Diplomatie « Ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes » : la paix « juste » que pose Félix Tshisekedi

« Ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes » : la paix « juste » que pose Félix Tshisekedi

Silence des armes, retrait des forces étrangères, désarmement, garanties de non-répétition : les conditions que Tshisekedi a posées le 30 juin, et ce qu’elles verrouillent dans le processus AFC/M23.

« Ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes » : la paix « juste » que pose Félix Tshisekedi
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 01:31 WAT · 3 min de lecture

Le mot revient comme un refrain dans le discours du 30 juin : « paix ». Mais Félix Tshisekedi a pris soin de l’assortir d’un adjectif qui en change le sens. La paix qu’il dit rechercher est « une paix juste », et il en a énuméré le prix, condition par condition.

Le président a posé une liste. Les accords de Washington, les discussions de Doha et « les engagements de Montreux », a-t-il dit, « n’ont de sens que s’ils produisent des résultats concrets, vérifiables et irréversibles ». Suit l’inventaire : « le silence des armes, la fin de tout soutien aux groupes armés, le retrait effectif des forces étrangères, le désarmement des combattants, le retour digne et sécurisé des déplacés et des réfugiés », la justice pour les victimes et « des garanties crédibles de non-répétition ».

Au cœur du propos, une ligne rouge. La paix « ne peut être ni une mise entre parenthèses de la vérité, ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes contre la République, encore moins un compromis sur notre souveraineté, notre justice ou notre intégrité territoriale ». La cible n’est pas nommée, mais elle est lisible : l’AFC/M23 et son parrain présumé, le Rwanda.

Cette grammaire a une conséquence directe sur la table des négociations. En refusant que la rébellion obtienne, par les armes, un « droit particulier à la négociation », Kinshasa exclut de fait toute concession politique au mouvement. C’est cohérent avec la position congolaise depuis le début de l’offensive, mais cela laisse ouverte une question : comment désarmer un mouvement à qui l’on refuse, par principe, toute contrepartie politique ?

Le président mise sur deux mots, « irréversible » et « vérifiable ». Les accords de Washington prévoient justement un calendrier de retrait et des mécanismes de vérification, dont les États-Unis disent exiger l’application. Tshisekedi s’y accroche : la paix doit se prouver sur le terrain, pas se proclamer dans les communiqués. La prudence se comprend, après des cessez-le-feu maintes fois violés.

Le risque de cette fermeté est connu. À trop conditionner la paix, on peut la repousser. Les médiateurs américain et qatari poussent à des gestes réciproques ; le discours congolais, lui, place l’essentiel du fardeau sur l’autre camp. Entre une paix « juste » et une paix « rapide », Kinshasa a tranché : ce sera la première, ou rien.

Tout cela repose sur un socle, la souveraineté. « Aucune paix durable dans la région des Grands Lacs ne peut se bâtir contre la souveraineté de la République Démocratique du Congo », a répété le président. C’est la doctrine constante de son second mandat, et le fil qui relie le volet militaire, le volet diplomatique et le volet minier de son allocution.

Le test viendra vite. La réunion de juillet au Conseil de sécurité, que Tshisekedi présidera, dira si cette paix « juste » trouve des relais à l’extérieur, ou si elle reste une exigence congolaise que le rapport de force, sur le terrain, ne suffit pas encore à imposer.

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B
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