45 % des exécutions : la courbe de l’ONU qui désigne l’AFC/M23 et suit la présence rwandaise
L'AFC/M23, responsable d'environ 45 % des exécutions sommaires du pays : la courbe de l'ONU où la violence suit la présence rwandaise.
Quelques éléments de l’armée rwandaise | ©️ Reuters
AFP
Les chiffres tiennent en une phrase, et cette phrase accuse. Entre avril et octobre 2025, les exécutions sommaires ont été la violation la plus fréquente en République démocratique du Congo, et le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU en désigne le premier responsable : l’AFC/M23, « considérée comme le principal auteur, responsable d’environ 45 % de toutes les exécutions sommaires signalées dans l’ensemble du pays ».
La rébellion domine aussi le tableau d’ensemble des atteintes. Selon les sources de l’ONU liées à la protection des droits humains, l’AFC/M23 « serait responsable de plus de 30 % de toutes les violations constatées » sur la période. Aucun autre acteur du conflit n’atteint ce niveau. Le rapport note que les représailles des autres groupes armés se sont produites « à une échelle beaucoup plus réduite que les récentes violations systématiques perpétrées par l’AFC/M23 et la FDR ».
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La courbe mensuelle raconte une histoire dans l’histoire. D’après l’annexe statistique du rapport, la part de l’AFC/M23 dans les violations culmine à 35,6 % en août 2025, puis chute à moins de 10 % en septembre, avant de remonter à près de 20 % en octobre. Selon la même annexe, le creux de septembre coïncide avec la baisse des opérations anti-FDLR et le redéploiement partiel des forces rwandaises depuis le Rutshuru vers d’autres fronts, un mouvement que le Groupe constate aussi dans le corps du rapport.
Cette corrélation est portée par les données de l’ONU, non par une extrapolation. Elle rapproche les pics d’exécutions des mouvements de la Force de défense rwandaise, que le Groupe documente en tête des opérations anti-FDLR dans les territoires de Nyiragongo et de Rutshuru. Le reflux de septembre suit le redéploiement de cette force, sa remontée d’octobre accompagne son retour.
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Derrière les pourcentages, il y a une méthode. Les exécutions relevées ne sont pas des bavures dispersées mais un mode opératoire, appliqué lors des bouclages, contre des civils accusés de collusion avec les FDLR. Le rapport souligne aussi que les enlèvements attribués à l’AFC/M23 ont dépassé le nombre de personnes qu’elle a tuées, signe d’une entreprise de contrôle des populations autant que d’élimination.
Les statistiques ont leurs limites, et le Groupe les assume. Les données proviennent de la surveillance onusienne des droits humains, communiquées à titre confidentiel, et les restrictions d’accès imposées aux enquêteurs dans les zones occupées empêchent un décompte exhaustif. Le tableau sous-estime probablement la réalité plutôt qu’il ne l’exagère.
Pour Kinshasa, ce chapitre transforme une conviction en donnée. La responsabilité première des tueries dans l’Est n’est plus une affirmation politique, c’est un pourcentage établi par l’organe d’enquête du Conseil de sécurité. Le Groupe ne prononce pas de verdict. Il livre une courbe, et cette courbe pointe dans une direction.