Politique Au Conseil de sécurité de l’ONU, la RDC plaide pour la paix en Ukraine sans obtenir la sienne
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Au Conseil de sécurité de l’ONU, la RDC plaide pour la paix en Ukraine sans obtenir la sienne

La RDC préside le Conseil de sécurité en juillet et relaie l’appel à la paix pour l’Ukraine. Mais la résolution 2773, qui exige depuis 2025 le retrait des troupes rwandaises de l’Est, reste sans application. Décryptage d’un paradoxe.

Au Conseil de sécurité de l’ONU, la RDC plaide pour la paix en Ukraine sans obtenir la sienne
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 12 JUILLET 2026 - 06:02 WAT · 7 min de lecture

Le 9 juillet 2026, à New York, c’est un diplomate congolais qui tenait le marteau. Sous la présidence de la République démocratique du Congo, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence, à la demande de Kiev, pour sa 10191e séance consacrée à l’Ukraine. La délégation congolaise y a défendu une ligne limpide, celle qu’elle martèle depuis des mois pour son propre pays : il n’existe pas de solution militaire à cette guerre, les civils doivent être protégés, un cessez-le-feu s’impose. La grammaire de paix que Kinshasa réclame pour l’Est du Congo, elle la porte désormais pour l’Ukraine. Reste un paradoxe que sa présidence met en pleine lumière : cette paix qu’elle plaide au nom des autres, la RDC ne parvient pas à l’obtenir chez elle.

La présidence tournante du Conseil, que la RDC assure pour le seul mois de juillet, est un événement en soi. C’est la première fois depuis plus de trente ans que Kinshasa dirige l’organe chargé, selon la Charte, du maintien de la paix, six mois après son entrée comme membre élu non permanent pour la période 2026-2027. Le pays a placé son mandat sous une devise, « plus de paix, plus de justice, plus de développement, plus de multilatéralisme », et a choisi un thème signature, la gouvernance des ressources naturelles. Trois rendez-vous jalonnent le mois : un débat sur les violences sexuelles liées aux conflits, présidé le 8 juillet par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, une réunion sur les ressources le 13 juillet, et un débat de haut niveau que doit présider Félix Tshisekedi le 21 juillet, en présence du secrétaire général António Guterres. Le calcul est transparent. En faisant du pillage des minerais un sujet de paix et de sécurité internationale, la RDC parle de sa propre guerre sans avoir à inscrire formellement son cas à l’ordre du jour.

La séance sur l’Ukraine, elle, illustrait l’intensité de la mobilisation onusienne sur ce dossier. La presse des Nations unies la présentait comme la huitième réunion consacrée à ce conflit en sept semaines. Devant le Conseil, la secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a rappelé qu’une seule semaine avait vu trois vagues de frappes russes sur Kiev et d’autres villes, et que le bureau des droits de l’homme dénombrait au moins 16 402 civils tués en Ukraine depuis février 2022. « Un cessez-le-feu immédiat, complet et inconditionnel ne peut plus être différé », a-t-elle lancé. La RDC, s’exprimant en sa capacité nationale, a fait chorus avec l’appel au dialogue et à la désescalade, aux côtés du Pakistan et du Panama notamment.

C’est dans le miroir de cette séance que se lit le paradoxe congolais. Car sur son propre dossier, la RDC n’a pas manqué d’obtenir du Conseil un texte, et pas n’importe lequel. Le 21 février 2025, la résolution 2773 a été adoptée à l’unanimité, sous le chapitre VII de la Charte, celui qui autorise les mesures contraignantes. Elle condamne l’offensive de l’AFC/M23, exige le retrait immédiat et sans condition des Forces de défense rwandaises du territoire congolais et réclame un cessez-le-feu. Près de dix-huit mois plus tard, ce texte reste lettre morte. Aucun retrait n’a eu lieu, et l’offensive se poursuit. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU, entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais sont engagés dans l’Est aux côtés du M23, dont ils dirigent les opérations, une présence que Kigali continue de nier. Le contraste n’est donc pas entre action et inaction. Il est entre une mobilisation dense, quasi hebdomadaire et hautement visible sur l’Ukraine, et une résolution contraignante qui existe pour la RDC, mais que personne n’applique.

Rien, au Conseil, n’est venu forcer cette application. Un projet français visant à confier à la Mission de l’ONU au Congo, la Monusco, un rôle de surveillance d’un cessez-le-feu a été écarté au printemps, la Chine et la Russie estimant que les conditions n’étaient pas réunies. Une proposition d’élargir les sanctions onusiennes à six individus et deux entités liés à l’offensive est restée en suspens. Les seules mesures réellement prises contre le réseau rwandais et le M23 sont venues d’ailleurs : le Trésor américain a sanctionné, le 25 juin, la raffinerie d’or Gasabo Gold, plaque tournante de l’or de guerre, et l’Union européenne avait visé neuf responsables dès mars 2025. Autant de coups portés en dehors de l’ONU, là où le veto d’un membre permanent ne peut rien bloquer.

Devant le Conseil, la diplomatie congolaise ne cache pas son exaspération. Le 26 juin, quelques jours avant de prendre la présidence, le représentant permanent Zénon Mukongo Ngay dénonçait une « coalition M23-RDF » qui « continue d’occuper des localités congolaises, d’établir des administrations parallèles et de brandir la menace de nouvelles conquêtes militaires », et appelait à « la mise en œuvre intégrale et sans condition de la résolution 2773 ». « Le moment n’est plus aux déclarations d’intention, il est à l’action », faisait valoir la mission congolaise, le jour même où elle saisissait la Cour internationale de justice contre le Rwanda. Dans un entretien à la publication spécialisée PassBlue, le 9 juillet, l’ambassadeur résumait son propre désenchantement : au Conseil, « on parle, on parle, on parle », mais « en fin de compte, il n’y a pas de solutions ».

Cette lucidité dit le plafond de l’exercice. Une présidence tournante d’un mois ne confère aucun pouvoir de décision. Elle permet d’orienter l’agenda, de convoquer des débats, d’occuper la tribune, mais le rapport de force demeure entre les mains des cinq membres permanents et de leur droit de veto. Le député national honoraire Juvénal Munubo, ancien de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, appelle la diplomatie congolaise à « user de son influence, durant cette présidence rotative, pour obtenir la mise en œuvre de la résolution 2773 », rappelant que « l’accord de Washington, du reste non appliqué à ce jour, ne peut pas abroger ou éclipser cette résolution du Conseil de sécurité ». La présidence est une fenêtre, pas un levier.

Le bilan humain, lui, ne s’embarrasse pas de procédures. Le représentant spécial du secrétaire général au Congo, James Swan, chiffrait le 26 juin à 632 le nombre de civils tués au Nord-Kivu et en Ituri depuis le 19 mars. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a documenté 2 560 violations et 6 760 victimes entre octobre 2025 et février 2026. C’est à l’aune de ces chiffres que se mesure la distance entre la parole et l’acte, celle qui sépare une résolution votée d’un retrait obtenu.

De ce mois de présidence, la RDC retirera de la visibilité, un statut, la capacité d’imposer ses thèmes et d’incarner, à la face du monde, le pays qui subit la guerre. Ce n’est pas rien pour une diplomatie longtemps reléguée. Mais aucune de ces avancées n’active le mécanisme de contrainte qui manque à la résolution 2773. Kinshasa aura tenu le marteau du Conseil, plaidé la désescalade pour Kiev et la protection des civils ukrainiens. La véritable épreuve, pour la RDC, n’est pas de présider les débats des autres. Elle est de faire appliquer, un jour, le texte que le Conseil a voté pour elle.

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B
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