Économie Sicomines : le contrat du siècle repasse à l’examen, dix-huit ans après
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Sicomines : le contrat du siècle repasse à l’examen, dix-huit ans après

L'évaluation approfondie du partenariat « infrastructures contre mines » s'ouvre ce jeudi. Ce que la Chine avait promis en 2008, ce qu'elle a réellement livré (822 millions de dollars d'infrastructures quand ses entreprises engrangeaient près de 10 milliards de bénéfices, selon l'audit public), ce que la renégociation de 2024 a changé, et ce que Kinshasa peut encore exiger.

Sicomines : le contrat du siècle repasse à l’examen, dix-huit ans après
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 18:16 WAT · 5 min de lecture

L’évaluation approfondie du partenariat « infrastructures contre mines » s’ouvre ce jeudi 23 juillet et doit courir jusqu’à la mi-août. Dix-huit ans après la signature de l’accord de 2008, la République démocratique du Congo rouvre le dossier que la presse avait baptisé « le contrat du siècle », cette fois pour en dresser le bilan. Ce que vous lirez ici : ce que la Chine avait promis, ce qu’elle a réellement livré, ce que la renégociation de 2024 a changé, et ce que Kinshasa peut encore exiger avant que les prêts ne soient soldés.

Le bilan en chiffres

  • 2008 : signature de l’accord Sicomines, un consortium chinois détenant 68 % de la coentreprise, la partie congolaise 32 %.
  • 822 millions de dollars : le montant d’infrastructures effectivement livrées à la RDC, selon l’audit de l’Inspection générale des finances.
  • Près de 10 milliards : les bénéfices engrangés par les entreprises chinoises sur la même période, selon ce même audit.
  • 3 puis 7 milliards : l’enveloppe d’infrastructures, portée de trois à sept milliards de dollars par l’avenant n°5 signé en janvier 2024.
  • 2028 : l’échéance à laquelle les prêts, capital et intérêts, doivent être remboursés.

À l’origine, la promesse était simple et spectaculaire. En 2008, la RDC accordait à un groupe d’investisseurs chinois une participation de 68 % dans une coentreprise cuivre-cobalt, la Sino-congolaise des mines, en échange de routes et d’hôpitaux financés par les revenus du sous-sol. L’investissement, d’abord évalué autour de trois milliards de dollars, était présenté comme le symbole d’une coopération gagnant-gagnant, un troc où le minerai congolais paierait le développement congolais. C’est cette équation que dix-huit ans d’exécution ont mise à l’épreuve, et le verdict des organismes de contrôle a été sévère.

L’étude commandée par l’Initiative pour la transparence des industries extractives en RDC, publiée en décembre 2021, parlait d’un « préjudice sans précédent dans l’histoire » du pays. Elle pointait le déséquilibre du partage, une étude de faisabilité orientée, une sous-évaluation des réserves de cuivre et des chantiers d’infrastructures restés lettre morte. L’audit conduit ensuite par l’Inspection générale des finances a chiffré ce déséquilibre : quand les entreprises chinoises avaient tiré près de dix milliards de dollars de bénéfices, la RDC n’avait reçu, en contrepartie, que huit cent vingt-deux millions de dollars d’infrastructures. Le Boulevard du 30-Juin, la rocade de Kinshasa, des tronçons de la Route nationale n°1 ou la route Kalamba-Mbuji ont bien vu le jour, mais la somme reste sans commune mesure avec ce que le sous-sol a rapporté à l’autre partie.

Ce que la renégociation de 2024 a corrigé, et ce qu’elle a laissé

Ce sont ces constats qui ont nourri la renégociation. En janvier 2024, le gouvernement annonçait avoir porté l’enveloppe d’infrastructures de trois à sept milliards de dollars, avec l’avenant n°5, un financement annuel garanti et une redevance minière au profit de l’État. Sur le papier, la valeur du partenariat pour le Congo avait plus que doublé. Mais la renégociation n’a pas soldé les questions de fond, et plusieurs voix, congolaises comme internationales, ont aussitôt interrogé la transparence des nouveaux termes et leur exécution réelle. C’est précisément ce que l’évaluation qui s’ouvre doit trancher : les engagements pris en 2024 se traduisent-ils en chantiers, ou restent-ils des promesses réactualisées ?

L’exercice a été lancé le 21 juillet au Palais de la Nation, sous la conduite d’Anthony Nkinzo, directeur de cabinet du chef de l’État, au titre de l’article 18 de la convention et de l’avenant n°5. Il ne s’agit pas d’un simple point d’étape. Un audit technique et financier couvrant toute la période 2008-2024 a été confié à un consortium épaulé par des cabinets internationaux, chacun sur son terrain : le juridique, la valorisation financière, la comptabilité, la certification des réserves. Autrement dit, l’État se dote enfin des instruments pour mesurer, chiffre contre chiffre, l’écart entre ce qui a été promis et ce qui a été fait.

Reste la question que tout le pays se pose : que peut encore exiger Kinshasa ? Le calendrier lui donne un levier, car la structure du capital de Sicomines doit être renégociée une fois les prêts remboursés, à l’horizon 2028, et l’évaluation en cours prépare ce rapport de force. Sur la table, les mêmes exigences reviennent : accélérer les ouvrages promis, obtenir la transparence sur les comptes et les réserves, faire remonter la part congolaise au-delà de ses 32 %. Le « contrat du siècle » avait été signé au nom du développement ; dix-huit ans plus tard, c’est à l’aune des routes livrées et des milliards partagés qu’il sera jugé. L’évaluation qui commence dira si le rééquilibrage annoncé en 2024 était un tournant ou une parenthèse.

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B
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