RDC: le 30 juin, le discours-réponse de Félix Tshisekedi à l’opposition
Sans jamais nommer la marche du 8 juillet, Tshisekedi y a répondu : avertissement sur la « violence », référendum déféré à la Cour, unité nationale érigée en « impératif absolu ». Décryptage d’un discours à deux voix.
RDC: le 30 juin, le discours-réponse de Félix Tshisekedi à l’opposition
AFP
Pendant près de trois mille mots, Félix Tshisekedi n’a prononcé ni le nom de Martin Fayulu, ni celui de Moïse Katumbi, ni le mot « marche ». Et pourtant, le 30 juin, une bonne part de son allocution leur était adressée. À neuf jours d’une mobilisation de l’opposition annoncée vers le Palais de la Nation, le président a choisi l’allusion plutôt que la confrontation frontale.
La formule la plus nette tient en une phrase. « Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous ; aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République », a-t-il déclaré. Quelques lignes plus loin, l’avertissement se durcit : « Le recours à la violence, aux armes, à la haine, à la désinformation ou à toute forme d’atteinte à notre souveraineté et à notre intégrité territoriale ne saurait constituer un mode d’expression politique. »
Le procédé est habile. En reliant la contestation politique à « la violence » et à l’atteinte à « la souveraineté », le chef de l’État déplace le terrain. Il ne discute pas la légitimité d’une marche, garantie par la Constitution ; il en conteste le moment et la portée. C’est, en termes plus feutrés, la ligne défendue par son ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani, qui a parlé d’« actes de haute trahison ». Le président, lui, garde la posture du garant.
Cette posture, il l’a incarnée sur le dossier le plus inflammable : le référendum. Plutôt que de promulguer la loi votée par les deux chambres, il a annoncé l’avoir déférée à la Cour constitutionnelle. « J’ai déféré cette loi à la Cour constitutionnelle, aux fins d’examen de sa constitutionnalité, avant sa promulgation éventuelle », a-t-il dit, en s’abritant derrière l’article 160. Le geste a deux lectures. Pour ses partisans, c’est de la rigueur institutionnelle. Pour ses adversaires, un moyen de gagner du temps et de faire endosser par la Cour, qu’ils jugent proche du pouvoir, une décision politiquement risquée.
Car le fond du litige demeure. L’opposition réunie dans la Coalition Article 64 soupçonne le pouvoir de préparer, par la voie référendaire, une révision constitutionnelle qui lèverait la limite des mandats. Le président n’a pas dissipé ce soupçon. Il a entretenu l’ambiguïté : il dit entendre « les discussions suscitées autour de la Constitution », tout en prévenant qu’« aucun débat touchant au pacte fondamental de la Nation ne peut être conduit dans la précipitation, la manipulation ou l’obsession politicienne ». Ni oui, ni non.
Le discours s’appuie sur un levier puissant : la guerre. « Nous n’avons pas le droit d’affaiblir la Nation au moment où elle fait face à des menaces existentielles », a insisté le président, érigeant « l’unité nationale » en « impératif absolu ». L’argument est recevable, l’Est saigne. Il est aussi commode : il transforme toute contestation en facteur de division, au pire moment.
Tshisekedi n’a pas pour autant claqué la porte. « La République ne ferme la porte à aucun de ses enfants, dès lors qu’ils choisissent la voie de la paix, du dialogue, du respect des institutions », a-t-il dit, invitant « la majorité comme l’opposition » à « la hauteur ». Mais la main tendue est conditionnelle : le dialogue, prévient-il, « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ».
Reste l’épreuve des faits. Le 8 juillet, l’opposition saura si elle peut marcher, et le pouvoir s’il tient sa ligne sans recourir à la force. Entre le garant qui défère à la Cour et le ministre qui parle de trahison, le 30 juin aura surtout montré une majorité qui parle d’une même crise à deux voix : l’une qui apaise, l’autre qui menace.
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