Alpha Condé, l’homme surprise autour de la préparation du dialogue national en RDC
Absent de toutes les photos, présent dans la pièce : selon RFI, l'ancien président guinéen Alpha Condé, « homme de confiance » de Tshisekedi, aurait pris part à la préparation du dialogue national congolais, via Brazzaville et Sassou-Nguesso.
Alpha Condé, l’homme surprise autour de la préparation du dialogue national en RDC
AFP
Pendant que les opposants et les confessions religieuses attendent l’ordonnance présidentielle qui doit lancer officiellement les préparatifs du dialogue national, un nom a surgi dans les coulisses de sa préparation, celui d’un ancien chef d’État étranger que personne n’a vu sur les photos. Selon RFI, l’ex-président guinéen Alpha Condé aurait pris part aux échanges qui ont précédé l’annonce du 17 juillet, sans jamais apparaître au grand jour.
L’information, que BETO n’a pu vérifier de source indépendante, émane du média français, qui s’appuie sur plusieurs sources concordantes. Alpha Condé ne figure sur aucun des clichés pris ce jour-là au palais de la Nation, mais sa présence à Kinshasa aurait été confirmée à RFI par plusieurs interlocuteurs. « Il a voulu rester dans l’anonymat », glisse l’un d’eux. Son implication ne daterait pas de l’annonce elle-même : l’ancien président guinéen se serait trouvé à Brazzaville début juillet, lorsque Félix Tshisekedi s’y est rendu en visite de travail le 3, et il aurait rencontré peu après le cardinal Fridolin Ambongo, en marge d’un déplacement de l’archevêque de Kinshasa au Congo-Brazzaville.
Le fil qui relie ces rencontres a un point d’ancrage : Brazzaville, et son hôte, Denis Sassou-Nguesso. « Si c’est Sassou-Nguesso qui a proposé les sagesses de l’ancien président guinéen, c’est forcément Tshisekedi qui a accepté son implication », résume, auprès de RFI, un connaisseur de la vie politique kinoise. « Alpha Condé est une personne de confiance pour le président Tshisekedi », abonde une source proche du chef de l’État congolais. Les deux familles se connaîtraient de longue date : les liens remonteraient à l’époque où Étienne Tshisekedi, le père, et Alpha Condé étaient tous deux des figures de l’opposition dans leurs pays respectifs.
Reste à savoir ce que révélerait le recours à un tel intermédiaire. Car si ces informations se vérifient, la préparation du dialogue se jouerait, à ce stade, moins dans les institutions que dans un réseau discret de facilitations personnelles et régionales : un président hôte à Brazzaville, un cardinal qui fait le lien, un ancien chef d’État qui conseille sans être vu. Pendant que l’opinion attend un texte officiel, l’ossature du processus se dessinerait hors champ, dans des conversations dont on ne connaît ni le contenu ni les garanties. Ce n’est pas anormal en diplomatie de crise, où les canaux discrets font souvent le travail que la lumière empêche. Mais, si l’épisode se confirme, il dirait quelque chose de la méthode : une préparation qui avance par cercles de confiance autant que par mécanismes publics.
Le choix d’Alpha Condé, lui, ne passera pas inaperçu de ceux qui suivent le débat constitutionnel congolais. L’ancien opposant historique guinéen, arrivé au pouvoir en 2010, a fait modifier la Constitution de son pays en 2020 pour s’offrir un troisième mandat, avant d’être renversé par un coup d’État en septembre 2021 et contraint à l’exil. Que cet homme-là soit sollicité pour aider à préparer un dialogue dont une partie de l’opposition redoute précisément qu’il ouvre la voie à un changement de Constitution nourrira les soupçons de ceux qui y voient un signe. Rien, à ce stade, ne permet d’en tirer une conclusion sur les intentions du président congolais, qui a exclu la révision du champ des discussions. Mais la symbolique, elle, ne se commande pas.
Le rôle exact d’Alpha Condé dans la suite du processus reste, de l’aveu même des sources de RFI, à éclaircir. Simple facilitateur de bons offices mobilisé le temps d’un déblocage, ou conseiller appelé à peser sur la mécanique du dialogue ? La réponse dira si son nom n’aura été qu’une anecdote de coulisses ou l’indice d’une architecture régionale plus profonde. En attendant, si le récit de RFI se confirme, une chose se dessinerait : le dialogue congolais, censé rassembler les Congolais, se serait aussi préparé à l’étranger, entre chefs d’État, loin des regards.
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