Éditorial BETO Sur les routes de Kinshasa, la parole du Président de la République est en jeu!

Sur les routes de Kinshasa, la parole du Président de la République est en jeu!

Pour la quatrième fois en un an, l'État interdit les girophares aux civils. Un ordre que l'on répète autant est un ordre que plus personne ne craint. Ce qui se joue dans les rues de Kinshasa a cessé d'être une affaire de circulation.

La Rédaction
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10 juillet 2026 à 12h54
Sur les routes de Kinshasa, la parole du Président de la République est en jeu!

Un ordre a été donné. Puis répété. Puis redonné. Puis rendu « définitif ». En mars 2019, la police interdisait déjà de voiler les plaques. En juillet 2025, les gyrophares étaient devenus, selon les mots mêmes de la presse publique, les emblèmes de l’anarchie routière. En décembre 2025, le gouvernement prohibait escortes, sirènes et feux multicolores sur toute l’étendue du territoire, sur instruction du chef de l’État. Le 6 juillet 2026, il a fallu recommencer, cette fois « définitivement ». Quatre interdictions pour une seule règle. Le chiffre, à lui seul, est un aveu.

Car un ordre que l’on est contraint de réémettre n’a pas été désobéi une fois : il a été toléré. Et ce n’est plus la circulation qui est en cause. Quand un président instruit, que le gouvernement relaie, que la police transmet la consigne à tous les commandements provinciaux, et que la sirène continue de hurler le lendemain sur le boulevard, ce qui est enjambé n’est pas le code de la route. C’est la parole du président Félix Tshisekedi.

Le girophare n’est pas un accessoire. C’est une phrase. Il dit : « je passe avant la règle, avant vous, avant l’État ». Chaque officiel qui le garde, après quatre interdictions, prononce cette phrase à voix haute. Il dit que la consigne du président Tshisekedi s’arrête à son pare-chocs. Et il le dit impunément, ce qui est pire, car l’impunité est contagieuse : ce que l’un se permet sans conséquence, l’autre se l’autorise le lendemain.

C’est là qu’un détail de voirie devient une affaire d’autorité. Un pouvoir qui annonce sans exécuter enseigne une chose, une seule, mais à tout le monde : que ses annonces ne coûtent rien. Or la même signature qui interdit un girophare promulgue un budget, ordonne une opération à l’Est, engage une réforme. Chaque interdiction bafouée sans suite escompte par avance la crédibilité de la décision suivante. On ne perd pas son autorité d’un coup. On la perd sirène après sirène.

La société civile l’a dit sans détour : « restaurer l’autorité de l’État commence par la fin des privilèges indus. » Nous ajoutons ceci. Le test n’est pas un cinquième télégramme. Le test, c’est la première sanction réellement appliquée, le premier officiel effectivement démis, la première escorte réellement dissoute. L’autorité ne se rétablit pas par un communiqué de plus. Elle se rétablit par un exemple. Un seul suffirait, à condition qu’il soit vrai.

Il reste une question que ce dossier pose au sommet de l’État, et à lui seul. La parole d’un président est un bien public. Elle vaut par ce qu’elle produit, pas par ce qu’elle proclame. La dépenser sur des girophares, et la perdre, serait le marché le plus coûteux de ce mandat, pour la plus petite des victoires refusées.

Le board éditorial de BETO.

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