Désintox : non, Ebola n’est pas une « invention » pour vendre des vaccins en Ituri
Des vidéos affirment qu'Ebola « n'existe pas » ou serait un prétexte à vaccins. C'est faux : l'épidémie est documentée par Africa CDC et l'OMS, et plusieurs contenus viraux ont déjà été démontés.
Désintox : non, Ebola n’est pas une « invention » pour vendre des vaccins en Ituri
AFP
Depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai en Ituri, des vidéos et des messages affirment, sur TikTok et dans des groupes WhatsApp, qu’Ebola « n’existe pas », qu’il s’agirait d’un « prétexte pour vendre des vaccins » ou d’une « fabrication politique ». Notre verdict : faux. L’épidémie est réelle et documentée ; plusieurs de ces contenus viraux ont déjà été identifiés comme des montages ou des rumeurs.
L’épidémie est réelle et documentée par des autorités sanitaires indépendantes les unes des autres. L’agence sanitaire de l’Union africaine, Africa CDC, faisait état au 18 juin de 875 cas confirmés et de 202 décès, pour une létalité d’environ 23 %. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré, le 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale, et identifié la souche en cause comme le virus Bundibugyo. Ces chiffres et ces actes émanent d’institutions, pas de rumeurs.
Plusieurs contenus viraux ont déjà été démontés par des vérificateurs congolais. La plateforme Balobaki Check a analysé des vidéos TikTok présentant Ebola comme une « fabrication politique » commanditée en haut lieu : l’accusation ne repose sur aucune preuve. Une autre vidéo, qui prétendait qu’il n’y avait « pas d’épidémie » et que tout cela servait à « vendre des vaccins », s’est révélée être un faux généré par intelligence artificielle, comme l’ont relevé Jeune Afrique et l’observatoire EDMO.
L’argument du « business du vaccin » se retourne d’ailleurs contre lui-même : pour la souche Bundibugyo à l’origine de cette flambée, il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé, rappelle l’OMS. Il n’y a donc aucun vaccin commercialisé à écouler. Les autres croyances qui circulent dans les zones touchées, maladie « mystique », sorcellerie, empoisonnement, voire trafic d’organes attribué aux soignants, relèvent de la rumeur ; elles ont été recensées par Balobaki Check et par l’Alliance du vaccin Gavi, qui décrit en Ituri une véritable « bataille pour la confiance ».
Ces fausses informations ont un coût sanitaire mesurable. Quand une communauté croit qu’Ebola n’existe pas, elle cesse de signaler les malades, fuit les équipes de riposte et retarde les prises en charge. Sur les antennes de Radio Okapi, le 29 mai, le responsable onusien André-Michel Essoungou résumait l’enjeu : « La désinformation est un autre virus qui paralyse la riposte contre Ebola. » Africa CDC pointe précisément, parmi ses motifs d’inquiétude, la faiblesse de la détection des cas contacts. L’épidémie, elle, est bien réelle : c’est l’affirmation selon laquelle elle serait inventée qui est fausse.