Tshisekedi, à Houston : « Ils ont installé au pouvoir leur chien qu’ils pouvaient manipuler »
À Houston, après le nul historique RDC-Portugal (1-1), Félix Tshisekedi vise son prédécesseur sans le nommer : « leur chien qu'ils pouvaient manipuler ».
Tshisekedi, à Houston : « Ils ont installé au pouvoir leur chien qu’ils pouvaient manipuler »
AFP
Houston, mercredi 17 juin. Quelques heures après le match nul des Léopards face au Portugal (1-1), le président Félix Tshisekedi s’est adressé à des Congolais de la diaspora réunis dans la ville texane. Le chef de l’État venait fêter un résultat sportif. Il a tenu un discours politique.
Devant ses partisans, il a relié l’exploit du stade à la guerre dans l’est du pays. La performance des Léopards, a-t-il affirmé, montre que le « processus de libération » avance. « Bientôt, les zones occupées seront libérées », a-t-il déclaré.
Le ton est monté quand le président est revenu sur l’histoire du pays. « Nous étions distraits quand le régime de la Deuxième République avait pris fin. Nous avions dit : c’est bien, l’essentiel est qu’il prenne fin. Même un chien peut venir nous diriger. Faites très attention à ces déclarations. Nous avions ouvert la voie à l’ennemi. Les ennemis sont entrés et nous étions distraits. Ils ont même éliminé un compatriote qui était à la tête du pays. Ils ont installé au pouvoir leur chien qu’ils pouvaient manipuler », a-t-il déclaré.
Le président n’a prononcé aucun nom. Ses allusions — « un compatriote qui était à la tête du pays » qui aurait été « éliminé », puis « leur chien qu’ils pouvaient manipuler » installé au pouvoir — ont toutefois été lues par plusieurs médias congolais comme une référence à Laurent-Désiré Kabila et à son successeur. Le site mediacongo.net est allé jusqu’à restituer ces propos en y ajoutant les noms de Laurent-Désiré puis de Joseph Kabila, une lecture que le discours lui-même ne formule pas.
Le rappel renvoie à des faits connus. La « fin du régime de la Deuxième République » correspond à la chute de Mobutu Sese Seko, en 1997. Laurent-Désiré Kabila, qui prend alors le pouvoir, est assassiné le 16 janvier 2001 dans son palais de Kinshasa ; les commanditaires n’ont jamais été établis. Son fils Joseph Kabila lui succède et dirige la République démocratique du Congo jusqu’en 2019, avant de céder la place à Félix Tshisekedi au terme d’une alliance vite rompue. Depuis, les deux camps s’opposent : le pouvoir accuse Joseph Kabila de proximité avec la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe des pans de l’Est, ce que l’ancien président conteste.
Le chef de l’État a aussi mis en garde la diaspora contre les manœuvres qu’il attribue aux adversaires de la RDC. « Soyez unis. Qu’ils ne vous trompent pas, qu’ils n’utilisent pas le régionalisme pour vous avoir. Refusez de trahir votre pays », a-t-il dit devant les supporters réunis à Houston.
Le volet sportif n’a pas été oublié. Félix Tshisekedi a salué la tenue des hommes de Sébastien Desabre face à l’une des nations favorites du tournoi. « Les Léopards ont fait notre fierté », a-t-il insisté, promettant un accompagnement renforcé aux supporters congolais présents aux États-Unis, et disant avoir négocié auprès de la FIFA des billets supplémentaires en cas de qualification pour le tour suivant.
Le président a annoncé regagner Kinshasa aussitôt après la rencontre. Sa sortie, prononcée loin du pays et au lendemain d’un moment d’unité nationale autour du football, ravive une rivalité qui structure la vie politique congolaise. Les Léopards, eux, retrouveront le terrain le 24 juin face à la Colombie.
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