Twangiza, l’or en coupe réglée : comment l’AFC/M23 a saisi la seule mine industrielle des Kivu
La seule mine d'or industrielle des Kivus saisie par l'AFC/M23, au moins 500 kg de lingots pillés : le rapport de l'ONU documente Twangiza.
Twangiza, l’or en coupe réglée : comment l’AFC/M23 a saisi la seule mine industrielle des Kivu
AFP
Le 8 mai 2025, la plus grande mine d’or de l’Est congolais a changé de maître. Ce jour-là, selon le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, « l’AFC/M23 a pris le contrôle de la mine d’or industrielle à ciel ouvert de la chefferie de Luhwindja, territoire de Mwenga, qui appartient à la société Twangiza Mining SA ». L’enjeu est décrit sans ambiguïté par les enquêteurs : c’est « la seule mine d’or de taille industrielle dans les Kivus », dotée d’importantes installations de transformation.
La prise n’a pas laissé le site à l’arrêt. L’imagerie satellite à haute résolution révèle, écrit le Groupe, « un niveau d’activité important entre la prise de contrôle en mai et le mois de septembre » : réparation de routes, déblaiement de glissements de terrain, plus d’une douzaine d’engins lourds observés dans la fosse. La rébellion ne s’est pas contentée d’occuper la mine, elle a entrepris de la remettre en marche.
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L’entreprise propriétaire a porté l’accusation en place publique. Twangiza Mining SA a dénoncé « le pillage et la destruction systématiques d’actifs industriels et environnementaux » par l’AFC/M23, alléguant un « soutien actif » de la Force de défense rwandaise. Selon les données réunies dans les annexes et un reportage de l’agence Reuters, la société chiffre le vol à au moins cinq cents kilos de lingots depuis mai, soit environ soixante-dix millions de dollars. Le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a démenti le 23 octobre, affirmant que la mine était inactive et que le mouvement n’avait ni l’expertise ni les moyens d’exploiter de l’or.
Twangiza n’est pas un cas à part, mais la pièce maîtresse d’un système. Le rapport établit qu’« environ la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu et plus des deux tiers de la production de wolframite proviennent des territoires actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23 ». La rébellion a fait des ressources une source de financement directe de sa guerre.
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Le mécanisme d’extraction de la rente est documenté à quelques dizaines de kilomètres de là, à Luhihi, sur le site de Lomera. Après avoir pris le pouvoir à la mi-février, l’AFC/M23 a remplacé les services de l’État par un bureau minier local et imposé « une taxe de production de 30 % » sur le prix du minerai à la bouche de mine. Plus de cinq mille creuseurs artisanaux ont travaillé à Lomera au premier semestre, sur des centaines de puits, sous un régime d’inspections et de taxes supplémentaires.
L’or de l’Est finance donc les armes qui ravagent l’Est. La boucle est économique autant que militaire : les zones conquises sont d’abord des zones minières, et les taxes prélevées à la bouche de mine soutiennent l’effort de guerre. Le rapport relie explicitement cette expansion à la consolidation de l’accès aux ressources qui alimentent les activités armées de la rébellion.
Pour Kinshasa, le pillage de Twangiza est un symbole. Un actif industriel congolais, la seule mine d’or moderne de la région, passe aux mains d’un groupe sanctionné et de son parrain régional. Le Groupe d’experts ne juge pas les responsabilités pénales. Il montre la mine, son activité vue du ciel et la taxe prélevée, et confie la suite au Conseil de sécurité.
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