Muyaya lève le voile sur les dessous de l’accord de paix RDC–Rwanda
Muyaya lève le voile sur les dessous de l’accord de paix RDC–Rwanda
AFP
Depuis le Japon où il prend part à un forum international, le ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenu à lever toute ambiguïté autour du nouvel accord de paix signé entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Lors d’un briefing organisé ce samedi à Osaka, il est revenu en détail sur le contenu et les implications de cet accord parrainé par les États-Unis.
Signé la veille à Washington par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, cet accord vise à mettre fin à des années de tensions et de conflits armés dans l’Est congolais. Muyaya a souligné l’importance de s’en tenir « strictement à ce qui est écrit » : l’arrêt des soutiens aux groupes armés, le respect de la souveraineté, et la mise en place d’un cadre de coopération régionale renforcée.
Un engagement clair contre les groupes armés
Au cœur de l’accord, l’engagement réciproque de Kinshasa et Kigali à cesser tout appui aux groupes armés opérant dans la région. Cela concerne notamment le M23/AFC et les FDLR, souvent accusés de déstabiliser la région par des alliances opportunistes et des interventions transfrontalières.
« Ce pacte marque la fin de la logique de guerre par procuration dans notre région », a affirmé Muyaya.
Il a également précisé que les négociations en cours avec le M23 à Doha s’inscrivent dans cette dynamique globale de désescalade.
Un retrait militaire progressif et encadré
L’accord prévoit un retrait concerté et progressif des troupes des deux pays. Ce retrait se fera selon les modalités définies dans le plan stratégique CONOPS, fruit des discussions de Luanda sous médiation angolaise. Des mécanismes conjoints de vérification seront instaurés pour garantir transparence et crédibilité sur le terrain.
Fin de l’intégration automatique des ex-rebelles
Dans une rupture avec les pratiques passées, Kinshasa rejette désormais toute intégration automatique des ex-combattants au sein de l’armée (FARDC).
« L’intégration sera désormais conditionnée et encadrée dans le cadre du programme DDRCS », a expliqué le porte-parole, évoquant une volonté de professionnaliser l’armée et d’éviter les infiltrations déstabilisatrices.
Vers un mécanisme de suivi bilatéral renforcé
Pour veiller à l’application stricte de ces engagements, la RDC et le Rwanda se sont entendus sur la création de mécanismes conjoints de suivi militaire. Ces organes auront pour mission de surveiller les mouvements de troupes, prévenir les incidents frontaliers, et maintenir un dialogue opérationnel continu.
« Ce sera un levier essentiel de confiance mutuelle », a souligné Muyaya.
Une paix durable sous condition d’un appui international
Patrick Muyaya a insisté sur l’importance d’un soutien international constant pour garantir le succès du processus. Il a salué l’implication du Qatar, ainsi que les efforts diplomatiques coordonnés entre les présidents Félix Tshisekedi, Paul Kagame et l’Émir du Qatar.
Washington, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, a salué une percée diplomatique majeure, promettant un appui technique et financier pour la mise en œuvre de l’accord.
Un accord à double volet : sécurité et développement
Par-delà les questions sécuritaires, le texte signé le 27 juin à Washington prévoit également un renforcement de la coopération économique entre les deux pays. Il s’agit notamment de projets conjoints dans les domaines de l’hydroélectricité, de la gestion des ressources naturelles, et de la traçabilité des minerais, en lien avec des cadres régionaux comme la CIRGL, le COMESA ou la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).
Avec cet accord, la RDC et le Rwanda amorcent une nouvelle phase dans leurs relations bilatérales, marquant la fin officielle des appuis mutuels aux forces rebelles. Mais comme l’a rappelé Muyaya, la réussite de ce processus dépendra de sa mise en œuvre rigoureuse sur le terrain. « Ce n’est que le début. La route est encore longue, mais c’est une avancée décisive vers la paix. »
Gilbert N.
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