Trois ans d’occupation de Bunagana : Mukwege fustige l’inaction de Kinshasa et l’impunité du Rwanda
Le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018
AFP
Dans un communiqué daté de ce jeudi 12 juin, relayé sur son compte X, le prix Nobel de la paix Mukwege a dépeint un bilan sombre de l’accaparement de la cité commerciale stratégique de Bunagana par les rebelles M23/AFC et exhorté Kinshasa à « retenir les leçons des erreurs du passé et à ne pas sacrifier la justice dans les négociations en cours ».
Selon le gynécologue congolais, la justice et les réparations pourront briser le cycle de la violence et de l’impunité, et prévenir la répétition des conflits en RDC et dans la région des Grands Lacs africains.
Par ailleurs, Mukwege a également déploré que depuis trois ans, la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la RDC sont violées par le Rwanda, qui, affirme-t-il, « méprise avec arrogance les principes de base de la Charte des Nations Unies pour imposer ses ambitions expansionnistes et piller à grande échelle les minerais stratégiques congolais, dans l’indifférence complice de la communauté internationale. »
De plus, Dr Denis Mukwege déplore l’instauration d’une administration illégale et parallèle par la coalition M23/AFC, qui démontre la volonté de Kigali d’annexer les provinces du Nord et du Sud Kivu.
Dans ses accusations, Denis Mukwege pointe du doigt le manque de volonté politique nécessaire de Kinshasa « pour réformer le secteur de la sécurité, assainir la fonction publique et adopter une stratégie holistique de justice transitionnelle, et qui sont donc en grande partie responsables de la dégradation sécuritaire et de son impact désastreux tant sur la situation humanitaire que sur celle des droits humains ».
« Cela fait trois ans que les tentatives diplomatiques visant à la désescalade et à faire taire les armes ont toutes échoué à obtenir un cessez-le-feu et le retrait des forces illégales d’occupation, malgré l’adoption tardive mais importante, le 21 février 2025, de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui doit servir de cadre aux efforts de sortie de crise et au retour de la paix », a-t-il déploré.
La prise de Bunagana s’est déroulée dans la nuit du 12 au 13 juin 2022, marquée par des combats intenses entre les rebelles du M23 et les FARDC. Depuis cette date, toutes les tentatives de l’armée congolaise pour reprendre la cité ont échoué.
Silas MUNGINDA