Tribune : FARDC, une Armée au courage Inaltérable, mais à la doctrine d’un autre Temps!
Tribune : FARDC, une Armée au courage Inaltérable, mais à la doctrine d’un autre Temps!
AFP
L’armée congolaise ne démérite pas. Chaque bataille livrée, chaque kilomètre reconquis, chaque soldat tombé sur le champ d’honneur témoigne d’une bravoure à saluer. Mais dans cette guerre asymétrique où l’ennemi se fond dans les ombres, le problème ne réside pas dans le courage de nos troupes. Il est ailleurs, bien plus profond. Il est dans la structure même de notre défense, dans la doctrine d’une armée qui, hélas, semble parfois combattre les démons d’un autre siècle avec des armes rouillées par le poids du temps.
Une Armée Courageuse, mais Numériquement Inférieure. L’agression que subit la RDC n’est plus à démontrer. Nos terres sont pillées, nos ressources saignées à blanc, et notre peuple endeuillé. Pourtant, face à une menace connue – 4 000 soldats rwandais, 3 000 mercenaires du M23, et une myriade d’autres groupes hostiles tels que les ADF – l’armée congolaise doit composer avec des effectifs dérisoires. Où sont les fils et les filles de ce pays ? Où est cette mobilisation patriotique qu’appelle une guerre existentielle ?
Les Congolais crient à l’agression, dénoncent l’ennemi, mais combien d’entre eux prennent les armes pour défendre la terre de leurs ancêtres ? Le déficit d’effectifs est criant. Et faute de soldats réguliers, nous sommes contraints de nous appuyer sur les Wazalendo, ces citoyens patriotes qui, eux, répondent à l’appel de la patrie. Mais même là, le nombre reste insuffisant pour tenir des lignes de front sur un territoire aussi vaste que le nôtre.
Une logistique qui freine la victoire. Le théâtre des opérations est un casse-tête logistique. Imaginez des commandants en première ligne, obligés d’attendre des renforts et du matériel envoyés depuis Kinshasa, à des milliers de kilomètres de là. Dans un pays aux infrastructures précaires, où les routes sont des pistes de fortune et les communications intermittentes, cela relève d’un miracle que nos troupes tiennent encore tête à l’ennemi.
Ce système est obsolète. Il est impératif de repenser notre doctrine de défense. Une armée efficace ne doit pas dépendre d’un centre unique de commandement à des milliers de kilomètres du front. Kisangani, et pas seulement, devrait être une base logistique et stratégique. Une force mobile, légère mais redoutablement efficace, composée de brigades bien formées, bien équipées, et prêtes à intervenir rapidement depuis des bases avancées, changerait la donne.
La nécessité d’une nouvelle doctrine. Ce que nous vivons aujourd’hui est une leçon d’histoire vivante. Nous ne pouvons plus nous permettre d’affronter les menaces d’aujourd’hui avec des structures héritées d’une autre époque. Notre armée a été conçue pour des guerres conventionnelles. Or, nous faisons face à des guerres asymétriques, à des ennemis insaisissables, à des réseaux transnationaux qui mêlent insurrection, terrorisme et pillage économique.
Il faut une révolution dans notre approche de la sécurité et de la défense. Cela ne passe pas uniquement par l’argent. Il faut changer la manière de penser, la manière de se préparer, la manière de réagir. Il faut instaurer une doctrine dissuasive, capable de décourager toute velléité d’agression future. Car tant que notre armée restera perçue comme faible et mal organisée, les prédateurs continueront de rôder.
Un chapeau bas aux Commandants et Soldats. Malgré les failles structurelles, il faut reconnaître que les victoires obtenues jusqu’à présent relèvent presque du miracle. Les officiers sur le terrain méritent notre respect. Ils se battent avec ce qu’ils ont, dans des conditions souvent inimaginables.
Mais cela ne suffit plus. L’heure est à la remise en question. Il est temps que nos responsables sécuritaires s’enferment, discutent et élaborent une planification stratégique à court, moyen et long terme. Il est temps de structurer une armée du XXIe siècle, adaptée aux défis de notre temps.
Nous devons redonner à notre armée son rôle sacré de gardienne de la souveraineté nationale. Pas une force pléthorique, mais une armée d’élite, mobile, disciplinée, et prête à défendre chaque centimètre de notre territoire.
Le Combat continue : pour le Congo, pour l’Avenir. Battons-nous ensemble, mes frères et sœurs. Les villes qui attendent d’être libérées, les territoires pillés, les familles brisées par les massacres, ne peuvent plus attendre. Le temps presse. Chaque jour de retard est une victoire pour l’ennemi. Que cette prise de conscience collective soit le déclic nécessaire pour réadapter notre système de défense. Nous avons une armée qui ne démérite pas, mais il est temps de lui donner les moyens de ses ambitions.
Ensemble, nous gagnerons.
Que Dieu bénisse le Congo.
Litsani Choukran,
Le Fondé.
