RDC : le dichlorvos, vendu sous la marque SNIPER, retiré du marché congolais
L'ACOREP a retiré le 26 août 2026 les autorisations des produits à base de dichlorvos, vendus sous la marque SNIPER. Ce que dit la science, et quels pays ont déjà interdit ou restreint cette substance.
RDC : le dichlorvos, vendu sous la marque SNIPER, retiré du marché congolais
AFP
L’Autorité congolaise de réglementation pharmaceutique a retiré les autorisations de mise sur le marché des produits à base de dichlorvos, notamment commercialisés sous la marque SNIPER. La décision prise le 26 août 2026 et d’application immédiate. C’est ce qu’a appris BETO.CD dans un communiqué officiel signé par le Dr Sagesse Kanete Ngalitel, coordonnateur du cabinet du directeur général.
Ce que la mesure interdit
Le texte est sans gradation. L’ACOREP écrit : « À compter de ce jour et sous peine de sanctions, sont strictement interdits sur toute l’étendue du territoire national : l’importation, la fabrication, la distribution, la commercialisation et l’utilisation de tout produit contenant du Dichlorvos. »
Les importateurs, distributeurs, grossistes et détaillants sont mis en demeure de retirer immédiatement les produits concernés du circuit commercial et de les sécuriser en vue de leur destruction, sous la supervision de l’ACOREP. La population est invitée à cesser d’en faire usage et à se tourner vers des alternatives conformes aux normes de sécurité sanitaire.
Le motif est double. Le communiqué indique : « Cette décision fait suite aux alertes sanitaires et aux cas récurrents d’intoxications aiguës et mortelles liés à l’exposition au Dichlorvos, ainsi qu’aux données scientifiques faisant état de risques toxicologiques importants. »
Ce que disent les données scientifiques
Le dichlorvos, ou DDVP, est un insecticide organophosphoré qui agit en bloquant une enzyme du système nerveux, l’acétylcholinestérase. L’Organisation mondiale de la santé le range en classe Ib de sa classification par danger, celle des produits hautement dangereux. Ce classement repose sur une dose létale médiane par voie orale de 56 milligrammes par kilogramme chez le rat.
Le Centre international de recherche sur le cancer l’a évalué en 1991, dans le volume 53 de ses monographies. Sa conclusion : les preuves sont inadéquates chez l’homme, suffisantes chez l’animal d’expérience, et l’évaluation globale est que « le dichlorvos est peut-être cancérogène pour l’homme, groupe 2B ».
Les pays qui l’ont déjà écarté
L’Union européenne a tranché la première. Par la décision 2007/387/CE du 6 juin 2007, la Commission a refusé d’inscrire le dichlorvos comme substance active phytopharmaceutique, en relevant que la sécurité des opérateurs, des travailleurs et des personnes présentes n’avait pas été démontrée. Les autorisations devaient être retirées au 6 décembre 2007, tout délai de grâce expirant un an plus tard. Le volet biocide a suivi : depuis le 1er novembre 2012, les produits insecticides contenant du dichlorvos ne peuvent plus être mis sur le marché européen. En Grande-Bretagne, la substance est classée non approuvée.
En Afrique, le Bénin a précédé la RDC de moins de deux mois. Son Conseil des ministres a décidé le 1er juillet 2026 le retrait du marché du SNIPER 1000 EC DDVP et des pesticides non homologués.
Le Canada n’homologue pas le Sniper 1000EC DDVP, dont l’importation, la vente et l’usage sont interdits. L’Australie a supprimé la quasi-totalité des usages du dichlorvos par des annulations prononcées le 27 janvier 2015. Selon la liste consolidée des pesticides interdits publiée par PAN International en décembre 2024, l’interdiction est également totale en Suisse, en Turquie, en Serbie, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Maroc, au Bangladesh, au Népal, en Indonésie et aux Fidji.
Là où il reste autorisé, et le cas nigérian
Le produit n’est pas banni partout. Les États-Unis maintiennent son homologation, assortie de restrictions d’usage décidées entre 2006 et 2015. Le Brésil l’autorise, la Chine ne l’inscrit pas sur sa liste nationale des pesticides interdits, et le Kenya ne le range ni parmi les produits interdits, ni parmi les produits restreints.
Le cas du Nigeria mérite d’être rapporté avec exactitude, car il est souvent présenté comme une interdiction générale. Il n’en est pas une. L’agence nationale de contrôle des aliments et des médicaments a interdit les conditionnements de 100 millilitres ou moins et réservé la vente aux revendeurs agréés, par une directive du 20 mai 2025. Le dichlorvos y reste autorisé dans les circuits professionnels.
Ce que la décision change pour la RDC
Jusqu’à présent, le dichlorvos ne figurait pas parmi les substances interdites en RDC. La liste consolidée de PAN International recensait, pour le pays et à la fin de 2024, dix-neuf substances phytosanitaires prohibées, dont le DDT, le lindane, l’endosulfan et le parathion éthyl. Le dichlorvos n’en faisait pas partie. La décision du 26 août l’y ajoute.
Le communiqué ne fixe aucun délai d’écoulement des stocks, ne détaille pas les sanctions encourues, ni les modalités pratiques de collecte et de destruction des produits retirés. Au 27 août 2026, la décision n’était pas publiée sur le site de l’ACOREP.
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