Économie RDC : 2,4 millions de dollars pour 2 300 km de voies fluviales, ce que prévoit le protocole FOREC-RVF
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RDC : 2,4 millions de dollars pour 2 300 km de voies fluviales, ce que prévoit le protocole FOREC-RVF

Le Fonds de régulation économique et la Régie des voies fluviales ont signé le 28 août 2026 un protocole de 2,4 millions de dollars. Ce que le communiqué dit, et ce qu'il ne dit pas.

RDC : 2,4 millions de dollars pour 2 300 km de voies fluviales, ce que prévoit le protocole FOREC-RVF
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 28 AOÛT 2026 - 20:27 WAT · 6 min de lecture

Le Fonds de régulation économique et la Régie des voies fluviales ont signé le 28 août 2026 un protocole d’accord destiné à améliorer la navigabilité des cours d’eau congolais. Le ministère de l’Économie nationale, qui a annoncé la signature, précise que le programme est « financé à hauteur de 2,4 millions USD » et qu’il « permettra d’améliorer la navigabilité de près de 2 300 km de voies fluviales, à travers des travaux de balisage, dragage, désencombrement et autres interventions techniques ».

Le ministère assigne quatre objectifs à ce programme : « réduire les coûts de transport, désenclaver les bassins de production, faciliter l’évacuation des produits agricoles et renforcer l’approvisionnement des grands centres de consommation ». Il y voit la volonté du gouvernement « de faire du transport fluvial un véritable levier de redressement productif, de compétitivité et d’intégration du marché national ».

Ce que recouvrent les 2 300 kilomètres

Le communiqué ne ventile pas ce linéaire. Les campagnes de la Régie des voies fluviales, telles que rapportées par Radio Okapi en septembre 2025, portent sur deux tronçons dont l’addition en approche le total : 1 734 kilomètres balisés sur le fleuve Congo entre Kinshasa et Kisangani en février 2025, et 605 kilomètres sur la rivière Kasaï en juillet 2024, soit 2 339 kilomètres. Ce rapprochement est une reconstitution documentaire. Le ministère n’a pas indiqué s’il s’agit du périmètre retenu.

Rapporté au réseau, ce linéaire reste modeste. La régie s’était fixé pour la seule année 2024 un objectif de 5 873 kilomètres de cours d’eau à baliser. Les 2 300 kilomètres du protocole représentent donc moins de la moitié d’une ambition annuelle formulée il y a deux ans.

Un peu plus de mille dollars le kilomètre

Le rapport entre le montant et le linéaire donne 1 043 dollars par kilomètre, travaux de balisage, de dragage et de désencombrement compris. Aucune source publique ne donne le coût de référence d’un kilomètre de balisage en République démocratique du Congo, ce qui empêche de dire si ce montant est suffisant, serré ou inhabituel.

Un ordre de grandeur existe cependant du côté de la régie. En juillet 2024, son directeur général Daniel Lwaboshi réclamait à l’État le décaissement de crédits budgétaires : « Nous demandons à notre Gouvernement de décaisser les crédits budgétaires de 3 milliards 755 millions 724 mille francs congolais », déclarait-il, pour le seul balisage du Sankuru, du Kasaï, du Kwilu et de la Lukeni. Le même responsable demandait alors l’appui de l’État pour percevoir la taxe de navigation auprès des armateurs.

Ce détail éclaire l’opération. La régie, établissement public depuis le décret du 3 décembre 2009, tire l’essentiel de ses ressources propres de cette taxe, dont le recouvrement est incomplet, et attend de l’État des crédits dont le décaissement a été plusieurs fois réclamé publiquement. Le protocole apporte une ressource extérieure à ce circuit.

Le FOREC, sept mois d’activité

Le Fonds de régulation économique a été institué par un décret de mai 2008, mais son opérationnalisation n’a été lancée que le 9 janvier 2026, dix-huit ans plus tard, sous la tutelle du vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale Daniel Mukoko Samba. Sa mission, telle que Radio Okapi la résumait en 2023, est « d’identifier les produits menacés des pénuries ou connaissant une distorsion de prix, déterminer les modalités d’intervention ».

Son premier projet agricole, lancé le 3 juillet 2026, porte sur la relance du CDI Bwamanda et des filières du Sud-Ubangi, pour 7,7 millions de dollars. Le protocole signé avec la régie constitue sa deuxième intervention publique d’ampleur. Le mécanisme d’alimentation du fonds, c’est-à-dire la nature du prélèvement dont il tire ses ressources, n’est pas documenté publiquement. Aucun organe de contrôle n’a publié d’observation sur sa gestion, ce qui s’explique par la brièveté de son activité effective plutôt que par un quitus.

Une seconde annonce en quatre jours

Le protocole intervient trois jours après une autre initiative. Le 25 août, au port de l’ONATRA à Kinshasa, le chef de l’État a lancé une opération de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï, avec la remise de deux baliseurs, d’une drague multifonction, de quatre pousseurs, de vingt pirogues et d’une barge métallique. Aucune source publique n’établit de lien entre les deux annonces, et le communiqué du ministère de l’Économie nationale ne mentionne pas celle du 25 août.

Le balisage n’est pas la première cause citée des naufrages

Le protocole s’inscrit dans une année marquée par des naufrages meurtriers. Radio Okapi a rapporté au moins cinquante morts en trois mois dans des naufrages à répétition sur la rivière Ulindi, à Shabunda, et au moins vingt morts et plus de cent disparus dans le naufrage d’une baleinière à la jonction des rivières Kasaï et Sankuru le 3 juillet 2026.

Les causes avancées par les acteurs ne placent toutefois pas le balisage au premier rang. Dans un communiqué de janvier 2026, l’organisation Voix des sans voix pour les droits de l’homme cite « le non-respect des normes de navigation, la surcharge des embarcations et la navigation nocturne ». La régie elle-même, dans un appel lancé en juillet 2026 par sa base hydrographique Grand Bandundu-Kasaï, invite les armateurs à s’informer sur l’état du chenal et le balisage existant plutôt qu’elle ne dénonce son absence.

Le protocole traite donc un facteur réel, sans être celui que les autorités et les organisations citent en premier.

Ce qui n’est pas connu

Le communiqué ne nomme pas les signataires. Il ne précise ni la durée du programme, ni son calendrier, ni la ventilation du montant entre balisage, dragage et désencombrement, ni les biefs retenus. Ni le Fonds de régulation économique ni la Régie des voies fluviales n’ont publié le texte du protocole. Aucune dépêche de l’ACP ni de Radio Okapi n’en rendait compte au moment de la publication de cet article.

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B
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