Droits humains Marche du 15 septembre : ce que l’État a fait, et ce qu’il en dit

Marche du 15 septembre : ce que l’État a fait, et ce qu’il en dit

Itinéraire négocié à Kinshasa, interdiction sanitaire en Tshopo, arrêté d’ordre public au Kongo-Central : le même droit a produit trois réponses le même jour. Ce que disent les autorités, et ce qui reste à établir.

Marche du 15 septembre : ce que l’État a fait, et ce qu’il en dit
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 18 SEPTEMBRE 2026 - 10:21 WAT · 7 min de lecture

Le 15 septembre 2026, l’État congolais n’a pas répondu d’une seule manière à la marche de la Coalition pour la défense de l’ordre constitutionnel. À Kinshasa, il a négocié un itinéraire. En Tshopo, il a interdit par communiqué motivé. Au Haut-Katanga et au Kongo-Central, il a empêché. Trois jours plus tard, la coalition met en cause le chef de l’État dans la mort d’un militant, quand le commandement policier de la capitale annonce un bilan sans victime. Voici ce que l’État a fait ce jour-là, dans ses actes et dans ses mots.

À Kinshasa, l’autorité a négocié l’itinéraire au lieu d’interdire

Dans la capitale, la marche n’a pas été prohibée. Un accord a été conclu entre la coalition et l’Hôtel de ville sur le tracé du cortège, rapporté par Radio Okapi le 15 septembre.

« L’itinéraire de la marche a été légèrement corrigé pour respecter l’inviolabilité du Parlement », a déclaré Israël Mutala, secrétaire exécutif du gouvernement provincial de Kinshasa.

Le dispositif retenu comportait deux points de départ, l’échangeur de Limete pour les participants de Tshangu et de Mont-Ngafula, le rond-point Moulaert à Bandalungwa pour ceux de Funa et de Lukunga. Le point de chute était fixé sur le boulevard Triomphal, près de l’école Sévigné, en face du Stade des Martyrs.

Le gouverneur Daniel Bumba avait demandé aux services provinciaux de prendre acte de la manifestation. La police, l’armée et les services de sécurité s’étaient engagés à l’encadrer.

L’article 26 impose d’informer, pas de demander l’autorisation

Le cadre juridique est court. « La liberté de manifestation est garantie. Toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité administrative compétente. Nul ne peut être contraint à prendre part à une manifestation. La loi en fixe les mesures d’application », dispose l’article 26 de la Constitution.

L’obligation qui pèse sur les organisateurs est une obligation d’information, non une demande d’autorisation. C’est ce régime qui fonde la position de la coalition lorsqu’elle invoque l’article 26 contre les interdictions.

La dernière phrase du texte renvoie à une loi d’application. C’est sur son contenu que se joue l’essentiel du désaccord entre les autorités administratives et les organisateurs de manifestations, en RDC comme ailleurs.

La police a tenu trois fronts le même jour

La journée du 15 septembre n’était pas seulement celle de la marche. C’était aussi celle de la rentrée parlementaire et du dépôt du projet de budget à l’Assemblée nationale.

« La police était sur le terrain pour sécuriser la rentrée parlementaire, le dépôt à l’Assemblée nationale par le gouvernement du projet de budget 2026-2027 ainsi que la marche de la coalition C64 », a déclaré le commissaire divisionnaire Israël Bankulu Kantu, commandant de la Police nationale congolaise pour la ville de Kinshasa, lors d’une réunion d’évaluation le 16 septembre, propos rapportés par l’Agence congolaise de presse.

« Sur les trois fronts, les effectifs policiers ont fait preuve de maîtrise dans l’action afin d’éviter toute escalade avec les manifestants de la C64, qui se sont parfois livrés à des insultes proférées à l’endroit du Commandant suprême, ainsi qu’à quelques attaques contre certains kinois qui vaquaient librement à leurs occupations », a-t-il ajouté.

