RGPH-2: 160 000 emplois directs annoncés pour des congolais
Le Bureau central de recensement annonce 160 000 emplois directs. Au premier semestre 2025, la ligne recensement du budget de l’État a été exécutée à 0,2 %, et la dotation 2026 est divisée par deux.
RGPH-2: 160 000 emplois directs annoncés pour des congolais
AFP
Le Bureau central de recensement a annoncé mercredi à Kinshasa que le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat créerait « près de 160 000 emplois directs », selon une dépêche de l’ACP. L’annonce a été faite lors d’une formation d’opérateurs cartographes par Stéphane Makamba, chef de division informatique du Bureau central de recensement.
Les documents budgétaires de l’État racontent une autre partie de la même histoire. Au premier semestre 2025, la ligne « opérations de recensement et d’identification » du budget national a été exécutée à hauteur de 0,2 % de sa prévision.
149 millions de francs sur 66,75 milliards attendus
Le chiffre figure dans l’exposé général du projet de loi de finances 2026, publié par le ministère du Budget, au tableau consacré aux dépenses exceptionnelles sur ressources propres.
La loi de finances rectificative 2025 avait doté cette ligne de 133,5 milliards de francs congolais pour l’année. La prévision linéaire à fin juin s’établissait donc à 66,75 milliards. Le montant réellement exécuté au 30 juin 2025 est de 149 516 032 francs congolais.
Rapporté au taux moyen retenu par le gouvernement pour l’exercice, cela représente environ 50 600 dollars. Pour un semestre. Sur une ligne dotée de l’équivalent de 45 millions de dollars pour l’année.
L’exercice précédent avait pourtant été tenu : en 2024, la même ligne affichait 27,86 milliards de francs exécutés au 30 juin pour une prévision semestrielle de 25 milliards, soit un taux de 111,4 %. La chute est donc intervenue en 2025, l’année même où la cartographie pilote était relancée et un an avant que le pays ne légifère pour la première fois sur son activité statistique.
Une dotation divisée par deux pour 2026
La loi de finances 2026 promulguée réduit encore la voilure.
Au chapitre du Bureau central de recensement, la ligne « opérations de recensement de la population » porte 40 710 825 000 francs congolais, soit environ 14,24 millions de dollars. La même ligne était dotée de 100 milliards de francs en 2025. Elle est divisée par 2,46.
La ligne d’investissement sur ressources extérieures, qui porte le don de la Banque africaine de développement au projet d’appui au recensement, passe de 9,75 à 4,08 milliards de francs, divisée par 2,39.
En additionnant les lignes identifiables du recensement dans la loi de finances 2026, contrepartie, rémunérations du Bureau central de recensement et subventions comprises, on arrive à environ 52,5 milliards de francs congolais, soit 18,4 millions de dollars. Pour une opération dont le dénombrement est fixé à juillet 2027.
Un détail de lecture mérite d’être signalé. Les « 71,4 milliards de francs pour les opérations de recensement et d’identification » que l’exposé général met en avant ne vont pas tous au recensement : 40,71 milliards reviennent au Bureau central de recensement et 30,69 milliards à la ligne « recensement et enregistrement des naissances » du ministère de l’Intérieur. Le recensement général représente 57 % de l’enveloppe affichée.
Quatre coûts officiels pour un seul recensement
Combien coûte le RGPH-2 ? La réponse dépend du document que l’on ouvre.
La fiche de projet du ministère du Plan retient 153 700 453 dollars, dont 32 millions pour la seule cartographie. La feuille de route 2025-2027 adoptée par la Commission nationale du recensement le 13 novembre 2025 retient 188,47 millions. Le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, a présenté 192 millions au Conseil des ministres du 3 février 2026. La Banque mondiale, dans la fiche de son projet d’appui à la statistique congolaise datée d’avril 2026, retient un coût total d’opération de 220 millions.
Entre le premier et le dernier chiffre, l’écart est de 66,3 millions de dollars, soit 43 %. Aucun document public n’explique le glissement.
La moitié des « 200 millions » est un prêt
Le 23 mars 2026, une table ronde des bailleurs présidée par le chef de l’État a permis d’annoncer plus de 200 millions de dollars pour le recensement. Les dépêches ont retenu que la Banque mondiale apportait 100 millions.
La fiche du projet précise la nature de cet apport : il s’agit d’un crédit de l’Association internationale de développement, c’est-à-dire d’un prêt concessionnel, et non d’un don. Le plan de financement complet se lit ainsi : 100 millions de crédit de la Banque mondiale, 80 millions de don de la Banque africaine de développement, dont 50 pour les opérations et 30 pour le renforcement des capacités institutionnelles, 30 millions de contrepartie de l’emprunteur congolais, 3 millions du Fonds des Nations unies pour la population. Total : 213 millions, pour un coût de 220 millions, soit un déficit de financement résiduel de 7 millions que la fiche reconnaît explicitement.
Sur les 220 millions, 100 sont donc de la dette et 30 de l’argent congolais. Le conseil d’administration de la Banque mondiale n’examinera le dossier que le 9 octobre 2026, soit neuf mois avant le dénombrement.
Où en est l’argent
Le Fonds des Nations unies pour la population indiquait en février 2026 qu’un premier décaissement gouvernemental de 30 à 33 millions de dollars avait été effectué vers le panier commun qui finance l’opération. La Commission nationale du recensement avait fixé en novembre 2025 un objectif de 35 millions à mobiliser par le gouvernement avant décembre de la même année.
Le mécanisme retenu est celui du fonds commun, géré avec le concours du Fonds des Nations unies pour la population. C’est ce panier qui paiera les 160 000 personnes annoncées mercredi.
Ce que cela dit du calendrier
Le recensement congolais n’a pas un problème d’annonce, il a un problème de trésorerie et de séquence. La cartographie, dont les 130 735 aires de dénombrement viennent d’être tracées, doit être bouclée fin décembre 2026, et le dénombrement conduit en juillet 2027. Le principal financement extérieur ne sera approuvé qu’en octobre. La dotation budgétaire nationale a été divisée par deux. Et le semestre le plus récent pour lequel l’exécution est publiée affiche 0,2 %.
L’État qui annonce 160 000 embauches est aussi celui dont les agents de l’administration urbaine de Kinshasa ont fait grève en avril 2026 après treize mois d’impayés, et dont les agents de la Commission électorale accusaient en octobre 2024 plusieurs mois d’arriérés, le directeur de cabinet de la centrale électorale reconnaissant alors que le budget 2023 n’avait pas été entièrement décaissé.
Une précision est due au lecteur : aucun retard de paiement n’a été signalé à ce jour dans le cadre du recensement, dont la phase de terrain commence à peine. La question n’est pas de savoir si les 160 000 emplois existeront. Elle est de savoir avec quel argent ils seront payés, et quand.
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