Grand angle OK Corral au Rassemblement: la corruption des meilleurs

OK Corral au Rassemblement: la corruption des meilleurs

Loin d'étaler ma culture générale, je vais user ici d'une image assez lointaine pour vous expliquer un peu ce qui se passe chez la mère des coalitions des opposants au pays de Tshisekedi.

OK Corral au Rassemblement: la corruption des meilleurs
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 MARS 2017 - 11:19 WAT · 6 min de lecture

Règlement de compte à OK Corral , c’est un épisode clé du mythe de l’Ouest américain dont s’empare le Western. C’est même devenu une expression courante pour signifier une mise au point très énervée entre deux parties adverses. OK Corral a pourtant bel et bien existé et fusillade il y a eu, le 26 octobre 1881, dans la ville de Tombstone en Arizona, au pays de l’oncle Sam. Deux fratries célèbres s’y sont fait face : les Earp et les Clanton.

Côté Clanton, on est abonné au rôle de méchants, voleurs de bétail qui terrorisent tout le monde dans les Western. Mais chez les Earp, je demande Wyatt, le frère aîné : shérif devenu personnage de légende au cinéma.  Ces personnages sont ce qu’on appelle des « as de la gâchette », des cow-boys qui tirent plus vite que leur ombre et qui peuplent l’imaginaire de la conquête de l’Ouest… Ca y est? Je vous perd?

Et donc, dans le film interprété en live par les opposants congolais, je ne saurais sincèrement vous dire qui sont les Earp [les gentils] et les Clanton [donc les méchants]. Toujours est-il que, nous avons de prime à bord, une organisation créée à la hâte, tant les acteurs semblaient avoir un objectif simple et clair: chasser Kabila du pouvoir.  Mais, voyez-vous, on ne peut pas publiquement décider de s’attaquer à un homme sans que ce dernier décide de se défendre. Et, au pays de Laurent-Désiré Kabila, tout le monde sait qu’un homme au pouvoir peut faire mal, et même très mal, lorsque sa vie en dépend.

Le matois Kabila ne s’est guère précité. Il s’est d’abord appuyé sur la science. La biologie, science de la vie, qui voit naître et s’éteindre des baobabs, s’est occupée du leader du Rassemblement. Lui qui incarnait, grâce à son incroyable Aura de leader digne, l’unité même au sein de cette troupe des cow-boys où chacun veut visiblement foncer plus vite que l’ombre de l’autre. Étienne Tshisekedi emporté par l’irrépressible maître du temps, il n’aura fallu beaucoup d’efforts au maestro de Kingakati pour voir les Earp et les Clanton, rappelez-vous ci-haut, de l’opposition congolaise se rentrés dedans.

Alors qu’on pouvait bien s’attendre à des offensives Kabilistes dans le Saloon du Rassemblement, c’est finalement une escalade fratricide qui a allumé cette mèche puante. Raphaël Katebe Katobo endosse le rôle de Caïn contre son Abel de frère, Moïse Katumbi, bien en retrait mais aux aguets, pour contester ainsi la désignation du shérif Félix Tshisekedi à la tête d’un hypothétique gouvernement de transition dont l’utilité commence de plus en plus à poser questions. Voulant lui aussi être Shérif, le frère aîné, demi-frère dirait-on du côté des opposants, a pour l’instant réussi à s’attirer plus qu’un simple rôle de meneur de fronde chez les Clanton.

Mais avec ce geste, les choses étaient claires. Félix Tshisekedi, décrit ici comme digne successeur d’Étienne Tshisekedi au royaume de  Limete, devrait batailler ferme pour y arriver. Pire, son envie à vouloir jouer sur tous les tableaux a fini par faire rougir même au sein de l’UDPS qui a jusque-là entonnait le même refrain, du moins en apparence. Et donc la goûte d’eau qui a débordé le verre fut la désignation en quasi-catimini de Pierre Lumbi et celle-même de Félix Tshisekedi, encore lui, à la tête de cette coalition, avec une restructuration expéditive à la clé. Avec un message clair: c’est Katumbi et le fils Tshisekedi qui gardent la main.

Dès ce moment, la silencieuse navette effectuée par Clanton Katebe Katoto dans la capitale congolaise allait finir par donner place à une véritable famille des frondeurs du Rassemblement. Joseph Olenghankoy, jamais élu, affirme tout haut être le digne héritier du Shinx, qui ne peut malheureusement le confirmer. Kiakuama et Matungulu, qui traînent depuis fort longtemps une partie de la Dynamique ont ainsi jeté leur dévolu sur lui. Son verbe et sa capacité à en venir aux mains, qui ne sont plus à prouver, ont suffi à les convaincre.

Contractions au Rassemblement, accouchement à l’UDPS

De l’autre côté, Jean-Pierre Lisanga Bonganga choisit l’envieuse position de l’arbitre, dénonçant à la fois les deux présidents désignés du Conseil des sages du Rassemblement. Sans aller vite à cheval, j’aurais oublié de vous signaler que pendant ce temps, Bruno Tshibala et Valentin Mubake, deux caïds Tshisekedistes ont ainsi rallié l’aile Olenghankoy, à ne rien comprendre.

Loin d’être simple, ce mouvement de deux fidèles de tous les jours d’Etienne Tshisekedi cachent en réalité une vraie guerre qui semble se déclarer au sein même de la maison mère de l’opposition congolaise. Les Earp, les gentils, ont finalement eux aussi des problèmes d’ego à gérer. Et Félix Tshisekedi est plus que jamais contesté. L’oeuvre même de toute une vie de lutte infatigable du Sphinx est donc menacée d’explosion. Et ce, en prélude de la désignation qui s’annonce houleuse et difficile du successeur de Tshisekedi à la tête de ce parti.

De plus, le fils d’Étienne Tshisekedi qui est allé jusqu’à garder son père au frigo le temps de revendiquer bec et ongle la Primature, semble n’avoir pas bien appris la leçon de l’usure du pouvoir. Alors qu’issue des gènes même de celui-là qui a compris qu’une cohabitation n’est jamais profitable à l’opposant attitré. Voulant à tout prix devenir Premier ministre, avec un Kabila fin stratège, Félix Tshisekedi pourrait servir de dindon de la farce, au point d’être celui qui annoncera le report des élections qui semblent de plus en plus incertaines, tant la mauvaise volonté Kabiliste à peine voilée, à l’horizon 2017.

Pendant ce temps, celui qui semble être en retrait, tout en apportant son soutien inconditionnel à Félix Tshisekedi, vous avez bien compris que je parle du frère aîné de chez les les Earp, Wyatt Katumbi parait envoyer le fils de son vieil allié à l’abattoir, le temps de prendre les règnes de l’opposition et y affronter ainsi, à la régulière, Joseph Kabila, un ennemi qui lui est si intime. Après tout, tout ce règlement de compte à la OK Corral n’est-il pas venu de son frère?

Malheureusement, dans cette prison à ciel ouvert qui est le Congo, 80 millions de personne ou plus regardent le show, la fulgurante ascension du dollar face au Franc congolais national, mais aussi la décadence d’une économie qui a déjà perdu près de 40% de son budget l’année dernière, le tout couplé à une insolente et meurtrière insouciance des dirigeants qui semblent, comme toujours, avoir d’autres priorités. Oui, corruptio optimi pessima: la corruption des meilleures est la pire.

So Politico
par Litsani Choukran, @litsanichoukran
Le Fondé.

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B
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