Sécurité, creuseurs, dialogue national : les trois dossiers posés devant Sama à Lubumbashi
Le président du Sénat a ouvert ses consultations de vacances parlementaires par un tête-à-tête avec le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, cinq jours avant l’ouverture de la session budgétaire.
Sécurité, creuseurs, dialogue national : les trois dossiers posés devant Sama à Lubumbashi
AFP
Le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, a ouvert ses consultations de vacances parlementaires dans le Haut-Katanga par un tête-à-tête d’une heure avec le gouverneur intérimaire Martin Kazembe Shula. La rencontre s’est tenue à Lubumbashi, en présence des sénateurs Danis Kabongo et Christian Kunda, tous deux élus de la province. Trois sujets y ont été abordés : la sécurité, le social et le dialogue national.
Arrivé dans la soirée du mardi 8 septembre, accueilli à l’aéroport de la Loano par le gouverneur intérimaire, le président du Sénat a rappelé la raison de sa présence : « Très heureux d’être ici sur la terre de nos aïeux, le Haut-Katanga, la terre où je suis élu Sénateur. Pendant les vacances parlementaires, notre devoir est de consulter toutes les couches de la population, en commençant par les plus hautes autorités jusqu’aux forces vives. »
L’agenda est serré. L’article 115 de la Constitution du 18 février 2006 fixe l’ouverture de la seconde session ordinaire au 15 septembre, de plein droit. C’est la session budgétaire, et elle s’ouvre dans cinq jours.
Sur la sécurité, une assurance sans chiffre
Le président du Sénat a fait état des garanties reçues du gouverneur intérimaire.
« Nous avions noté des cas d’insécurité à Lubumbashi et dans quelques villages. J’ai reçu les assurances du Gouverneur : les bandits qui semaient la désolation et la violence ont été appréhendés. Les services de sécurité sont à pied d’œuvre pour neutraliser les derniers groupes et garantir la quiétude de la population. »
Aucun bilan chiffré n’accompagne cette assurance : ni le nombre de personnes interpellées, ni le nombre de groupes restants, ni l’identification des villages concernés. La dernière opération chiffrée et rendue publique dans la province remonte au 11 mai 2026, quand dix-neuf présumés bandits, dont un ressortissant chinois et des militaires accusés de vol de cuivre, avaient été présentés à Lubumbashi. Martin Kazembe Shula avait alors déclaré : « Tous les présumés criminels seront mis à la disposition de la justice pour répondre de leurs actes. »
Avant cela, l’opération Ndobo, lancée à Kinshasa en décembre 2024 et étendue au Haut-Katanga, avait donné lieu à l’arrestation de sept présumés bandits de grand chemin et de deux femmes le 10 janvier 2026 à Lubumbashi, avec la saisie de trois kalachnikovs. Fin décembre 2025, une trentaine de présumés criminels, dont trois policiers, avaient été présentés dans la même ville.
La question sécuritaire de la province a été traitée au plus haut niveau il y a cinq semaines. Le 1er août 2026, Félix Tshisekedi a présidé en personne à Lubumbashi une réunion du Comité provincial de sécurité, avec les gouverneurs du Haut-Katanga, du Lualaba, du Haut-Lomami et du Tanganyika. La priorité y avait été donnée, selon l’ACP, à « la sécurisation des zones minières pour préserver la paix sociale et garantir un climat d’investissement sain ».
Sur les mines artisanales, une compétence qui n’est pas provinciale
C’est le point le plus substantiel de la rencontre, et il appelle une précision de droit.
« Le Haut-Katanga est une province minière. Elle a besoin d’un meilleur encadrement de l’artisanat minier. La province est à pied d’œuvre pour créer des Zones d’Exploitation Artisanale. C’est un secteur difficile, mais il faut l’organiser », a déclaré le président du Sénat.
Le code minier ne confie pas cette création à la province. L’article 109 de la loi n° 007/2002, telle que modifiée par la loi n° 18/001 du 9 mars 2018, dispose qu’une zone d’exploitation artisanale est instituée par arrêté du ministre national des Mines. Le gouverneur de province, le chef de division provinciale des mines, l’autorité de l’entité territoriale décentralisée et le cadastre minier donnent un avis. La province identifie et propose, elle ne crée pas.
Le même article pose un verrou important : une zone d’exploitation artisanale ne peut porter que sur des substances dont les caractéristiques techniques et économiques ne permettent pas une exploitation industrielle ou semi-industrielle, et aucun titre minier ne peut y être octroyé tant qu’elle existe.
Où en est le déploiement ? Le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle a annoncé le 28 mai 2026 que 64 zones avaient été identifiées dans le Grand Katanga, dont 33 dans le seul Lualaba, lancées officiellement le 31 mai. Il reste donc trente et une zones pour le Haut-Katanga, le Haut-Lomami et le Tanganyika réunis. Aucun arrêté ministériel instituant une zone d’exploitation artisanale dans le Haut-Katanga n’est établi à ce jour.
