatérale de la semaine de haut niveau compte, et les rencontres annoncées par les uns disent ce qu’ils attendent des autres.
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