Union sacrée de la Nation : entre « majorité de mission » et réalité sociale
Union sacrée de la Nation : entre « majorité de mission » et réalité sociale
AFP
Une coalition désormais formalisée
Créée en 2020-2021 pour mettre fin à la cohabitation, l’USN est devenue la principale machine parlementaire et territoriale du chef de l’État. Le congrès du 30 août 2025 à Kinshasa a adopté une charte régissant les actions politiques et renforcé la discipline interne. Objectif : donner une colonne vertébrale à une coalition qui doit porter le second mandat de Félix Tshisekedi.
Emplois : promesse en décalage
La priorité affichée reste l’emploi : 6,4 millions de postes promis d’ici 2028, alors que les besoins macroéconomiques sont estimés entre 2 et 4 millions par an. Les résultats demeurent modestes :
• 27 700 emplois issus des investissements directs étrangers (2019-2022) ;
• 60 000 emplois directs liés au premier volet du PDL-145T, financé à 511 millions USD pour 2 131 ouvrages (44 % livrés fin 2024).
Même cumulées, ces créations restent très en deçà des objectifs et sont pour la plupart temporaires.
Pouvoir d’achat sous pression
La gratuité de l’enseignement primaire constitue un acquis social, mais elle ne compense pas la fragilité des revenus. En 2024, 73 % des Congolais vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour. L’inflation, bien que légèrement contenue, continue de réduire le pouvoir d’achat des ménages.
L’Est, verrou sécuritaire
La persistance du conflit avec le M23/AFC a provoqué plus de 7 millions de déplacés internes entre 2024 et 2025. Cette instabilité, qui affecte notamment les zones minières comme Bisie, freine les investissements et limite l’impact des politiques de développement.
Entre avancées et limites
L’USN peut revendiquer des réussites – gratuité scolaire, premiers résultats du PDL-145T, meilleure coordination politique – mais les attentes sociales restent largement insatisfaites. Emplois insuffisants, pauvreté persistante et insécurité structurelle pèsent sur la crédibilité d’une coalition présentée comme « au service du peuple ».
Pistes de réalignement
Plusieurs voix appellent à un suivi plus rigoureux :
• Contrats d’objectifs trimestriels entre gouvernement et provinces, publiés en open data ;
• Zones agro-industrielles et formalisation de l’artisanat minier pour des emplois durables ;
• Lien entre incitations aux investisseurs et progrès sécuritaires.
Ainsi, le congrès de l’USN clarifie l’architecture politique. Mais l’« épreuve de vérité » se joue sur trois fronts : emplois productifs, pouvoir d’achat, sécurité à l’Est. Sans accélération mesurable, la « majorité de mission » risque de rester un slogan plus qu’un levier social.
Gilbert N.