Diplomatie Après le 15 juillet : Washington face à un accord que Kigali n’applique pas

Après le 15 juillet : Washington face à un accord que Kigali n’applique pas

L'échéance du 15 juillet est passée sans retrait rwandais. L'accord de Washington survit comme un processus, pas comme une contrainte. Le garant américain doit choisir.

Lors de la signature de l'accord de paix entre les ministres des affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC ) et le Rwanda, à Washington aux États-Unis, le 27 juin 2025.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUILLET 2026 - 14:06 WAT · 3 min de lecture

Le 15 juillet 2026, l’échéance que Washington avait en tête pour un début de départ des troupes rwandaises de l’est de la République démocratique du Congo est arrivée, puis repartie, sans le moindre mouvement sur le terrain. Le lendemain, pourtant, la machine diplomatique tournait comme si de rien n’était : à Genève, les délégations congolaise et rwandaise se retrouvaient, sous l’égide américaine, pour la cinquième réunion de leur mécanisme conjoint de sécurité, et le Département d’État publiait une déclaration commune. L’accord de Washington survit. Mais il survit comme un processus, pas comme une contrainte.

Les 15 et 16 juillet, à la mission des États-Unis à Genève, Kinshasa et Kigali ont réaffirmé leur engagement à mettre en œuvre les Accords de Washington et convenu d’accélérer certaines actions, dont la neutralisation des FDLR. Le vocabulaire est celui de la relance ; les faits sur le terrain, eux, n’ont pas suivi. Les forces rwandaises n’ont pas reculé, le M23 tient toujours ses positions, et l’échéance que le secrétaire d’État Marco Rubio avait évoquée le 4 juin s’est éteinte sans conséquence.

C’est que l’architecture ne mord pas. Le texte signé à Washington ne s’accompagne d’aucun mécanisme de sanction qui se déclencherait de lui-même. Le 14 juillet, l’ONU a bien allongé sa liste noire de six noms et deux entités, mais sans y porter le moindre responsable rwandais. Et les États-Unis, qui restent en volume le principal soutien financier bilatéral de Kigali, n’ont pas entamé cette aide. Kagame lui-même le sait, qui répondait, interrogé sur les mesures visant sa raffinerie : « Rien n’est gelé. » Le coût, il l’admet, « cela fait mal, absolument. C’est fait pour ça », mais il l’assume. Le garant a fixé une attente ; il ne l’a pas adossée à un levier.

Reste donc, pour Washington, un choix qu’il diffère. Il peut durcir : sanctionner nommément des responsables rwandais, geler des programmes d’aide, faire payer à Kigali le prix de son immobilisme. Mais ce durcissement mettrait à l’épreuve l’accord qu’il a lui-même parrainé, et la relation qu’il entretient avec un partenaire de longue date. Ou il peut patienter, laisser le mécanisme conjoint tenir lieu de politique, et accepter que le calendrier lui échappe. À ce stade, c’est la seconde option qui prévaut.

La question de l’été a donc changé de nature. Elle n’est plus de savoir si le Rwanda se retirera, mais combien de temps son garant américain acceptera qu’il ne le fasse pas. Et, comme le dessine déjà le rapport de force entre Kigali et Washington, la clé de la guerre à l’Est ne se trouve pas à Kinshasa. Elle est dans la patience, ou l’impatience, de l’unique capitale dont Kigali redoute encore, à terme, les décisions.

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B
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