Kasumbalesa : entre tolérance zéro sur la fraude, cap sur un poste modernisé
À Kasumbalesa, le VPM Julien Paluku a promis la tolérance zéro contre la fraude douanière et présenté un chantier de modernisation du poste frontalier.
Kasumbalesa : entre tolérance zéro sur la fraude, cap sur un poste modernisé
AFP
Devant les chefs de service réunis au poste de Kasumbalesa le 8 juillet 2026, Julien Paluku a nommé les circuits qu’il entend fermer. Le « Bilanga », d’abord, ces passages parallèles qui contournent la barrière officielle, puis le « Bamba roho », deux rouages d’une contrebande que le vice-premier ministre et ministre du Commerce extérieur accuse de prospérer grâce à la complicité de certains agents en poste. « Le Gouvernement a sifflé la fin de la récréation », a lancé le ministre au terme d’une visite d’évaluation sur ce corridor, à quatre-vingt-dix kilomètres de Lubumbashi, là où la République démocratique du Congo touche la Zambie.
Premier point d’entrée terrestre du pays et deuxième poste en volume après Kinshasa, Kasumbalesa concentre de longue date les recettes et les fuites. Le gouvernement chiffre à 2,5 milliards de dollars par an le manque à gagner que la fraude infligerait au Trésor, une estimation avancée pour justifier l’offensive, que rien pour l’heure ne convertit en recouvrement. À la frontière, Julien Paluku était entouré du ministre de l’Industrie, Justin Kalumba, du gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe, et du directeur général de l’Office congolais de contrôle, Pierre Lohohola. Au fil de sa revue des services, le ministre a énuméré les procédés qui érodent les recettes, au-delà des passages parallèles : le fractionnement des cargaisons pour rester sous les seuils, la sous-évaluation des marchandises, la dénaturation des produits déclarés et la circulation de véhicules hors gabarit.
À ces constats, le ministre a opposé des instructions immédiates. Il a rendu obligatoire le recours au Guichet unique intégral du commerce extérieur (GUCE), demandé à la société ITM Border Service de greffer sur son dispositif un module de surveillance visant spécifiquement le « Bilanga », et exigé que tous les services de la frontière travaillent ensemble plutôt qu’en ordre dispersé. Il a agité la menace de sanctions contre les agents et les opérateurs qui prêteraient la main à la fraude, sans nommer personne ni annoncer de poursuite. À ce stade, la tolérance zéro tient dans ces ordres et dans les chantiers promis : aucune arrestation, aucune saisie chiffrée, aucun dossier au parquet n’a été rendu public à la clôture de la mission.
Un poste à refaire

La visite a aussi servi à confirmer un chantier d’infrastructures. Kinshasa prévoit à Kasumbalesa un poste frontalier à arrêt unique et un port sec, censés fluidifier le trafic et raccourcir des délais qui pénalisent les échanges. Ces projets prolongent une réforme engagée en décembre 2025 sous la première ministre Judith Suminwa, qui vise la dématérialisation complète des opérations de pré-dédouanement, de dédouanement et de post-dédouanement. Le ministre a par ailleurs annoncé le lancement prochain du Régime commercial simplifié entre la RDC et la Zambie, destiné aux petits commerçants transfrontaliers. Le principe du poste à arrêt unique et de ce régime avait déjà été acté en avril 2025, lorsque Julien Paluku avait rencontré son homologue zambien Chipoka Mulenga en marge de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Reste que l’annonce dessine une intention avant de livrer un bilan. La portée des mesures se lira dans leur exécution : l’entrée en service effective du module de surveillance, le calendrier réel du poste à arrêt unique et du port sec, les premières sanctions prononcées. À Kasumbalesa, où les promesses d’assainissement se succèdent depuis des années, c’est cette suite, et non la fermeté du verbe, qui dira si la récréation est vraiment terminée.