Dossiers spéciaux ADF : plus de 1 000 civils tués en 2025, anatomie d’une nébuleuse djihadiste
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ADF : plus de 1 000 civils tués en 2025, anatomie d’une nébuleuse djihadiste

Nées en Ouganda, ralliées à l'État islamique, les ADF ont tué plus de 1 000 civils en 2025 en Ituri et au Nord-Kivu. Anatomie d'une nébuleuse que quatre ans d'offensive n'ont pas brisée.

ADF : plus de 1 000 civils tués en 2025, anatomie d’une nébuleuse djihadiste
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 10:14 WAT · 4 min de lecture

Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2025, des combattants ont fait irruption dans l’église de la paroisse Bienheureuse Anuarite, à Komanda, en Ituri. Des fidèles y tenaient une veillée de prière. À l’arme blanche, les assaillants ont tué au moins 43 personnes, dont neuf enfants, selon la Mission des Nations unies en RDC, avant d’incendier des maisons et des commerces. « Plusieurs autres ont été enlevées et on est pour l’instant sans nouvelle d’eux », a témoigné le curé, l’abbé Aimé Lokana Dhego. Le massacre porte une signature, celle des Forces démocratiques alliées, les ADF.

L’histoire du groupe commence loin du Congo. Les ADF sont fondées en Ouganda au milieu des années 1990, par la fusion de mouvements hostiles au président Yoweri Museveni. Chassées, elles s’implantent dès 1996 dans l’est congolais, autour de Beni. Après l’arrestation en 2015 de leur chef historique, Jamil Mukulu, la direction passe à Musa Seka Baluku, qui infléchit la trajectoire du mouvement vers le djihad global.

Le tournant est acté en 2019. Cette année-là, l’État islamique revendique sa première attaque en RDC, et une vidéo de propagande montre Baluku prêtant allégeance à l’organisation. Les ADF deviennent la vitrine congolaise de la province d’Afrique centrale de l’EI. L’affiliation est réelle, mais les chercheurs n’établissent pas un contrôle opérationnel du commandement central de l’organisation sur le groupe.

Le bilan humain donne la mesure de la menace. Amnesty International a recensé plus de 1 000 civils tués en 2025, au cours de 200 incursions recensées, et le déplacement de quelque 209 000 personnes dans le seul territoire de Beni. Les tueries se poursuivent en 2026, avec 26 morts à Oicha en mai, et une attaque contre un site minier de Mambasa début juillet. La violence s’accompagne d’une industrie de l’enlèvement, l’institut Ebuteli ayant documenté 544 rapts pour le seul mois de mars 2026, contre rançons de 2 500 à 10 000 dollars.

Le mode opératoire est constant. Des éclaireurs en civil repèrent les localités, avant l’assaut nocturne de combattants qui frappent à la machette, incendient églises et centres de santé, et emmènent des habitants pour porter le butin. Le financement suit la même logique de prédation, entre pillage, taxation des populations, rançons et exploitation de l’or. Le ciblage des lieux de culte et des structures sanitaires revient sans cesse. « Les attaques contre les structures sanitaires constituent un crime contre l’humanité », a dénoncé le colonel Alain Kiwewa, administrateur du territoire de Lubero, après une attaque meurtrière.

La riposte, elle, patine. Lancée en novembre 2021, l’opération conjointe Shujaa réunit l’armée congolaise et l’armée ougandaise, et vient d’être étendue à de nouveaux territoires de l’Ituri. Aucun bilan chiffré d’assaillants neutralisés n’est communiqué, et le groupe gagne du terrain vers l’ouest, jusqu’au Haut-Uele et à la Tshopo. La MONUSCO, engagée dans un retrait progressif, documente les tueries sans enrayer leur cours. « La paix en République démocratique du Congo demeure encore largement une promesse », a résumé la cheffe de la mission, Bintou Keïta.

Pour Kinshasa, les ADF restent un front distinct de celui de l’AFC/M23, une nébuleuse à ne pas confondre avec la rébellion soutenue par le Rwanda. La qualification pénale des massacres, crimes de guerre ou crimes contre l’humanité, ne relève pas d’un communiqué mais des juridictions compétentes. Reste une réalité que les chiffres imposent : plus de quatre ans après le début de Shujaa, ce sont toujours les civils qui comptent les morts.

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B
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