Restaurer l’autorité de l’État au Sud-Kivu : à Uvira, le troisième cadre en huit mois
Jacquemain Shabani a ouvert lundi 21 septembre à Uvira un atelier communautaire de trois jours sur la restauration de l’autorité de l’État au Sud-Kivu. C’est le troisième dispositif gouvernemental consacré à cet objet depuis janvier, et il s’achève au lendemain du lancement de l’opération nationale de désarmement civil volontaire.
Restaurer l’autorité de l’État au Sud-Kivu : à Uvira, le troisième cadre en huit mois
AFP
Le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, a ouvert lundi 21 septembre à Uvira un atelier de réflexion communautaire consacré à la restauration rapide de l’autorité de l’État au Sud-Kivu. Prévus pour trois jours, les travaux portent sur la situation des entités affectées par l’insécurité, la question des groupes armés, la sécurité des populations et la reconstruction du vivre-ensemble, indique la cellule de communication du ministère. Ils s’achèvent mercredi, au lendemain du lancement de l’opération nationale de désarmement civil volontaire.
Le ministère présente la rencontre comme un « cadre inclusif de dialogue », destiné à permettre aux différentes composantes des communautés du Sud-Kivu d’exprimer leurs préoccupations et de formuler des recommandations. Le vice-Premier ministre a lié le retour effectif de l’administration publique, la réhabilitation des services essentiels et la stabilisation de la province à l’adhésion des communautés locales et à leur appropriation des objectifs poursuivis.
La dépêche ne dit pas qui participe, combien de délégués ont été conviés, ni si les recommandations seront rendues publiques à la clôture.
Le troisième cadre gouvernemental en huit mois
Uvira occupe cette place dans l’agenda gouvernemental depuis le début de l’année. Après le retrait de l’AFC/M23 de la ville, en janvier 2026, le gouvernement a tenu à Kinshasa, les 22 et 23 janvier, un atelier national consacré à la sécurité d’Uvira, déjà présidé par Jacquemain Shabani et réunissant des experts des services de sécurité.
Un mois plus tard, le 25 février, le même ministre présidait à Uvira un conseil de sécurité élargi destiné, selon Radio Okapi, à évaluer et à accélérer la restauration de l’autorité de l’État, aux côtés du gouverneur Jean-Jacques Purusi. La délégation gouvernementale a profité de ce déplacement pour rouvrir officiellement la frontière avec le Burundi à Gatumba, avec les ministres Ève Bazaiba et Floribert Anzuluni, et pour évaluer les conditions du retour des réfugiés partis au Burundi pendant l’occupation.
L’atelier ouvert lundi est donc le troisième dispositif de ce type en huit mois sur le même objet. Il est aussi le premier à être présenté comme communautaire : les deux précédents réunissaient des experts et des responsables sécuritaires, celui-ci réunit des composantes des communautés.
Ce que l’État énumérait déjà en janvier
Lors de l’atelier de Kinshasa, rapporte Radio Okapi, le vice-Premier ministre avait mis en doute la réalité du retrait de l’AFC/M23 et énuméré cinq risques : la présence d’éléments résiduels des forces rwandaises et du M23 restés en civil dans la ville, le danger de massacres ciblés de civils destinés à faire accuser les FARDC ou les Wazalendo, le maintien de groupes armés sur les hauteurs qui dominent Uvira, une présence wazalendo non contrôlée susceptible de compromettre la stabilisation, et la réouverture imminente de la frontière avant le déploiement complet de la police et des services de migration.
Huit mois plus tard, l’ordre du jour de l’atelier d’Uvira inscrit « la problématique des groupes armés » parmi ses quatre thèmes. C’est le même objet, porté cette fois devant les communautés.
Ce qui se passe autour de la ville
Les combats n’ont pas cessé dans les hauts plateaux. Le 2 septembre, l’armée annonçait le bilan d’une contre-offensive à Uvira et à Fizi.

« À la suite de sa riposte contre la coalition terroriste RDF et leurs alliés rebelles du M23-Twirwaneho et Red Tabara dans les hauts plateaux d’Uvira et de Fizi, les FARDC ont neutralisé 23 rebelles, 11 éléments se sont rendus et plusieurs armes ont été récupérées », déclarait le sous-lieutenant Mbuyi Kalonji Reagan, porte-parole des opérations Sukola 2 Sud-Sud-Kivu. Le bilan consolidé faisait état de 31 combattants neutralisés et de 17 redditions ou captures. Les localités de Malimba, Masango, Ruhua et Rubarati passaient sous contrôle des FARDC.
« Les FARDC ont également découvert une fosse commune à Masango, où seraient enterrés des civils tués lors de l’occupation de cette agglomération », ajoutait le même porte-parole. Les combattants survivants se seraient repliés vers Kashongo et Magunda, en direction de Minembwe. Le détail de ce bilan est ici. Le 14 septembre, l’armée annonçait la neutralisation de quatre soldats rwandais à Fizi.
Le chef-lieu de la province, Bukavu, reste pour sa part sous contrôle de l’AFC/M23. L’atelier sur la restauration de l’autorité de l’État au Sud-Kivu se tient donc à Uvira, à plus de cent kilomètres du siège des institutions provinciales.
Une opération de désarmement s’ouvre le lendemain
Le calendrier place l’atelier à la veille d’une opération que le même ministre a annoncée au Conseil des ministres du 28 août. Le désarmement civil volontaire court du 22 septembre au 22 décembre 2026 dans six zones stratégiques, et repose sur trois incitants : « l’anonymat total, l’amnistie judiciaire, et une contrepartie matérielle selon l’approche “armes contre objets de développement” », selon le compte rendu du Conseil.
Les six zones n’ont pas été nommées. Ni l’objectif chiffré de collecte ni le budget n’ont été communiqués. Les communautés réunies cette semaine à Uvira discutent donc de la question des groupes armés le jour même où s’ouvre le dispositif national censé y répondre.
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