Un an plus tard, l’heure des comptes pour Judith Suminwa
Un an plus tard, l’heure des comptes pour Judith Suminwa
AFP
Un mandat placé sous le signe de la réforme et de la promesse
Dès sa nomination, Judith Suminwa Tuluka — première femme à occuper ce poste dans l’histoire de la RDC — a promis une gouvernance renouvelée fondée sur la transparence, la relance économique et la paix. Cette nomination avait suscité une vague d’enthousiasme, notamment parmi les femmes et les jeunes, mais aussi du scepticisme, au vu du passif politique de l’administration précédente.
Réformes institutionnelles : un chapelet de bonnes intentions, mais des résultats en gestation
Le gouvernement Suminwa a initié des réformes juridiques et administratives visant à moderniser l’État. Cela inclut l’adoption de lois sur la transparence budgétaire, la réforme de l’administration publique et l’engagement à renforcer les organes de contrôle. Néanmoins, l’application sur le terrain reste entravée par des lenteurs bureaucratiques, la corruption persistante, et l’absence de sanctions efficaces.
Gouvernance économique : entre stabilisation et dépendance aux minerais
Sur le plan macroéconomique, la RDC a connu une croissance modérée, soutenue en partie par la hausse des investissements dans les secteurs miniers et agricoles. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes d’appui aux PME, avec l’objectif de favoriser l’entrepreneuriat local et de réduire la dépendance vis-à-vis des exportations minières. Des efforts sont également en cours pour numériser le système fiscal et élargir l’assiette de l’impôt.
Toutefois, la situation monétaire reste fragile, marquée par une inflation élevée et une forte pression sur le franc congolais. La Banque centrale et le ministère des Finances, sous la direction du gouvernement, peinent encore à stabiliser les prix de base et à assurer une répartition équitable des ressources.
Infrastructure et services sociaux : des chantiers ouverts, mais inégalement répartis
Des projets d’infrastructure ont été lancés, notamment la construction d’écoles, de centres de santé et de routes dans certaines provinces. Le Plan national de développement sanitaire (PNDS 2023-2027) a reçu un soutien du gouvernement pour améliorer l’accès aux soins, mais la réalité du terrain montre encore des lacunes criantes : hôpitaux sous-équipés, personnel mal rémunéré, absence de médicaments.
Dans les secteurs de l’éducation et de l’énergie, les avancées restent inégalement réparties. Des zones entières — notamment dans les provinces enclavées — demeurent exclues des investissements publics.
Parité et inclusion : un signal fort mais une mise en œuvre à affermir
L’accession de Judith Suminwa à la primature a été saluée comme un symbole fort pour la représentation des femmes. Son gouvernement compte un nombre record de femmes ministres et déploie une rhétorique inclusive. Des politiques de soutien à l’entrepreneuriat féminin ont été annoncées, de même que des efforts pour la scolarisation des jeunes filles.
Cependant, sur le terrain, les violences basées sur le genre persistent, et les mécanismes institutionnels pour protéger les droits des femmes et promouvoir l’équité restent insuffisamment financés et appliqués.
Environnement et climat : une gouvernance encore balbutiante
Alors que la RDC joue un rôle clé dans les équilibres écologiques mondiaux grâce à ses forêts du bassin du Congo, la politique environnementale du gouvernement Suminwa reste timide. Des engagements ont été pris lors des sommets climatiques pour lutter contre la déforestation et promouvoir une économie verte, mais leur concrétisation est lente. Le secteur minier continue de poser de graves problèmes environnementaux et sociaux, notamment en ce qui concerne l’exploitation artisanale.
Sécurité et diplomatie : entre tensions persistantes et efforts de dialogue
La situation sécuritaire à l’Est reste l’un des défis majeurs. Le gouvernement a poursuivi les opérations militaires et soutenu des initiatives diplomatiques régionales dans le cadre de la feuille de route de Luanda et du processus de Nairobi. Des accords ont été négociés, mais les résultats sur le terrain sont fragiles et réversibles, notamment face à l’activisme du M23 et d’autres groupes armés.
La diplomatie congolaise a toutefois gagné en visibilité, avec une intensification des relations bilatérales et multilatérales, notamment avec les pays d’Afrique australe, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne.
Tensions politiques et climat social
Sur le plan politique, le gouvernement fait face à une opposition multiforme : partis d’opposition parlementaire, mouvements citoyens, tensions internes dans la coalition au pouvoir. La liberté de manifestation reste restreinte, et certains observateurs dénoncent un durcissement du régime. Les attentes populaires sont immenses, en particulier chez les jeunes en quête d’emplois et de justice sociale.
un gouvernement à l’épreuve du réel
Après douze mois au pouvoir, le gouvernement Suminwa affiche un bilan contrasté : des intentions louables, des réformes engagées, une diplomatie active, mais encore trop peu de résultats concrets visibles pour la majorité de la population.
Le défi central des mois à venir sera de traduire les promesses en réalités tangibles, tout en gardant une ligne claire face aux multiples crises sécuritaires, économiques et sociales. Plus qu’un test pour Judith Suminwa, c’est un tournant pour l’avenir institutionnel de la RDC.
Samuel Nakweti