Diplomatie « Le commerce avant l’aide » : à Lusaka, Sama Lukonde rencontre le nouveau patron Afrique de Washington

« Le commerce avant l’aide » : à Lusaka, Sama Lukonde rencontre le nouveau patron Afrique de Washington

Le président du Sénat s'est entretenu le 1er septembre avec Frank Garcia, en poste depuis trois mois. Au menu : corridor de Lobito et minerais critiques.

« Le commerce avant l’aide » : à Lusaka, Sama Lukonde rencontre le nouveau patron Afrique de Washington
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 8 SEPTEMBRE 2026 - 12:09 WAT · 5 min de lecture

L’homme que le président du Sénat congolais a rencontré à l’hôtel InterContinental de Lusaka était en poste depuis trois mois. Frank W. Garcia Jr. a été confirmé par le Sénat des États-Unis le 26 mai 2026 et a prêté serment début juin comme secrétaire d’État adjoint chargé des affaires africaines. C’est le patron du bureau Afrique du département d’État.

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge s’est entretenu avec lui le 1er septembre, en marge de l’investiture du président zambien Hakainde Hichilema, selon un communiqué de la cellule de communication du Sénat congolais.

Deux axes, selon le communiqué

Le Sénat congolais présente la rencontre autour de deux points. Le premier porte sur le suivi des accords stratégiques entre Kinshasa et Washington, dans les domaines de la sécurité, de la gouvernance minière, de la transition énergétique et du développement de la chaîne de production agricole. Le second, sur l’accélération des projets économiques en cours avec l’appui américain, avec un accent sur le corridor de Lobito, la valorisation des minerais critiques et le développement des chaînes de valeur locales.

Le communiqué indique que le président du Sénat a réaffirmé la volonté du chef de l’État de bâtir un partenariat « gagnant-gagnant », garantissant la souveraineté de la RDC et des retombées concrètes pour les Congolais. Il conclut que la démarche « positionne le Sénat au cœur de la diplomatie économique et du renforcement de l’axe Kinshasa-Washington ».

Aucun verbatim du responsable américain n’est rapporté, et le département d’État n’a pas publié de compte rendu de cet entretien.

« Le commerce avant l’aide »

Le communiqué congolais donne la clé de lecture américaine. Frank Garcia était à Lusaka dans le cadre de sa deuxième tournée africaine, pour assister à l’investiture et pour porter l’agenda « le commerce avant l’aide » de l’administration américaine.

Cette doctrine, qui substitue les échanges commerciaux et l’investissement privé à l’aide publique au développement, engage directement la RDC. Elle définit ce que Kinshasa peut attendre, et ce qu’elle ne peut plus attendre, d’un partenaire qui reste, à travers ses institutions, l’un des principaux bailleurs du pays.

Le parcours du responsable éclaire aussi la place que la sécurité occupe dans ce dialogue. Officier de marine pendant vingt-huit ans, Frank Garcia a été chef d’état-major du National Reconnaissance Office, l’agence américaine chargée des satellites de renseignement, et conseiller principal de la commission permanente du renseignement de la Chambre des représentants.

Lobito, deux fois en une semaine

Le corridor de Lobito, qui doit relier les mines du Katanga et de Zambie au port angolais sur l’Atlantique, revient dans les échanges congolais à un rythme soutenu.

Le 1er septembre également, Félix Tshisekedi l’inscrivait au menu de sa visite en Israël, aux côtés de la sécurité et de la défense. Le 3 septembre, les Parlements congolais et tanzanien annonçaient renforcer leur coopération autour du même corridor.

L’insistance sur « les chaînes de valeur locales » et « la valorisation des minerais critiques » recouvre, elle, la question la plus disputée de l’économie congolaise. En septembre, BETO relevait que les quotas sur le cobalt avaient fait remonter les prix sans que la transformation locale progresse.

Ce que le Sénat peut faire

La Constitution confie la négociation et la ratification des traités au président de la République et au gouvernement. Les articles 213 et 214 prévoient que le chef de l’État négocie et ratifie, et que les traités de commerce, ceux qui engagent les finances publiques ou modifient des dispositions législatives ne peuvent être ratifiés qu’en vertu d’une loi.

Le rôle du Parlement est donc en aval : il autorise, il contrôle, il vote. La diplomatie parlementaire, elle, relève d’une pratique d’influence sans compétence propre à engager l’État. Le communiqué du Sénat ne revendique d’ailleurs aucun engagement pris ni aucun document signé.

Jean-Michel Sama Lukonde connaît les deux bouts de la chaîne : Premier ministre de février 2021 à mars 2024, il préside le Sénat depuis mai 2024.

Une investiture, et un scrutin contesté

La rencontre s’est tenue en marge de la prestation de serment de Hakainde Hichilema pour un second mandat, le 1er septembre à Lusaka. Le scrutin qui l’a précédée a été contesté, et l’opposition zambienne a fait part de ses inquiétudes sur l’état de la démocratie dans le pays au lendemain de l’investiture.

Ces réserves ne figurent pas dans le communiqué du Sénat congolais, qui s’en tient au volet bilatéral de la journée.

Ce qu’il faut retenir

Une semaine après, la rencontre reste connue par un seul document, le communiqué de la cellule de communication du Sénat congolais. Elle a réuni le président de la chambre haute et le responsable Afrique du département d’État, trois mois après l’entrée en fonction de ce dernier, autour du corridor de Lobito et des minerais critiques. Aucun accord n’a été annoncé, aucune échéance n’a été fixée, et la partie américaine n’a pas rendu compte de l’entretien. Ce qui est établi, c’est la doctrine que le responsable américain était venu porter sur le continent : le commerce plutôt que l’aide.

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B
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