En Tshopo, l’interdiction a été motivée par l’épidémie d’Ebola

La province de la Tshopo a interdit la marche par un communiqué du 11 septembre, quatre jours avant la date prévue. Le motif invoqué est sanitaire.

« Nul ne peut, sous quelque prétexte que ce soit, exposer délibérément la population à un risque sanitaire supplémentaire », a écrit Paulin Lendongolia, gouverneur de la Tshopo, qui rattache sa décision à la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans sa province.

Le motif s’appuie sur une situation établie. La Tshopo comptait 28 cas confirmés d’Ebola et 10 décès sur sept zones de santé au 13 septembre 2026, selon le relevé de l’Organisation mondiale de la santé. Le 16 septembre, un projet de sensibilisation doté de huit millions de dollars y était lancé à Kisangani.

Le même droit a produit trois réponses provinciales

Trois régimes ont coexisté le même jour sous la même Constitution. Kinshasa a encadré. La Tshopo a interdit sur un motif sanitaire écrit. Le Haut-Katanga et le Kongo-Central ont interdit au titre de l’ordre public, par arrêté du gouverneur pour le second, pris la veille de la marche.

Le gouverneur de la Tshopo a ensuite salué ce qu’il a qualifié de boycott massif de la marche dans sa province.

Le commandement policier annonce un bilan sans victime

« Je salue le professionnalisme de mes hommes, qui ont réussi à préserver la paix publique et à garantir la sécurité de tous les kinois, en dépit des divergences politiques », a déclaré le commandant de la police de Kinshasa.

Son bilan fait état de quelques échauffourées contenues, sans perte en vies humaines ni dégât matériel important. Le 15 septembre, des sources sécuritaires citées par Radio Okapi indiquaient elles aussi qu’aucun mort n’avait été enregistré.

Un mort documenté par l’AFP, une institution publique qui dénonce des violences

Le même 15 septembre, l’Agence France-Presse rapportait la mort de Manassé Lomboto Bomengala, chargé de la sécurité de Prince Epenge, président d’ADDCongo. Il est décédé à l’hôpital Olympic après avoir été grièvement blessé devant le siège de l’UDPS, à Limete. L’opposition faisait état d’une cinquantaine de blessés.

Le lendemain, une institution publique est venue nuancer le bilan policier. « La CNDH déplore la violence avec laquelle ceux-là qui sont censés maintenir la paix, l’ordre et la discipline, surtout protéger les manifestants, se livrent eux-mêmes à des actes en marge de la loi », a déclaré Joseph Kongolo, coordonnateur provincial de la Commission nationale des droits de l’homme au Haut-Katanga.

La CNDH est une institution d’appui à la démocratie créée par la loi organique du 21 mars 2013. Ce n’est pas une voix de l’opposition.

Aucune enquête judiciaire n’a été annoncée

À ce jour, aucune autorité judiciaire n’a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la mort de Manassé Lomboto Bomengala. Aucune autopsie n’a été rendue publique, aucune identification des auteurs des coups, aucun bilan officiel de blessés ni d’interpellations pour l’ensemble du territoire.

La coalition, elle, annonce la publication prochaine de son propre bilan des violations. En l’absence d’un décompte établi par l’État, c’est ce document qui servira de référence.

C’est le point sur lequel l’action publique a le plus de prise. Une enquête établit qui a frappé, où et sur ordre de qui. Une déclaration, quelle qu’elle soit, ne l’établit pas.

Le calendrier politique se poursuit

L’Union pour la démocratie et le progrès social a annoncé une marche le 22 septembre, simultanément dans les vingt-six chefs-lieux de provinces et les cent quarante-cinq territoires. Les mêmes autorités provinciales auront à en fixer le régime.

La session parlementaire ouverte le 15 septembre se referme le 15 décembre, avec un budget de 56 929 milliards de francs congolais à voter et la loi référendaire à réexaminer. Le dialogue national convoqué par le chef de l’État est annoncé pour trois mois au maximum.

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B
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