Sécurité & Défense Droits humains en RDC : 524, 382 puis 481 violations en trois mois, et une colonne judiciaire inchangée
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Droits humains en RDC : 524, 382 puis 481 violations en trois mois, et une colonne judiciaire inchangée

Mars 524, avril 382, mai 481. Les notes mensuelles du BCNUDH dessinent une courbe, mais trois chiffres judiciaires y reviennent à l’identique et le décompte d’avril a été révisé sans explication.

Un projet de résolution sur la situation dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) doit être discuté vendredi au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève (archives).
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 AOÛT 2026 - 14:25 WAT · 8 min de lecture

En mai 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a documenté au moins 481 violations et atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo, affectant au moins 1 188 victimes. Le mois précédent en comptait 382, le mois d’avant 524. La courbe monte de 26 pour cent entre avril et mai, et le nombre de victimes de 20 pour cent. Elle avait baissé de 27 pour cent entre mars et avril.

Ces trois chiffres viennent des notes mensuelles que le BCNUDH publie sur le site de la mission onusienne. Lus ensemble, ils disent moins une évolution de la violence qu’une évolution de ce que l’on parvient à documenter. Le bureau l’écrit lui-même à propos de la baisse d’avril : « Cette diminution apparente doit toutefois être interprétée avec prudence en raison des contraintes de documentation et d’accès à certaines zones touchées par l’insécurité. »

Où se concentre le décompte

La géographie du relevé est stable d’un mois sur l’autre. En mai 2026, les provinces affectées par le conflit portent 393 violations et 886 victimes, contre 88 violations et 302 victimes pour le reste du pays. En avril, les provinces en conflit concentraient 334 violations, soit 87,4 pour cent du total documenté.

La répartition des auteurs présumés est détaillée pour avril. Les groupes armés portent 79,34 pour cent des cas. L’AFC/M23 est le premier auteur présumé avec 130 atteintes documentées, devant les Wazalendo avec 58, les groupes Maï-Maï avec 23 et les Forces démocratiques alliées avec 21. Les agents de l’État sont crédités de 109 violations, principalement imputables aux forces armées et à la police nationale. Le relevé d’avril précise que les affrontements opposaient les forces armées congolaises alliées aux Wazalendo à l’AFC/M23 appuyée par les forces armées rwandaises, avec un usage persistant des drones et de l’artillerie lourde. Le rôle de l’AFC/M23 dans les violations documentées recoupe la feuille de route de six mois adoptée par l’Union africaine.

La hausse de mai a une cause nommée dans le document : « L’augmentation est liée à l’intensification des attaques contre les civils par les groupes armés », notamment les Forces démocratiques alliées dans les territoires de Mambasa en Ituri et de Beni au Nord-Kivu, et la résurgence de l’Armée de résistance du Seigneur dans le Bas-Uélé. Cette poussée des ADF est l’objet du plan régional des cinq provinces adopté à Kisangani.

Violences sexuelles : le chiffre d’avril a changé après coup

Le relevé de mai 2026 fait état de 40 cas de violences sexuelles liées au conflit, pour 59 victimes, dont 33 femmes, 25 filles et un homme. Le Nord-Kivu concentre 73 pour cent des victimes, le Sud-Kivu 15 pour cent et l’Ituri 10 pour cent. Les acteurs étatiques sont désignés comme principaux responsables, avec 27 victimes, soit 46 pour cent, dont 26 imputables aux forces armées congolaises. Parmi les groupes armés, le M23 vient en tête avec 14 victimes.

Le relevé d’avril donnait 37 cas et 52 victimes, dont 36 femmes et 16 filles, avec 15 victimes attribuées aux forces armées congolaises, 12 au M23, six aux Forces démocratiques alliées et quatre aux groupes Maï-Maï. Le bureau y notait que « les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme moyen de représailles dans les zones de conflit ».

Un écart apparaît entre les deux documents. Le relevé de mai décrit le mois précédent comme comptant 71 victimes, dont 46 femmes et 25 filles, quand le relevé d’avril en publiait 52. Aucune note de révision n’accompagne la série. Le décompte du mois se complète donc après sa publication, sans que le lecteur sache de combien.

