Quinze détenus remis par Kinshasa à l’AFC/M23 : ce que le CICR en dit, et pourquoi leurs noms restent secrets
Quinze détenus remis par Kinshasa à l’AFC/M23 : ce que le CICR en dit, et pourquoi leurs noms restent secrets
AFP
Le Comité international de la Croix-Rouge a publié un communiqué daté de Goma sur une opération achevée le 7 août au matin. « Between 6 and 7 August 2026, the International Committee of the Red Cross (ICRC) facilitated the transport of 15 people released by the Congolese authorities and their handover to the Congo River Alliance / March 23 Movement », écrit l’institution : le transport de quinze personnes libérées par les autorités congolaises, et leur remise à l’AFC/M23. L’opération s’est déroulée dans le cadre du mécanisme de Doha signé par les parties en septembre 2025.
Le même texte donne l’itinéraire. « The 15 people concerned, all of whom had consented to participating in the operation, left Beni in the north of North Kivu in a convoy on the evening of 6 August. » Le convoi a quitté Beni le 6 au soir, traversé l’Ouganda, « which had agreed to facilitate passage », et rejoint le territoire de Rutshuru le 7 au matin, où les quinze ont été remis au mouvement.
Ils sont quinze. Ils ont été libérés par les autorités congolaises, et non capturés ni échangés sur une ligne de front. Ils ont tous consenti à l’opération, ce que le CICR mentionne expressément : l’institution n’organise pas de transfert sans accord individuel. Ils se trouvaient à Beni avant le départ. Ils relèvent du mécanisme de libération des détenus signé le 14 septembre 2025. L’agence Africanews a écrit le 5 août qu’il s’agissait d’hommes, transférés depuis des prisons de Kinshasa et qui attendaient là depuis des semaines. Le CICR, lui, écrit « 15 people » et ne se prononce ni sur le genre ni sur l’origine.
Aucun nom n’a été publié, par aucune source. Aucune qualité individuelle : militaire, civil, cadre politique, combattant capturé, rien n’est documenté personne par personne. Aucun statut judiciaire, aucune date d’arrestation, aucune durée de détention, aucun établissement pénitentiaire nommé. Au 7 août, ni Human Rights Watch, ni Amnesty International, ni le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, ni la MONUSCO n’avaient publié quoi que ce soit sur ces quinze cas.
Les listes existent, et elles ne sont pas publiques
Cette opacité est inscrite dans la mécanique de l’accord. La déclaration conjointe publiée le 18 avril par le Département d’État américain, à l’issue des réunions tenues à Montreux du 13 au 17 avril entre les représentants du gouvernement congolais et ceux de l’AFC/M23, contient une phrase qui dit où sont les noms : « The Parties thank the ICRC for providing the lists in accordance with established procedures. » Les listes existent, le CICR les a fournies aux parties, et le document ne les publie pas. Il ne publie d’ailleurs aucun chiffre de prisonniers.
Ce même texte porte l’engagement qui n’a pas été tenu : « Parties also agreed within ten days to release prisoners consistent with the Mechanism for the Liberation of Detainees signed on 14 September 2025 to continue building confidence. » Dix jours à compter du 17 avril, soit le 27 avril. Trois jours après cette échéance, Radio Okapi constatait qu’aucun transfert n’avait eu lieu, ni d’un côté ni de l’autre, et situait les blocages sur le lieu de l’échange et sur l’activation du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu. La radio faisait alors état de 311 détenus réclamés par l’AFC/M23 et de 166 du côté gouvernemental. Ces deux nombres ne figurent dans aucun document institutionnel publié.
Le 16 juillet, trois mois après Montreux, Radio Okapi dressait la liste des obstacles : la difficulté à identifier les centres de détention et à localiser les personnes, la validation des listes des deux côtés, décrite comme politiquement sensible, les contraintes judiciaires pesant sur des prisonniers stratégiques détenus par Kinshasa, et les difficultés sécuritaires et sanitaires d’un transfert traversant des zones non sécurisées, des régions touchées par Ebola et des pays voisins. Rien, ni dans le communiqué du CICR ni dans la déclaration de Montreux, ne rattache les quinze de la semaine à ces listes.
Un convoi monté sous protocole Ebola
Pour aller de Beni à Rutshuru, deux localités de la même province, le convoi est sorti du pays, a traversé l’Ouganda et y est rentré. Et il l’a fait au milieu d’une épidémie. « The operation was carried out in coordination with the health authorities and in strict compliance with Ebola prevention measures, including the provision of a Uganda Red Cross ambulance to address any medical emergencies », précise le CICR : coordination avec les autorités sanitaires, respect strict des mesures de prévention, et une ambulance de la Croix-Rouge ougandaise affectée à toute urgence médicale.
Selon le rapport de situation du Centre d’opérations d’urgence de santé publique arrêté au 4 août, la 17e épidémie de maladie à virus Ebola touche 51 zones de santé sur 140, réparties dans cinq provinces, dont le Nord-Kivu. Le territoire de Rutshuru, point d’arrivée du convoi, est lui-même concerné : le 7 août, Radio Okapi rapportait la chute de la fréquentation de l’hôpital de Kibirizi, dans ce territoire, par peur de la maladie.
Le CICR ne publie pas l’identité des quinze, et sa doctrine d’intermédiaire neutre, exposée publiquement, dit pourquoi : l’institution propose ses services et n’agit qu’avec l’accord des parties, le choix des personnes libérées et le calendrier appartiennent à ces parties, et la confidentialité fait partie de son mandat. Sa responsable des opérations à Kinshasa, Stephanie Eller, dit l’attente de l’institution : « We hope that this operation will bring some comfort to families who have been separated for so long from their loved ones », déclare-t-elle, « and that it will pave the way for further detainee release operations, as agreed by the parties during various negotiations, bringing some hope to populations affected by the armed conflicts. » Elle dit espérer que l’opération apporte un réconfort aux familles séparées depuis si longtemps de leurs proches, qu’elle ouvre la voie à d’autres opérations de libération de détenus, comme convenu par les parties au fil des négociations, et qu’elle rende un peu d’espoir aux populations touchées par les conflits armés.
L’institution avait annoncé sa disponibilité un an plus tôt. Le 19 juillet 2025, sa présidente Mirjana Spoljaric déclarait : « Our team in DRC will help facilitate the release of detainees on both sides so that they can be safely returned home and reunited with their families. » Son équipe en RDC, disait-elle, aidera à faciliter la libération de détenus des deux côtés, pour qu’ils rentrent chez eux en sécurité et retrouvent leur famille. Le même communiqué rappelait que le CICR avait transporté plus de 1 300 membres désarmés des forces gouvernementales et leurs familles entre le 30 avril et le 15 mai 2025, sur près de 2 000 kilomètres et à travers une ligne de front. L’institution est présente en République démocratique du Congo depuis 1978.
Le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, lui, a été complété le 17 juillet, selon Radio Okapi : trois officiers des Forces armées de la République démocratique du Congo, trois de l’AFC/M23, trois experts de la MONUSCO et deux représentants par État membre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, avec des observateurs de l’Union africaine, du Qatar et des États-Unis.
Du côté congolais, aucune réaction publiée à ce stade. Au soir du 7 août, ni la présidence, ni la primature, ni le ministère de la Justice, ni celui de l’Intérieur, ni l’état-major n’avaient publié de texte sur ce transfert.
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