Massacres, tortures, pillages dans l’Est de la RDC: comment le M23 et le Rwanda imposent leur loi
Dans un rapport accablant remis au Conseil de sécurité, les experts des Nations unies accusent la rébellion du M23 et l’armée rwandaise d’avoir instauré un régime de terreur dans les provinces de l’Est congolais. Exécutions, tortures, disparitions, exploitation illégale des minerais : les violations documentées relèvent du crime de guerre. Le soutien militaire direct du Rwanda est formellement établi.
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AFP
Johannesburg, 3 juillet 2025 (BETO.CD) – Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo accuse la rébellion de l’AFC/M23, soutenue militairement par les Forces de défense du Rwanda (RDF), d’avoir commis de graves violations du droit international humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans ce document remis au Conseil de sécurité, les experts dénoncent une stratégie d’occupation armée dans les territoires conquis, accompagnée de tortures, d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées. « L’AFC/M23 a supprimé de force les autorités traditionnelles et réduit au silence les acteurs de la société civile jugés non coopératifs, les soumettant souvent à la torture ou les tuant », écrivent-ils. Cette gouvernance de facto, qualifiée de pouvoir occupant, repose selon eux sur « des structures imposées sans garanties juridiques de base ni mécanismes de redevabilité, entraînant des punitions arbitraires et des exécutions extrajudiciaires ».
Le rapport met en cause la responsabilité directe du Rwanda dans ces exactions. La présence des RDF aurait été déterminante dans les offensives menées contre les forces armées congolaises (FARDC), notamment lors de la prise de Goma et de Bukavu. « Les forces du RDF étaient activement impliquées dans les combats, les opérations de ratissage pour supprimer la résistance restante, et ont fourni une sécurité aux dirigeants de l’AFC/M23 », affirment les experts, qui évoquent l’utilisation par les RDF de drones armés, de systèmes de brouillage et de défense aérienne dans des zones civiles.
Pillage « sans précédents » des ressources
Selon les Nations unies, cette campagne militaire s’est accompagnée d’une répression systématique contre les populations civiles. « L’AFC/M23 et les éléments du RDF ont mené une campagne de répression dans les zones occupées, incluant des meurtres extrajudiciaires, des arrestations arbitraires, la torture, des disparitions forcées et des attaques contre des hôpitaux », précise le rapport. Dans certains cas, des civils ont été ciblés en raison de leur apparence ou de leur langue, perçus comme hostiles à la rébellion ou au Rwanda. Ces actions, qui s’apparentent à des persécutions ethniques, sont décrites comme planifiées et exécutées pour briser toute forme de résistance dans les zones conquises.
Les experts onusiens alertent également sur le pillage organisé des ressources naturelles. L’AFC/M23 contrôle plusieurs zones minières stratégiques où l’exploitation illégale des minerais a atteint, selon le rapport, « des niveaux sans précédent ». Le document précise que les minerais extraits sont transférés au Rwanda, « mélangés avec la production locale » avant d’être exportés, compromettant ainsi la traçabilité et la légalité des chaînes d’approvisionnement internationales en minerais 3T.
Enfin, le rapport souligne que la logique militaire du M23 s’inscrit dans une ambition politique plus large. Le mouvement rebelle aurait renforcé ses capacités en recrutant d’anciens éléments FARDC, des membres de la diaspora, ainsi que d’anciens combattants RDF. Ces recrues, selon le texte, reçoivent une formation militaire et idéologique dont les deux piliers sont le retour forcé des réfugiés congolais d’ethnie tutsie et le renversement du pouvoir en place à Kinshasa.
À ce jour, les faits décrits n’ont donné lieu à aucune enquête internationale indépendante, ni à des sanctions spécifiques contre les commanditaires présumés. Le Groupe d’experts exhorte la communauté internationale à réagir face à ces violations documentées, et appelle à la fin de l’impunité dont jouissent, selon lui, les responsables des crimes les plus graves dans l’est de la RDC.
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