Examen d’État sous les balles : combien de finalistes l’insécurité et les grèves ont privés d’épreuves
Tirs près d'un centre, 153 finalistes bloqués à Pinga, près de 2 000 absents au Maï-Ndombe pour cause de grève : l'Examen d'État 2026 a laissé sur le carreau, dans les seuls cas documentés, plus de 2 200 finalistes — sans qu'aucun bilan national n'existe.
Examen d’État sous les balles : combien de finalistes l’insécurité et les grèves ont privés d’épreuves
AFP
Le 25 juin 2026, à Kashebere, dans le territoire de Walikale, des détonations claquent à proximité du centre de Machumbi pendant que des finalistes planchent sur leur dernière épreuve. « Les élèves ont cru qu’il s’agissait d’une attaque. Beaucoup étaient terrifiés et certains ont même tenté de fuir pour se mettre en sécurité », rapporte une source locale citée par Actualité.cd. Il n’y aura ni victime ni dégât : les tirs venaient d’éléments d’autodéfense récemment installés. Mais l’image résume la session 2026 de l’Examen d’État dans l’est du pays — composer sous tension, ou ne pas composer du tout.
Reste à mesurer combien de finalistes l’insécurité et les grèves ont, cette année, empêchés de se présenter aux épreuves. La réponse honnête tient en une phrase : il n’existe pas de total national, mais les cas documentés se comptent déjà par milliers.
Le cadre : plus d’un million de candidats
L’édition 2026 a réuni 1 082 742 candidats au cycle long, selon le Centre national d’organisation des examens, répartis dans 3 267 centres. La participation féminine progresse : 483 842 filles, soit 44,6 % des candidats, contre 42,9 % un an plus tôt. Les épreuves de la session ordinaire se sont tenues du 22 au 25 juin, lancées au Lycée Tuendele de Lubumbashi par la ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu Dinanga. « La progression du nombre de candidats, et particulièrement celle des filles, constitue un signal encourageant pour notre système éducatif », saluait son cabinet le 22 juin.
Ce satisfecit statistique a un revers, dispersé sur la carte des conflits et des arriérés de salaires.
La grève, premier facteur d’absence
Le chiffre le plus lourd ne vient pas des zones de combat, mais d’une province de l’ouest. À Maï-Ndombe, dans la province éducationnelle de Maï-Ndombe 3, le lancement à Kutu s’est fait devant des bancs clairsemés. Sur plus de 10 000 élèves inscrits en début d’année, près de 2 000 finalistes manquaient à l’appel, l’effectif présent tombant à environ 8 000 candidats. En cause, une grève des enseignants qui a paralysé les écoles plus de deux mois, faute de salaires versés. Le ministre provincial de l’Éducation, Justin Iyolo, a constaté ce passage « de plus de 10 000 à seulement 8 000 candidats présents ». Selon Radio Okapi, figurent parmi les absentes des candidates devenues enceintes pendant l’arrêt des cours, et des enfants que leurs parents ont définitivement retirés.
La grève de Maï-Ndombe 3 n’est pas un accident isolé : elle s’étirait sur des mois, sur fond d’arriérés de salaires. Elle illustre un front social que les épreuves nationales n’ont pas suspendu.
L’insécurité, des chiffres plus petits mais des scènes plus dures
Le second facteur, l’insécurité, frappe surtout les zones rurales du Kivu et de l’Ituri. À Pinga, toujours dans le Walikale, 540 finalistes étaient attendus dans deux centres ; 387 se sont présentés. Les 153 absents n’ont pu rejoindre les sites, retenus par les affrontements et les déplacements, selon Michel Buingo, chef de la sous-division éducationnelle de Walikale 4. En Ituri, à Fataki, dans le territoire de Djugu, le centre principal a vu 138 candidats sur 263 attendus, soit 125 absents, près d’un finaliste sur deux, à cause des violences entre miliciens et armée. « Ces enfants n’ont pas présenté l’examen d’État », déplore l’inspecteur principal du pool Djugu 1, Gilbert Dekodonza.
Ailleurs, l’insécurité a perturbé sans toujours empêcher. À Mwenga, au Sud-Kivu, les épreuves ont démarré en retard dans plusieurs villages de la chefferie de Lwindi. « Des affrontements entre l’AFC/M23 et les FARDC appuyées par les wazalendo ont duré toute la journée », témoigne le président de la société civile locale, Samuel Itebo, qui demande « aux parties au conflit de respecter leurs engagements de cessez-le-feu en cette période des épreuves nationales ». Sur l’axe Bafuna du Walikale, le 19 juin, une trentaine d’élèves ont été attaqués et dépouillés sur le chemin des centres, marchant plus de vingt-six kilomètres ; trois filles auraient subi des violences sexuelles, selon une source du secteur éducatif. Tous ont malgré tout composé.
L’addition, et ses limites
En agrégeant les seuls cas chiffrés et confirmés, le compte atteint environ 2 280 finalistes empêchés de composer : près de 2 000 du fait de la grève au Maï-Ndombe, au moins 278 du fait de l’insécurité à Pinga et Fataki. La répartition surprend : numériquement, la grève pèse davantage que les balles. L’insécurité produit beaucoup d’incidents — paniques, délocalisations, embuscades — mais des absences unitaires plus réduites, parce que l’État a maintenu la gratuité et délocalisé des centres pour faire composer, y compris dans les villes occupées : à Goma, sous contrôle de l’AFC/M23, plus de 32 000 candidats ont passé les épreuves.
Ce total de 2 280 n’est pas un bilan national. Il ne couvre que trois provinces où la presse a pu établir des chiffres ; des dizaines de centres ruraux du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu n’ont communiqué aucun relevé. Le vrai compteur dort dans les statistiques du ministère : la différence, province par province, entre les élèves inscrits en début d’année et ceux présents aux épreuves. Tant que ce relevé ne sera pas publié, le pays connaîtra le nombre de ses candidats sans connaître le nombre de ses absents — ceux que la guerre et les salaires impayés ont laissés à la porte de leur examen.