L’Afrique ne blague plus en Coupe du monde
Vu du Congo, par Coach na Beto. Deux victoires, quatre nuls, quatre défaites : derrière le bilan comptable de la première journée, une vérité plus dérangeante pour les favoris.
L’Afrique ne blague plus en Coupe du monde
AFP
On nous avait écrit le même scénario que d’habitude. L’Afrique vient au Mondial comme on vient à un mariage où l’on n’est pas de la famille : on mange bien, on danse un peu, on remplit les chaises, et on rentre avant le gâteau. Première journée terminée. Regardez les chaises. Elles sont toujours occupées, et ce sont les autres qui commencent à transpirer.
Les grands ont tremblé, et ce ne sont pas les petits qui tremblaient
Le Maroc reçoit le Brésil, cinq étoiles sur le maillot, un musée ambulant, et lui prend un point, 1-1, sans rougir une seconde. Pendant ce temps, le Cap-Vert, une île qu’on tiendrait dans le creux de la main, tient tête à l’Espagne. Vous avez bien lu : le Cap-Vert. Et l’Égypte accroche la Belgique, 1-1, comme on retient un taxi qui voulait partir sans vous.
Trois des plus belles écuries de la planète sont reparties avec deux points en moins dans la poche, et trois sélections africaines avec la tête haute. On appelle ça « tenir tête ». Moi j’appelle ça avoir compris que le respect, au football, ne s’envoie pas par la poste : on va le chercher au corps à corps.
Le Ghana et la Côte d’Ivoire, eux, n’ont pas voulu de la moitié. Trois points chacun, le plat entier. Les seuls du continent à avoir tout raflé dès le premier jour et comme le sort a de l’humour, on les attend déjà face à l’Allemagne et à l’Angleterre. Très bien. Qu’ils y aillent avec la même faim. Un Léopard, un Éléphant, une Étoile noire qui n’a pas peur d’un blason, c’est une soirée qui vaut le détour.
Les leçons, parce qu’il faut en parler aussi
Je ne suis pas de ces commentateurs qui ne voient que le soleil. Le Sénégal est tombé 1-3 contre la France , battu par plus fort ce soir-là, pas par malchance. L’Algérie a croisé l’Argentine de Messi et l’a senti passer. La Tunisie a chuté. Et l’Afrique du Sud, mes frères… 0-2 contre le Mexique, à la maison de l’adversaire, avec des erreurs qu’on ne pardonne pas à ce niveau. La concentration, ça ne s’achète pas au marché la veille du match. Ça se travaille un mardi pluvieux quand personne ne regarde.
Le but qui valait cinquante ans d’attente
Mais gardez-moi la meilleure gorgée pour la fin, comme le bon Primus. Les Léopards sont entrés dans ce Mondial et en sont ressortis avec un point — et avec quelque chose qui ne se met pas dans un classement. Yoane Wissa a marqué le tout premier but de l’histoire de la République démocratique du Congo en Coupe du monde.
Vous comprenez ce que ça veut dire ? En 1974, nos aînés sont allés au Mondial et sont rentrés sans un seul but, le cœur lourd et les valises pleines de leçons. Cinquante ans. Cinquante ans qu’on attendait qu’un fils du pays trompe un gardien sur la plus grande scène du monde. C’est fait. Et celui qui l’a fait s’appelle Wissa. Retenez le nom, vos petits-enfants vous demanderont où vous étiez ce soir-là.
Le verdict du Coach
Alors, ce niveau de l’Afrique, « intéressant » ? Le mot est trop poli, et vous savez que la politesse et moi, on se fréquente peu. Deux victoires, quatre matchs nuls, quatre défaites : sur le papier, un bilan moyen. Sur le terrain, un message clair. L’Afrique ne vient plus pour faire de la figuration. Elle vient pour gêner, pour mordre, et de temps en temps pour écrire l’Histoire.
Reste à transformer le courage en points, et le point d’honneur en qualification. Parce qu’un beau nul contre le Brésil, ça remplit le cœur ; mais c’est la victoire au tour suivant qui remplit l’armoire. Et nous, des armoires vides, on en a assez vu.
À très vite — j’ai un autre match à préparer, et une certaine défense colombienne à faire reculer.
— Coach na Beto, pour BETO. Vu du Congo.