Politique Port de Banana : un chantier stratégique qui promet de transformer l’économie congolaise
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Port de Banana : un chantier stratégique qui promet de transformer l’économie congolaise

Le port de Banana, à l’embouchure du fleuve Congo, à l’extrême ouest de la RDC. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 17 JUIN 2025 - 20:47 WAT · 4 min de lecture

Loin des projecteurs médiatiques, un chantier de grande envergure prend forme à l’embouchure du fleuve Congo. Il s’agit du port en eau profonde de Banana, appelé à offrir à la République démocratique du Congo (RDC) son premier accès maritime direct et moderne à l’océan Atlantique. Porté par le géant émirati DP World et l’État congolais, ce projet de plus d’un milliard de dollars est présenté par Kinshasa comme une véritable révolution logistique.

Un port pour désenclaver la RDC

Actuellement, la majorité du commerce maritime de la RDC transite par les ports de pays voisins, occasionnant des surcoûts et des délais. Avec le port de Banana, la RDC compte reprendre le contrôle de ses flux stratégiques. « Ce port changera la donne. Il permettra à la RDC de sortir de l’isolement logistique et d’entrer pleinement dans le commerce maritime mondial », a déclaré un responsable du ministère des Transports congolais.

Prévu pour accueillir les navires de grande capacité, le port comprendra un quai de 600 à 700 mètres, un tirant d’eau de 18 mètres et une aire de stockage de 30 hectares. Sa capacité annuelle de traitement est estimée à 450 000 conteneurs EVP.

Une livraison attendue d’ici 18 à 20 mois

Initialement lancé en 2022, le projet a connu une période de ralentissement, avant d’être relancé en 2024 grâce à de nouveaux appuis financiers. En août 2024, British International Investment (BII) a investi 35 millions USD, saluant « le potentiel du port de Banana pour stimuler le commerce régional et créer des opportunités économiques durables ». L’État congolais a également débloqué 30 milliards de francs congolais à la fin de 2023 pour accélérer les travaux.

Lors d’une réunion tenue le lundi 16 juin 2025 entre le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, et une délégation de DP World, le calendrier du chantier a été précisé. À l’issue de cette rencontre, Jorge Rico, directeur général de DP World RDC, a annoncé que le port sera opérationnel « dans un délai de 18 à 20 mois ».

« Nous avons achevé avec succès la première phase des travaux de dragage. Lors de notre réunion avec son excellence le vice-Premier ministre, nous avons présenté les étapes à venir pour les six à douze prochains mois. Tout est en ordre et nous espérons livrer ce projet dans les meilleurs délais », a-t-il déclaré.

L’entreprise prévoit également l’arrivée d’une deuxième drague dans les 30 à 40 jours et a déjà entamé l’importation des équipements nécessaires à la poursuite des grands travaux. Plusieurs hauts responsables de la firme étaient présents à cette réunion, notamment le directeur général Afrique subsaharienne et le directeur général de DP World RDC.

Un levier économique national

Au-delà de l’infrastructure, c’est toute la chaîne économique du pays qui pourrait être réorganisée. Selon une note technique du gouvernement, les coûts logistiques à l’import-export devraient chuter de 12 %, tandis que le projet pourrait générer plus de 85 000 emplois à travers les chaînes de valeur.

Pour un économiste congolais interrogé à Kinshasa, « Banana pourrait injecter à lui seul plus d’un milliard de dollars de commerce par an dans l’économie nationale et faire grimper le PIB de 0,6 à 0,7 %. C’est un investissement structurant. »

Des défis à ne pas négliger

Le port se construit cependant dans un environnement sensible. Situé à proximité immédiate du parc marin des mangroves, classé aire protégée, le site soulève de lourdes préoccupations environnementales.

« Nous ne sommes pas contre le développement, mais ce projet ne peut pas se faire au détriment d’un écosystème unique en Afrique », alerte une représentante d’une ONG locale spécialisée dans la conservation. Les autorités promettent que des études d’impact et mesures d’atténuation ont été intégrées au projet.

Une vision de long terme

Si les travaux suivent leur cours, le port devrait être livré entre la fin de l’année 2026 et le début de 2027. Pour le gouvernement congolais, il s’agit d’un projet historique. « Le port de Banana est une porte que nous ouvrons sur le monde. C’est notre indépendance économique que nous affirmons », a récemment déclaré le président Félix Tshisekedi.

Avec ses ambitions continentales, le port en eau profonde de Banana s’annonce comme un tournant pour la RDC. Porté par une vision de développement axée sur les infrastructures, il pourrait devenir le pilier logistique d’un nouveau modèle de croissance. Reste à concilier performance économique, inclusion locale et responsabilité écologique pour faire de Banana une réussite durable.

Odon Bakumba

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