RDC : faut-il prendre en considération les menaces du chef d’état-major ougandais et fils de Museveni ?
RDC : faut-il prendre en considération les menaces du chef d’état-major ougandais et fils de Museveni ?
AFP
Dans un contexte de tensions croissantes entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, accusé d’appuyer militairement les rebelles du M23 dans leur guerre dans les Kivus, l’Ouganda, par le biais de son armée, multiplie les menaces sur l’occupation de villes stratégiques à l’est du pays.
Par des déclarations incendiaires sur les réseaux sociaux, notamment sur X, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de l’armée ougandaise et fils du président Yoweri Museveni, ne cache pas ses ambitions : il évoque ouvertement l’occupation de Kisangani et va jusqu’à menacer de marcher sur Kinshasa.
Dans une récente déclaration, après avoir annoncé la prise de Kisangani par l’armée ougandaise sous une semaine, Muhoozi a ajouté : « Si j’étais Congolais, vous pouvez être sûr de deux choses : premièrement, je serais le Congolais le plus fier du monde ! Deuxièmement, je marcherais sur Kinshasa et reconquerrais le trône de mon père. »
Une menace réelle
Ces propos ne sont pas de simples élucubrations d’un héritier intouchable, mais une menace grave contre le régime de Félix Tshisekedi et l’intégrité territoriale de la RDC, alerte Jimmy Kioma, chercheur en relations internationales, gouvernance et sécurité. Il appelle Kinshasa à revoir ses relations avec Kampala.
« Blanchir l’Ouganda dans ce contexte, c’est faire preuve d’une naïveté dangereuse », prévient le chercheur. Quand nous voyons les déclarations du chef d’état-major ougandais, qui est aussi pressenti comme successeur de son père, nous devons comprendre la gravité de la situation. Si nous restons passifs, nous serons rattrapés par l’hypocrisie de l’Ouganda. Il y a une collusion entre Kampala et Kigali. La récente visite de Muhoozi au Rwanda n’était pas anodine. Tout observateur avisé peut voir où cela mène. »
De son côté, Dady Azor Nyamusisi, chercheur en droit international et défenseur des droits humains, estime que les déclarations du général ougandais devraient être considérées comme une menace claire.
« Une opération militaire conjointe, dit-il, est en cours dans le Nord-Kivu et en Ituri entre les armées congolaise et ougandaise. Pourtant, Muhoozi multiplie les provocations et passe même à l’action, sous l’œil impuissant des autorités congolaises. Tout indique que l’Ouganda joue un double jeu depuis le début de la résurgence du M23. La récente visite de Muhoozi à Kigali, alors que le Rwanda est reconnu comme le principal soutien du M23, en est une preuve flagrante. Le gouvernement congolais doit interpeller son prétendu allié, qui, visiblement, navigue à contre-courant de nos intérêts. »
Au-delà du manque de réaction du gouvernement congolais face à ces déclarations, c’est l’attitude de l’ensemble de la classe politique congolaise qui préoccupe Dady Azor. « Ce mutisme est incompréhensible. Comment peut-on laisser des individus humilier la République et menacer d’envahir notre territoire sans réagir ? Ce qui attire mon attention, c’est que ces déclarations sur Kisangani et Kinshasa rappellent les nombreux voyages et accords diplomatiques passés entre Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, Museveni et Kagame au début du mandat de Tshisekedi. Qu’ont-ils promis à Museveni et Kagame lors de cette période d’apparent rapprochement ? », s’interroge-t-il.
Un mutisme inacceptable
Fabrice Saa Mbili, cadre du parti Ensemble pour la République, fustige également l’absence de réaction des autorités congolaises. « Comment peut-on rester silencieux alors qu’un haut responsable militaire étranger annonce l’occupation imminente d’une ville congolaise ? Ce silence envoie un message de faiblesse et d’impuissance. »
Il rappelle que la RDC, en tant qu’État souverain, doit réagir avec fermeté. « Le droit international est clair : chaque État a le droit de défendre son intégrité territoriale contre toute agression. Si nous ignorons cette menace, nous risquons une escalade de la violence et une instabilité accrue dans l’Est du pays. Nos populations, déjà meurtries par des conflits incessants, ne doivent pas être abandonnées à leur sort. »
Appel à une mobilisation générale
Face à cette menace, Saa Mbili appelle à une mobilisation générale : « Il est temps que tous les Congolais, indépendamment de leurs appartenances politiques, se lèvent pour défendre notre pays. Nous ne devons pas nous laisser paralyser par l’inaction du gouvernement. La défense de la souveraineté nationale doit être une priorité collective. »
Il exhorte également la communauté internationale à se positionner clairement sur cette question. « Le monde doit savoir que la RDC ne se laissera pas intimider. Nous avons besoin de soutien pour garantir la paix et la sécurité dans la région. Nous devons prouver que nous sommes unis et déterminés à défendre notre patrie. Chaque Congolais doit être prêt à lutter pour notre dignité et notre liberté. », a-t-il lancé.
Azarias Mokonzi
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