Le directeur général du service, Jean-Paul Kapongo Kadiobo, avait annoncé en décembre 2025, à Miringi, dans le territoire de Kambove, que trente et une zones seraient créées dans l’espace Grand Katanga et remises aux coopératives. Les creuseurs du site étaient alors au chômage depuis six mois.
Combien de creuseurs, exactement
Le communiqué du Sénat rapporte que l’exploitation artisanale « fait vivre des millions de jeunes ». La formule mérite d’être rapportée à ce qui est documenté.
La Banque mondiale, dans son analyse du marché du cobalt congolais, retient environ 200 000 mineurs artisanaux de cuivre et de cobalt pour l’ensemble de la région Katanga-Lualaba. Le chiffre de 1,5 à 2 millions de Congolais vivant de l’artisanat minier existe, mais il couvre toutes les filières et tout le pays, cobalt, cuivre, or, coltan, cassitérite et diamant confondus.
La même étude donne la mesure du problème que le président du Sénat désigne sous le nom de conflits d’envahissement de concessions : plus de 90 % de l’activité artisanale se déroule sur des concessions industrielles ou en zone urbaine, sans permis.
Les drames documentés se sont produits dans la province voisine. Le 15 novembre 2025, à Mulondo, dans le territoire de Mutshatsha au Lualaba, des militaires gardant un site ont tiré des coups de feu, les creuseurs clandestins ont paniqué et se sont rués sur un pont de fortune qui a cédé au-dessus d’une tranchée. Le gouvernement provincial a annoncé un bilan provisoire de 32 morts, les sources locales au moins 40, dont deux blessés par balles. Le 8 février 2026, onze creuseurs ont péri dans un éboulement à Tulwizembe, à vingt kilomètres de Kolwezi. Dans la même série, sept creuseurs sont morts en août dans une fosse laissée non réhabilitée.
Sur le panier de la ménagère, les indicateurs nationaux
Les deux autorités ont évoqué le pouvoir d’achat. Les indicateurs disponibles sont nationaux, et ils ne sont pas mauvais.
La Banque centrale du Congo a ramené son taux directeur de 13,5 % à 12,5 % le 17 juillet, et fait état d’une inflation cumulée de 4,8 % au 30 juin 2026. L’inflation alimentaire était passée de 10,7 % fin 2024 à 2,0 % en décembre 2025, selon la Banque mondiale. Le franc congolais s’échangeait ce jeudi à 2 264 pour un dollar au cours officiel.
Il n’existe cependant aucune donnée de prix propre au Haut-Katanga ou à Lubumbashi. L’Institut national de la statistique ne publie pas d’indice provincial des prix à la consommation, et son portail est en construction. Le panier de la ménagère d’un habitant de Lubumbashi ne se mesure donc avec aucun instrument public.
Sur le dialogue, « bientôt » reste le seul calendrier
Le troisième sujet est le dialogue national convoqué par Félix Tshisekedi le 27 août.
« J’ai demandé aux autorités provinciales d’apaiser la population sur le sécuritaire et le social, car ce sont les priorités du Chef de l’État. Pour le dialogue, les cadres seront bientôt mis en place. Nous devons sensibiliser toutes les forces vives : institutions, confessions religieuses, société civile et surtout la jeunesse, autour de la paix, de la cohésion nationale et de la refondation de l’État », a déclaré le président du Sénat.
L’architecture annoncée par le chef de l’État prévoit des consultations dans les vingt-six provinces, puis des assises nationales à Kinshasa, un comité d’organisation et une commission préparatoire incluant les confessions religieuses, le tout dans un délai de trois mois. Deux ordonnances doivent porter le dispositif : la première créant le comité d’organisation, la seconde fixant les étapes, la représentation et les mécanismes de suivi.
Au 10 septembre, aucune de ces ordonnances n’est publiée. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, indiquait le 4 septembre qu’une ordonnance présidentielle établirait « bientôt » le cadre opérationnel du comité d’organisation. Le président du Sénat emploie le même adverbe cinq jours plus tard, quatorze jours après l’annonce présidentielle. Aucun texte connu ne prévoit à ce stade de rôle pour le Sénat dans ce processus.
Une province sans gouverneur élu depuis quatorze mois
Un dernier élément mérite d’être rappelé, parce qu’il conditionne l’interlocuteur.
Martin Kazembe Shula, vice-gouverneur élu, assure l’intérim depuis juillet 2025. Convoqué à Kinshasa cet été-là par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, le gouverneur en titre Jacques Kyabula Katwe n’était jamais rentré dans sa province. Il a adressé sa démission au président de la République le 21 mai 2026, invoquant une présence prolongée à Kinshasa « requise pour des raisons professionnelles et institutionnelles ».
Le 9 juin, une formation politique de la province a saisi la Commission électorale nationale indépendante pour réclamer l’organisation de l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur. Aucune réponse publique n’est connue, et aucune date n’est fixée.
Le président du Sénat poursuit ses consultations à l’Assemblée provinciale, avec les députés nationaux et provinciaux, les conseillers communaux et les organisations de jeunes de Lubumbashi.
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