Diplomatie À l’ONU, Tshisekedi veut faire des minerais congolais un levier de paix mondiale

À l’ONU, Tshisekedi veut faire des minerais congolais un levier de paix mondiale

En portant la gouvernance des ressources naturelles devant le Conseil de sécurité, la RDC veut transformer ses minerais, longtemps associés aux conflits, en instruments de stabilité, de coopération et de développement.

À l’ONU, Tshisekedi veut faire des minerais congolais un levier de paix mondiale
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 22 JUILLET 2026 - 09:59 WAT · 3 min de lecture

Le président Félix Tshisekedi doit présider, ce mercredi 22 juillet à New York, un débat public de haut niveau du Conseil de sécurité consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité. Organisée sous la présidence congolaise du Conseil, cette rencontre place au cœur de l’agenda international le lien entre exploitation minière, conflits armés et développement durable.

Pour Kinshasa, cette tribune représente une occasion de défendre une lecture largement inspirée de la situation dans l’Est de la RDC : les ressources naturelles ne constituent pas seulement une richesse économique, mais aussi un enjeu sécuritaire lorsqu’elles sont exploitées illégalement, trafiquées ou intégrées aux circuits de financement des groupes armés. Le gouvernement veut ainsi faire reconnaître que la paix passe également par une meilleure gouvernance des chaînes d’approvisionnement.

Sortir de la simple gestion des conflits

Cette orientation avait déjà été présentée le 13 juillet lors d’une réunion informelle du Conseil de sécurité organisée selon la formule Arria. La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait appelé la communauté internationale à dépasser les réponses limitées à la gestion des crises pour promouvoir une gouvernance responsable des ressources naturelles, dans le respect de la souveraineté des États producteurs.

L’objectif de la diplomatie congolaise est de favoriser un cadre international plus cohérent sur la traçabilité des minerais, la responsabilité des entreprises, la lutte contre la contrebande et la coopération entre pays producteurs, États de transit et marchés de destination. Kinshasa cherche ainsi à déplacer la pression vers l’ensemble de la chaîne commerciale, afin que la lutte contre les économies de guerre ne repose pas uniquement sur les pays où les minerais sont extraits.

Mais la crédibilité de ce plaidoyer dépendra également des réformes menées en RDC. La sécurisation des sites miniers, la lutte contre la corruption, la formalisation de l’exploitation artisanale et la redistribution des recettes aux communautés locales restent indispensables. Des ressources mieux tracées à l’étranger, mais mal administrées à l’intérieur du pays, ne suffiraient pas à transformer les minerais en instruments de paix.

De la diplomatie aux mécanismes contraignants

Le débat du Conseil de sécurité ne produira pas automatiquement une nouvelle norme internationale. Pour avoir un effet concret, les déclarations devront être suivies de mécanismes de contrôle, de sanctions contre les réseaux de contrebande, d’une coopération douanière régionale et d’obligations renforcées pour les entreprises qui commercialisent des minerais provenant de zones de conflit.

La réunion constitue néanmoins une opportunité diplomatique majeure pour la RDC. En faisant des minerais un sujet de paix et de sécurité internationales, Félix Tshisekedi veut replacer les responsabilités des pays voisins, des négociants et des multinationales au centre du débat. Le succès de cette initiative sera toutefois mesuré non à la portée du discours prononcé à New York, mais aux décisions capables de faire des ressources congolaises une source de prospérité plutôt qu’un carburant des conflits.

Odon Bakumba

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