Dialogue en RDC : Eric Nsenga salue en Tshisekedi un « homme de dialogue »
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AFP
Le rapprochement entre Félix Tshisekedi et les confessions religieuses a trouvé un porte-voix. Dans un espace en ligne animé sur le réseau X par le journaliste Stanis Bujakera, le pasteur Eric Nsenga, porte-parole de l’Église du Christ au Congo, la faîtière protestante, a livré un récit favorable de ses échanges avec le chef de l’État. Interrogé sur la confiance retrouvée entre le président et les Églises après des mois de tensions, il a évoqué trois jours de discussions directes, dont il retient l’image d’un « homme de dialogue » ayant laissé chaque partie exposer ses préoccupations. Il a décrit cette séquence comme un « moment de restauration de l’autel » entre ce qu’il appelle le « sacerdoce étatique » et le « sacerdoce spirituel », mettant en avant la foi chrétienne affichée du chef de l’État comme point commun retrouvé.
Ces propos, favorables au pouvoir, s’inscrivent dans une actualité précise. Le 17 juillet, à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, Tshisekedi a annoncé, à l’issue d’une rencontre avec les responsables religieux, la tenue d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain », dans le respect des institutions et de la Constitution. Autour de lui figuraient le cardinal Fridolin Ambongo et Monseigneur Donatien Nshole pour la Conférence épiscopale nationale du Congo, le pasteur André Bokundoa et Eric Nsenga pour l’Église du Christ au Congo, ainsi que des représentants de l’Église de réveil et de la communauté musulmane. Au nom de la délégation, le cardinal Ambongo avait dit sa gratitude pour l’annonce, promettant de porter l’initiative « comme un apostolat ».
Le mot de « restauration » suppose toutefois une brouille, et celle-ci n’est pas close. Depuis des mois, l’axe de tension entre le pouvoir et les Églises n’est pas la sécurité de l’Est, sur laquelle les deux convergent, mais le projet de révision constitutionnelle et le référendum qui l’accompagne. Sur ce terrain, la CENCO reste frontalement critique. Réunie en assemblée extraordinaire en juin, elle a jugé la réforme « ni nécessaire, ni urgente, ni opportune », brandi l’article 220 de la Constitution qui verrouille le nombre et la durée des mandats, et exprimé sa crainte d’un troisième mandat. L’Église du Christ au Congo, elle, a adopté une posture plus prudente et conciliante. Le récit valorisant tenu par son porte-parole reflète cette ligne, il n’engage pas l’ensemble des confessions.
La suite s’écrit d’ailleurs dans la nuance. Depuis le 18 juillet, la CENCO et l’ECC mènent conjointement des consultations avec la classe politique, à commencer par la Coalition Article 64, l’opposition qui réclamait la démission du président. Rendant compte de ce premier contact, Eric Nsenga a rapporté des échanges autrement plus terre à terre que la « restauration de l’autel ». « Nous avons eu le temps d’échanger avec eux. Ils ont posé des questions pertinentes de leur point de vue, notamment la question sur l’inclusivité, et ils ont aussi soulevé la question sur le sort de la Constitution », a-t-il déclaré à Radio Okapi.
Ce que l’on peut établir, à ce stade, est plus modeste que la réconciliation suggérée. Une audience a eu lieu, un processus de dialogue est annoncé, dont la date, le format, les participants et les garanties restent à préciser. Le paysage religieux, lui, n’est pas un bloc, entre une CENCO critique, une ECC conciliante et une Église de réveil ouvertement acquise au pouvoir. L’autel que décrit le pasteur Nsenga est peut-être restauré du côté protestant. Il le sera vraiment le jour où le dialogue promis inclura ceux qui, à commencer par la CENCO et l’opposition, attendent encore du chef de l’État des réponses sur la Constitution.
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