Marche du 8 juillet : Jacquemain Shabani dénonce « des actes de haute trahison » de l’opposition
À quelques jours de la marche de l’opposition du 8 juillet vers le Palais de la Nation, le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani qualifie l’appel à démettre le commandant suprême des FARDC, en pleine guerre à l’Est, d’« actes de haute trahison ».
Jacquemain Shabani ministre de l'intérieur : Crédit photo
AFP
Sur le plateau d’un entretien télévisé, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani revient sans cesse à la même question. « Qui est le premier bénéficiaire ? », répète-t-il à propos des chefs de l’opposition qui ont fixé une date pour réclamer le départ du chef de l’État. Sa réponse tombe, nette : « Ce n’est pas le commandant des forces armées rwandaises ? »
À quelques jours de la marche que la Coalition Article 64 prévoit le 8 juillet à Kinshasa, le ministre déplace le débat sur le terrain de la guerre à l’Est. Pour lui, appeler à démettre celui qui, en vertu de la Constitution, est le commandant suprême des Forces armées de la RDC, au moment où ces troupes affrontent dans le Kivu une rébellion soutenue par le Rwanda, ne relève pas de la simple contestation. « C’est des actes de haute trahison », déclare-t-il, en visant les responsables de partis qui ont, selon ses mots, « identifié une date pour aller les démettre ».
La marche, elle, a été notifiée. Dans une lettre datée du 23 juin et reçue à l’hôtel de ville le 25, les leaders de l’opposition réunis dans la Coalition Article 64, parmi lesquels Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga, ont confirmé le Palais de la Nation comme point de chute. Ils disent vouloir y déposer un mémorandum au président de la République et exiger la démission de Félix Tshisekedi, au nom de l’attachement au respect de la Constitution et de la préservation de l’ordre constitutionnel. Là où l’opposition invoque un droit constitutionnel, Shabani lit une atteinte à l’institution militaire en pleine guerre.
Le ministre étend sa mise en garde aux médias. « Vous ne pouvez pas faire l’apologie de la trahison, de la complicité et de l’accompagnement d’une armée étrangère qui veut occuper la République démocratique du Congo et s’en prendre au commandant suprême », lance-t-il, rappelant à la presse, qu’il qualifie de quatrième pouvoir, sa « responsabilité » à l’égard de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays. Il invite aussi à mesurer le chemin parcouru en matière de libertés : sortir d’une réunion en plein jour, à Kinshasa, pour annoncer une telle démarche n’aurait pas été toléré, dit-il en substance, sous d’autres régimes.
Sur le plan pratique, le pouvoir a resserré l’étau. Le 27 juin, le vice-Premier ministre de l’Intérieur a signé un télégramme interdisant tout rassemblement de masse dans la capitale, au nom de la prévention du virus Ebola. Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, avait pour sa part rappelé que la commune de la Gombe, où se trouve le Palais de la Nation, demeure une zone neutre fermée aux manifestations. L’opposition, elle, dénonce une interdiction « politiquement motivée » qui viserait, sous couvert sanitaire, à empêcher la mobilisation.
Reste une bataille de mots aux conséquences lourdes. Entre exiger la démission d’un président par une marche pacifique, ce que revendique la Coalition Article 64, et démettre le commandant suprême en pleine offensive de l’AFC-M23, ce que dénonce le ministre, se joue la qualification d’un même geste. La haute trahison, dans le droit congolais, vise des faits précis et engage des procédures lourdes ; l’employer dans le débat public, à dix jours d’une mobilisation, n’est pas un mot anodin.
Le 8 juillet dira si la marche se tient, et sous quelle forme. D’ici là, le gouvernement a posé son cadre, l’opposition le sien, et le Palais de la Nation reste le point que les deux camps revendiquent chacun à sa manière.
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