« Nous avons voulu tourner la page sans toujours l’avoir lue jusqu’au bout » : l’autocritique de Tshisekedi
Le chef de l'État désigne trois fragilités pour expliquer pourquoi les processus antérieurs n'ont pas produit une paix durable.
« Nous avons voulu tourner la page sans toujours l’avoir lue jusqu’au bout » : l’autocritique de Tshisekedi
AFP
Le passage le plus inattendu de l’adresse du jeudi 27 août 2026 n’est pas l’annonce du Dialogue national. C’est le bilan que Félix Tshisekedi dresse de ceux qui l’ont précédé. Le chef de l’État y demande pourquoi, 66 ans après l’indépendance, le pays reste confronté aux mêmes fragilités, aux mêmes fractures et au retour régulier des mêmes crises.
Sa réponse écarte la mise en accusation d’un camp et désigne trois fragilités.
Le pouvoir partagé plutôt que l’État consolidé
La première tient à la nature des sorties de crise. « Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a déclaré le président. Les fonctions ont été réparties sans que les institutions soient transformées : un arrangement politique peut être remis en cause, une institution forte protège la République dans le temps.
Le peuple appelé à ratifier ce qu’il n’a pas écrit
La deuxième porte sur la méthode. Les processus sont restés entre acteurs politiques, dans des espaces éloignés du quotidien des populations. « Le peuple congolais a souvent été appelé à soutenir des conclusions qu’il n’avait pas véritablement contribué à élaborer », a dit Félix Tshisekedi. C’est cette fragilité que le dispositif annoncé prétend corriger, en faisant commencer le dialogue par les 26 provinces.
La signature confondue avec l’action
La troisième vise l’exécution. « Trop souvent, la signature a été confondue avec l’action. Les responsabilités étaient mal définies, les calendriers imprécis, les moyens insuffisamment identifiés et les mécanismes de suivi trop faibles », a constaté le chef de l’État, ajoutant que les promesses ont parfois duré moins longtemps que les crises auxquelles elles devaient mettre fin.
À ces trois fragilités, il en ajoute deux autres, plus rudes. Sur la hiérarchie implicite des voies d’accès au pouvoir : « La violence a trop souvent semblé ouvrir plus rapidement les portes de la reconnaissance politique que la mobilisation populaire, le mérite, le travail, la loyauté républicaine ou le suffrage universel. » Et sur le traitement des victimes, appelées à pardonner avant d’avoir été entendues, reconnues et réparées.
De là vient la formule qui résume l’ensemble : « Nous avons voulu tourner la page sans toujours l’avoir lue jusqu’au bout. »
Deux précédents sont nommés dans le discours, la Conférence nationale souveraine et le dialogue intercongolais de Sun City, dont l’Accord global et inclusif fut signé à Pretoria le 17 décembre 2002. Le président leur reconnaît d’avoir empêché le pays de sombrer davantage, restauré des institutions et organisé des transitions. Il constate aussi que les crises ont ressurgi. Reconnaître ces insuffisances, dit-il, ne revient pas à condamner le passé mais à assumer une obligation envers l’avenir.
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