Ebola en RDC : à quelle vitesse l’épidémie avance, et où
En cinq semaines, la 17e épidémie d'Ebola est passée de quelques centaines de cas à plus d'un millier. Au 21 juin, 1 048 cas confirmés et 267 décès : vitesse, létalité et concentration en Ituri.
Ebola en RDC : à quelle vitesse l’épidémie avance, et où
AFP
Le 21 juin 2026, l’Institut national de santé publique (INSP) a porté le cumul national à 1 048 cas confirmés et 267 décès, après un nettoyage de sa base de données. C’est, en cinq semaines, une multiplication par près de quatre des cas confirmés depuis le point du 31 mai (282 cas). La courbe n’a pas cessé de monter ; ce qui change, c’est son rythme.
Sur l’ensemble de la période, les cas confirmés ont doublé environ tous les onze jours. Sur la fenêtre récente, du 8 au 21 juin, ce temps de doublement s’allonge légèrement, autour de douze à treize jours. La pente reste orientée à la hausse, mais elle cesse de se raccourcir : un premier signe, fragile, de décélération. Aucun pic ne peut être déclaré tant que les indicateurs ne se stabilisent pas, ce que répète le ministère de la Santé.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, invite à ne pas lire chaque hausse comme un emballement du virus. « Quand on verra que ces barres rouges commencent à devenir stables ou commencent à baisser, en ce moment-là on vous dira : on a atteint le pic. Mais le travail pour l’instant est continu », a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Bunia. Une partie de la hausse traduit une surveillance qui fonctionne mieux. « Le fait qu’on a une augmentation de cas, ça veut dire que la surveillance épidémiologique a été mise en place et elle commence à donner des résultats », a indiqué Marie-Roseline Belizaire, responsable des urgences de l’OMS.
C’est tout le piège du « nombre de nouveaux cas par jour ». Les remontées arrivent par paquets, et le total du 21 juin a été gonflé par une consolidation de la base DHIS2 — la plateforme nationale qui rapproche les données du terrain, des laboratoires et des centres de traitement. Le décompte est passé de 1 003 à 1 048 cas pour la même date de référence : non un sursaut de contaminations, mais une photographie plus précise. Pour une épidémie, il faut lire la tendance, pas le point.
Le taux de létalité a doublé puis plafonné : de 14,9 % au 31 mai à environ 25,5 % au 21 juin, où il se stabilise autour de 25-26 %. Soit la souche Bundibugyo exprime peu à peu sa dangerosité — sa létalité historique, lors des rares flambées passées, s’est située entre 30 et 50 % —, soit le calcul a rattrapé un retard de notification des décès. Le niveau actuel reste sous la fourchette historique : une marge de hausse n’est pas exclue, sans qu’il faille dramatiser.
Cette épidémie est concentrée. L’Ituri en est le foyer quasi exclusif : la province porte plus de neuf cas confirmés sur dix, avec une vingtaine de zones de santé mobilisées, de Bunia et Mongbwalu à Komanda ou Mambasa. Le Nord-Kivu voisin est le front à surveiller, là où l’insécurité limite l’accès des équipes. Le Sud-Kivu, enfin, fait figure d’extinction locale : trois cas, un décès, une seule zone de santé, et plus aucune nouvelle transmission depuis le 26 mai — la preuve qu’une chaîne peut être cassée.
La riposte a un handicap de départ : il n’existe contre la souche Bundibugyo aucun vaccin homologué ni traitement spécifique. Le vaccin Ervebo, qui avait changé la donne en 2018-2020, ne cible que la souche Zaïre. Des vaccins et traitements candidats ont été priorisés dans des essais cliniques, mais, en attendant, tout repose sur des mesures éprouvées : détection précoce, isolement, recherche des contacts, enterrements sécurisés, engagement des communautés. Le suivi des contacts, annoncé à 70,8 % sur les trois provinces, est l’indicateur le plus scruté — et le plus incertain : des experts du CDC Afrique l’estimaient nettement plus bas quelques jours plus tôt. Tant que ce suivi et l’accès humanitaire ne saturent pas, le virus garde l’initiative.
Comment nous avons fait
Sources. Points de situation officiels du ministère de la Santé de la RDC et de l’INSP (31 mai → 21 juin 2026), recoupés avec l’OMS et Radio Okapi. Citations : point de presse du ministre Roger Kamba à Bunia ; déclaration de la Dre Marie-Roseline Belizaire (OMS).
Définitions. « Cas confirmés » = validés en laboratoire, distincts des cas suspects. « Létalité » (CFR) = décès rapportés aux seuls cas confirmés.
Limites. Série reconstituée à partir de points datés ; le point du 21 juin intègre une révision DHIS2 ; la répartition par province est une estimation à partir des parts INSP (Ituri 91,3 % des cas), le Sud-Kivu étant exact ; la létalité des cas confirmés ne mesure pas les décès non testés.
Vérification & IA. Chiffres recoupés et recalculés ; un outil d’IA a aidé à la mise en forme et au calcul, chaque nombre re-vérifié par la rédaction. Correction visible et datée en cas d’erreur.