Une colonne judiciaire identique d’un mois à l’autre

Les deux notes consacrent leur avant-dernier paragraphe à la lutte contre l’impunité. Trois chiffres y reviennent à l’identique. Le nombre de poursuites judiciaires est de 66 en avril comme en mai. Les condamnations à la peine de mort sont, dans les deux documents, celles de trois militaires des forces armées, trois agents de la police nationale et quatre civils. Les bénéficiaires de la protection judiciaire appuyée par le bureau sont 23, dont 12 femmes, dans les deux documents.

Le relevé de mai ajoute une ventilation absente d’avril : les 66 poursuites y visent cinq militaires, cinq policiers et 56 civils, et ont abouti à des condamnations de cinq militaires, cinq policiers et 39 civils, pour des faits de meurtre, viol et extorsion documentés au Haut-Katanga, au Haut-Uélé et au Sud-Kivu.

Ce que ces paragraphes ne donnent jamais, c’est le rapport entre les poursuites et les violations documentées. Avec 481 violations en mai et 66 procédures rapportées, la part des cas qui atteint un juge n’est pas calculable à partir des documents publiés, puisque rien n’indique que les poursuites du mois portent sur les violations du mois. La difficulté rappelle celle rencontrée par le FONAREV, dont le taux d’indemnisation reste incalculable.

Ce que le décompte laisse hors champ

Le 2 juin 2026, le bureau a publié un communiqué distinct sur une attaque menée dans la nuit du 30 au 31 mai contre un campement de peuples autochtones Mbuti à Ngadi, dans la commune de Ruwenzori à Beni. Sept civils y ont été tués, dont six membres de la communauté Mbuti, parmi lesquels une femme, et le comédien Shukrani Nzanzu Mangese, tué avec plusieurs membres de sa famille. Le même texte porte un chiffre cumulé que les notes mensuelles ne donnent pas : « Plus de 300 civils ont été sommairement exécutés par les ADF depuis le début de l’année dans les provinces de l’Ituri et du Nord Kivu. »

Le bureau y rappelle que la République démocratique du Congo s’est dotée en 2022 d’une loi portant protection et promotion des droits des peuples autochtones, et que « Les autorités congolaises ont l’obligation de garantir la sécurité de tous les civils, avec une attention particulière aux groupes historiquement marginalisés et particulièrement vulnérables en période de conflit armé ».

L’espace civique occupe une place réduite dans les deux relevés. Mai compte six violations pour 22 victimes, dont 20 femmes, contre 12 violations et 23 victimes en avril. Le bureau prévient que « ces chiffres ne traduisent pas nécessairement une amélioration de l’environnement civique ». Sept cas de protection individuelle ont été traités en mai dans six provinces, Tshopo, Bas-Uélé, Haut-Katanga, Mongala, Nord-Kivu et Sud-Kivu, les menaces provenant d’éléments de l’AFC/M23, d’agents de la police, d’autorités judiciaires et de services de renseignement ; huit défenseurs des droits humains, tous des hommes, ont bénéficié d’un appui. En avril, le bureau avait soutenu sept sessions de formation réunissant 188 participants, dont 55 femmes.

Ce qui manque

Le taux de suites judiciaires n’est pas publiable en l’état. Les notes mensuelles livrent un volume de poursuites sans le rapporter aux cas documentés, ce qui interdit de mesurer la part des violations qui aboutit devant un juge, et de suivre cette part dans le temps.

La couverture du territoire n’est pas uniforme. Le bureau signale lui-même des contraintes d’accès, sans dire lesquelles ni où. Une baisse du décompte peut donc traduire une perte d’accès plutôt qu’un recul des violences, et les zones sous contrôle de l’AFC/M23 ne sont pas documentées dans les mêmes conditions que le reste du pays.

Les révisions ne sont pas signalées. L’écart entre les 52 victimes de violences sexuelles publiées pour avril et les 71 attribuées au même mois un relevé plus tard change le sens de la comparaison mensuelle sans que rien ne l’explique. Tant que ces trois éléments manquent, la série mensuelle du BCNUDH reste le meilleur décompte disponible sur les violations en République démocratique du Congo, et il ne se lit pas comme une mesure de la violence réelle.

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B
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