Comment des prestataires financiers rwandais alimentent le M23 à Goma et Rubaya
Le dernier rapport du Groupe d'experts de l'ONU chiffre jusqu'à 18 000 hommes la présence militaire rwandaise dans l'est de la RDC et documente l'apparition de structures financières non agréées dans les zones tenues par l'AFC/M23.
Comment des prestataires financiers rwandais alimentent le M23 à Goma et Rubaya
AFP
Le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC décrit un tournant dans l’est du pays. Dans son rapport final S/2026/466, transmis au secrétaire général le 5 juin et rendu public le 30 juin 2026, il établit deux constats liés : une présence militaire rwandaise sans précédent aux côtés de l’AFC/M23, et l’émergence d’un système financier parallèle dans les zones que la rébellion contrôle.
Sur le plan militaire, les experts estiment la force de combat de l’AFC/M23 à environ 30 000 éléments. Surtout, ils chiffrent les effectifs de la Force de défense rwandaise (RDF) déployés dans l’Est à un total pouvant atteindre 18 000 soldats, contre 3 000 à 4 000 estimés en 2024. Le soutien rwandais, écrit le Groupe d’experts, n’est plus limité mais devenu structurel et déterminant pour le contrôle territorial du mouvement, alors que le Rwanda était censé retirer ses troupes au titre de l’accord de Washington conclu il y a un an.
C’est dans ces zones tenues par l’AFC/M23 que prospèrent, selon le rapport, des prestataires financiers non agréés, conséquence de la suspension des opérations bancaires officielles. L’exemple le plus documenté est la société Accès Finance S.A., active à Goma et Rubaya, avec un projet d’extension à Bukavu. L’entreprise se présente comme une « institution financière agréée en République démocratique du Congo » et propose dépôts, gestion de comptes et transferts internationaux, agissant comme agent de Western Union et MoneyGram.
Or le Groupe d’experts affirme qu’il n’existe « aucune preuve publiquement vérifiable » d’un agrément de la Banque centrale du Congo, et qualifie la structure de prestataire « non agréé ». Les enquêteurs relèvent des indices de liens avec le Rwanda : l’adresse IP du site est hébergée sur le réseau KT Rwanda Network, et l’ouverture d’Accès Finance à Goma a suivi la prise de la ville par le M23. Pour l’ONU, ces canaux permettent à l’AFC/M23 de taxer et contrôler les flux financiers des territoires administrés, à Rubaya notamment, principal site de coltan du Nord-Kivu.
L’enjeu déborde la RDC. Le M23, plusieurs de ses dirigeants et la RDF font l’objet de sanctions américaines de l’OFAC. En opérant comme agent de Western Union, MoneyGram et via le réseau Swift dans ces zones, un prestataire non agréé expose ces sociétés, soumises à des obligations strictes de lutte contre le blanchiment, à un risque de contournement des sanctions. Le rapport lie ainsi, en un même circuit, la présence militaire rwandaise, le pillage minier et son financement, faisant du dossier bien plus qu’une rébellion soutenue de l’extérieur. Ni Accès Finance S.A. ni Kigali, qui récuse de longue date toute implication de ses troupes dans l’Est, n’ont commenté ces conclusions.
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