Partis & Coalitions Dialogue national en RDC : les 7 points de friction séparent le pouvoir, l’opposition et les Églises

Dialogue national en RDC : les 7 points de friction séparent le pouvoir, l’opposition et les Églises

Dialogue national en RDC : les 7 points de friction séparent le pouvoir, l’opposition et les Églises
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 AOÛT 2026 - 01:18 WAT · 6 min de lecture

Annoncé le 17 juillet 2026 à Kinshasa par le cardinal Fridolin Ambongo, à l’issue d’une audience accordée par Félix Tshisekedi aux représentants des principales confessions religieuses, le dialogue national inclusif n’a, au 6 août 2026, ni acte de convocation ni ordre du jour publiés. Sept désaccords opposent le pouvoir, l’opposition et les deux principales Églises du pays.

Le premier tient à un acte qui n’a pas été pris : aucune ordonnance de convocation n’a été publiée depuis l’annonce. La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel demande, dans son communiqué du 20 juillet, que ces assises soient convoquées « dans les plus brefs délais ».

Un préalable constitutionnel posé par écrit

Le deuxième désaccord porte sur ce qui sera mis sur la table. Le même communiqué du 20 juillet porte que « le dialogue ne saurait constituer un instrument destiné à remettre en cause les principes fondamentaux de la Constitution ». Le 9 juillet 2026, rapporte Radio Okapi, la coalition avait conditionné sa participation au renoncement public et définitif du chef de l’État à son projet de révision constitutionnelle. Les deux principales structures chrétiennes du pays ne tiennent pas le même langage. Dans son message signé le 19 juin 2026 et publié le 20 juin au Centre interdiocésain, la Conférence épiscopale nationale du Congo écrit ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution ». L’Église du Christ au Congo, dans la déclaration de sa 66e session extraordinaire tenue à Kinshasa du 4 au 7 juin 2026, formule une exigence de méthode : toute initiative de réformes constitutionnelles doit répondre « à l’exigence d’un cadre national inclusif et apaisé ». Le même document écrit aussi que « le Peuple peut, dans les conditions d’un large consensus national (…) statuer sur les dispositions de l’article 220 ».

L’ordre du jour que la coalition, elle, réclame tient en six objets, énumérés au point 3 de son communiqué : « l’agression extérieure et l’insécurité persistante dans l’Est de la République, la crise de gouvernance, les difficultés économiques et sociales », puis les réformes de la réunification du territoire, de la paix et de la démocratie. Aucun projet d’ordre du jour, aucune liste de commissions et aucun règlement intérieur n’ont été rendus publics depuis le 17 juillet.

Deux positions opposées sur la liste des participants

Le troisième point de friction est celui des invités. Lambert Mende Omalanga, député national, coordonnateur de la Convention des Congolais Unis, s’exprimait le lundi 3 août 2026, lors d’une matinée politique à Kinshasa. Ouvrir le dialogue « à des personnes dûment condamnées par la justice ou sanctionnées par la communauté internationale pour coalition avec l’agresseur n’est pas acceptable, parce que les mêmes causes produiront les mêmes effets », déclare-t-il, selon Radio Okapi. Il précise : « Les deux catégories devraient être non éligibles au dialogue intuitu personae, c’est-à-dire à titre personnel ». Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme, décrit le 18 juillet, selon Radio Okapi, un périmètre plus large. Il range « les opposants comme les membres de la rébellion et la société civile » parmi les parties qui doivent « jouer un jeu clair ». La C64, de son côté, réclame un dialogue inclusif sans publier de liste. Radio Okapi rapporte, dans ses revues de presse des 20 et 31 juillet 2026, que le gouvernement poserait des lignes rouges excluant l’AFC/M23 et ses alliés, Joseph Kabila et Corneille Nangaa.

Le quatrième désaccord précède la table. La coalition « exige des mesures de confiance et de décrispation pour rassurer toutes les parties prenantes », sans en donner le détail. Le contexte, lui, est documenté. La coalition indique avoir tenu un sit-in au Palais du Peuple le 12 juin 2026 et l’avoir vu réprimer. La CENCO, dans son message du 19 juin, écrit que les manifestations de l’opposition sont « violemment réprimées par la police nationale en collaboration avec une milice d’un parti politique » qu’elle nomme Force du progrès. Le 24 juin 2026, selon Radio Okapi, l’UDPS a saisi la justice pour usurpation de l’identité de la Force du Progrès.

Le cinquième point est un texte en attente. Dans son communiqué du 20 juillet, la coalition « met en garde le pouvoir de tout acte de provocation par toute nouvelle mesure allant dans le sens de la poursuite du processus de changement de la Constitution notamment la promulgation de la loi sur le référendum ». La Cour constitutionnelle s’est prononcée depuis. Le 28 juillet 2026, en audience publique, elle a déclaré cette loi conforme à la Constitution sous réserves d’interprétation portant sur treize articles, selon l’ACP. Radio Okapi écrit le même jour que cette décision donne « un feu vert à sa promulgation ».

Le sixième désaccord porte sur la place du dialogue face aux négociations déjà engagées. La C64 relève, selon Radio Okapi le 10 juillet 2026, que les processus de Nairobi, Luanda, Doha et Washington ont échoué « car elles ont principalement abordé les dimensions militaires et diplomatiques sans traiter les causes politiques et institutionnelles ». L’ECC inscrit au contraire le dialogue dans leur prolongement, en le déclarant « la voie idoine dans ce contexte précis, conformément aux Résolutions 2773 et 2808 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies (…) ainsi que des Accords de Washington et de Doha ». Selon la revue de presse de Radio Okapi du 31 juillet 2026, le gouvernement distinguerait pour sa part le volet diplomatique externe, qui relève de Washington et de Doha, des consultations politiques internes.

Le septième porte sur la méthode et le tempo. La coalition attend « des décisions concrètes, un calendrier clair et des actes conformes aux engagements publiquement annoncés ». Le 17 juillet, à la sortie de l’audience présidentielle, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, indiquait que les conditions du dialogue « seront précisées chemin faisant ».

Un huitième blocage relève d’un autre dossier. L’échange de détenus promis le 17 avril 2026 aux pourparlers de Montreux, 311 personnes réclamées par l’AFC/M23 et 166 détenus liés au gouvernement, avec la facilitation du Comité international de la Croix-Rouge, n’avait pas été exécuté au 16 juillet 2026, selon Radio Okapi. Il relève du processus de Doha, et non du dialogue national inclusif.

Le lieu des assises, leur format, leur durée et leur financement n’ont fait l’objet d’aucune déclaration d’un acteur nommé ni d’aucun document public. Aucun facilitateur n’a été désigné. La CENCO et l’ECC ont été reçues le 6 juillet 2026 à Bujumbura par Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, puis le 17 juillet par le chef de l’État. Aucun acte ne leur confie de mandat de médiation.

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B
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