350 millions de dollars à récupérer : l’État lance le recouvrement forcé des créances du FPI
Le Fonds de promotion de l'industrie attend 350 millions de dollars de débiteurs privés, certaines créances vieilles de vingt ans. Saisies, interdictions de sortie et publication des noms : le gouvernement enclenche le recouvrement forcé, sans avoir publié la moindre liste.
350 millions de dollars à récupérer : l’État lance le recouvrement forcé des créances du FPI
AFP
Trois cent cinquante millions de dollars dorment chez des débiteurs privés. C’est le montant des créances en souffrance du Fonds de promotion de l’industrie que le gouvernement a décidé de récupérer, au besoin par la contrainte. Le 3 juillet 2026, une Commission spéciale chargée du recouvrement forcé s’est réunie à Kinshasa sous les auspices de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Le 21 juillet, une seconde séance a acté la catégorisation de ces créances en six familles, ouvrant la voie à des saisies, des interdictions de sortie du territoire et la publication des noms des récalcitrants.
Le dossier en chiffres
- 350 millions USD : l’encours à récupérer, contre 300 millions estimés en avril.
- Vingt ans : l’ancienneté des créances les plus anciennes.
- Six : le nombre de catégories de créances identifiées.
- 10 avril 2026 : le Conseil des ministres saisi du dossier.
- 3 et 21 juillet : les deux réunions de la Commission spéciale.
Le Fonds de promotion de l’industrie est alimenté par la taxe de promotion de l’industrie, prélevée sur les importations et destinée à financer des unités de production, des infrastructures d’appui et la transformation locale des matières premières. Les sommes en cause avaient été prêtées à des entreprises pour des investissements productifs. Une partie n’est jamais revenue, et certaines dettes remontent à près de vingt ans, selon le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des petites et moyennes entreprises, Justin Kalumba.
Le ministre a résumé la position du gouvernement en une phrase : « Il n’est pas normal que des personnes qui ont reçu de l’argent de l’État ne le rendent pas alors qu’elles se sont engagées à le faire ». Il a précisé la méthode : « Ceux qui doivent payer doivent s’exécuter. Nous allons rencontrer ces personnes afin de voir comment récupérer finalement l’argent de l’État ».
Le dossier était monté au Conseil des ministres du 10 avril 2026, où le chef de l’État avait demandé une stratégie distinguant les débiteurs de bonne foi de ceux qui refusent délibérément d’honorer leurs engagements. L’encours était alors estimé à 300 millions de dollars. Trois mois plus tard, il est évalué à près de 350 millions, la dette continuant de s’alourdir.
Le dispositif mobilise des institutions qui dépassent le cadre financier : la Cour de cassation, l’Inspection générale des finances, l’Agence nationale de renseignements, la Direction générale de migration et le Conseil national de cyberdéfense, aux côtés de plusieurs ministres sectoriels. La présence de la DGM éclaire l’une des mesures annoncées, l’interdiction de sortie du territoire visant les débiteurs.
L’enjeu dépasse le recouvrement. Justin Kalumba l’a formulé en termes de souveraineté financière : « Nous ne pouvons pas industrialiser le pays uniquement en allant demander de l’argent auprès de la Banque mondiale. Nous devons aussi compter sur nos ressources nationales et internes ». Un fonds public dont les crédits ne reviennent pas cesse mécaniquement de pouvoir en accorder de nouveaux : les 350 millions immobilisés depuis parfois vingt ans représentent près de trois fois le montant que le FPI, le PNUD et la Suède ont réuni pour soutenir les entrepreneurs congolais.
Deux informations manquent pour juger l’opération. Aucune liste de débiteurs n’a été rendue publique depuis la réunion du 3 juillet, alors que la publication des noms figure parmi les mesures annoncées le 21. Et le montant effectivement recouvré depuis le Conseil des ministres du 10 avril n’a pas été communiqué : entre les 300 millions d’avril et les 350 de juillet, l’encours a augmenté de cinquante millions au lieu de diminuer.
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