Économie RDC : ce que le balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï va changer pour la navigation
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RDC : ce que le balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï va changer pour la navigation

Félix Tshisekedi a lancé le 25 août 2026 au port de l'ONATRA la campagne de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï. Repères flottants, drague multifonctions, péniches métalliques : ce que ces moyens changent pour la sécurité des passagers et le transport des marchandises.

RDC : ce que le balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï va changer pour la navigation
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 26 AOÛT 2026 - 12:31 WAT · 7 min de lecture

Le président de la République, Félix Tshisekedi, a lancé le mardi 25 août 2026, au port de l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa, la campagne de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï. Après un défilé nautique, il a remis aux commandants des baliseurs l’ordre de marche, le document qui autorise le démarrage des travaux. Ces travaux consistent à poser des repères qui indiquent aux engins flottants le chemin à suivre et signalent les zones dangereuses.

Ce que fait un balisage, concrètement

Un chenal navigable n’est pas visible depuis la timonerie. Les bancs de sable, les hauts-fonds et les épaves ne se signalent pas d’eux-mêmes, et la profondeur utile se déplace au fil des saisons. Le balisage matérialise cette route invisible par des bouées, des feux et des marques posées sur la voie ou sur ses rives.

Le Code de la navigation intérieure applicable à la RDC et aux États de la CEMAC en fait une obligation opposable aux bateliers. Son article 14 dispose que ceux-ci « doivent tenir compte des recommandations et obéir aux indications qui sont portées à leur connaissance par les signaux et marques de balisage ». Sans marques posées, cette obligation reste sans objet, et chaque commandant navigue à l’estime.

Le travail n’est jamais acquis. Le directeur général de la Régie des voies fluviales (RVF), Daniel Lwaboshi, l’a rappelé en août 2025 : « Le balisage est un travail permanent, étant donné que les routes de navigation changent à tous moments à cause de l’ensablement. »

Pourquoi cela touche à la sécurité des passagers

Le manque de balisage figure parmi les causes officiellement identifiées des accidents fluviaux. Dans un communiqué relayé par l’ACP en septembre 2023, le ministère des Transports et Voies de communication citait, à côté du chargement démesuré des baleinières en bois, « le manque de balisage et autres signaux flottants sur le fleuve ».

L’enjeu se mesure en vies. Radio Okapi relevait le 9 août 2026 qu’« au moins 200 personnes ont perdu la vie depuis le début de cette année dans des naufrages sur les cours d’eau de la RDC ». La série de 2026 a touché le fleuve dans le territoire de Bolomba, le lac Albert à Djugu, le lac Kivu à Kalehe, le lac Tanganyika près de Kalemie, la rivière Kwilu près de Bagata, l’Aruwimi à Banalia, la jonction du Kasaï et du Sankuru, et l’Ulindi à Shabunda, où plus de cinquante personnes ont péri en trois mois.

Le vice-Premier ministre, ministre des Transports et Voies de communication, Jean-Pierre Bemba, a fixé l’objectif : « Notre ambition ultime est claire : garantir une mobilité fluide et sécurisée sur toute l’étendue du réseau hydrographique national, afin de prévenir et d’éradiquer durablement les accidents qui endeuillent nos voies d’eau. »

Les engins remis, et ce que chacun apporte

Deux baliseurs sont affectés à la rivière Kasaï. Selon l’ACP, ils doivent servir à « signaler les voies navigables, identifier les zones dangereuses et renforcer la sécurité de la navigation ». Le défilé fluvial a présenté quatre pousseurs, vingt canots, des baliseurs, une péniche métallique et une drague.

La drague multifonctions, remise à la RVF, répond à l’autre moitié du problème. Le balisage indique la route ; le dragage la maintient praticable en retirant les sédiments qui la comblent. Le Code de la navigation intérieure impose d’ailleurs, en son article 8, un dragage régulier du chenal d’accès aux ports. L’acquisition est présentée comme une rupture : « Il s’agit d’une première depuis 40 ans », a déclaré Daniel Lwaboshi selon le compte rendu de la Présidence. L’ACP attribue une formule voisine à Jean-Pierre Bemba, qui a parlé d’une drague « acquise sur fonds propre du Gouvernement de la République, une première depuis près de quarante ans ». Aucune source publique consultable ne fait état d’une acquisition de drague par la RVF depuis les années 1980, et les deux grands programmes de reconstitution de sa flotte, financés par la Banque mondiale et par l’Union européenne, ne comportaient pas de drague.

L’échelle du réseau à couvrir

Jean-Pierre Bemba a rappelé que la RDC dispose d’environ 25 000 kilomètres de voies navigables explorées, dont 16 000 kilomètres classifiés et catégorisés. Le bief moyen, celui que la campagne vise, compte 1 734 kilomètres sur le fleuve entre Kinshasa et Kisangani, et 607 kilomètres sur le Kasaï entre Kwamouth et Ilebo, selon les données de la RVF reprises par l’Organisation hydrographique internationale.

Ces tronçons ont déjà été traités par intermittence. La RVF avait balisé 605 kilomètres sur le Kasaï en juillet 2024, puis 1 734 kilomètres sur le fleuve entre Kinshasa et Kisangani en février 2025, avant une campagne sur le Kwilu, le Kwango et le Kasaï en septembre 2025. La campagne lancée en août 2026 reprend donc un ouvrage que l’ensablement défait entre deux passages.

Remplacer les baleinières en bois

Le lancement a aussi servi de vitrine à un projet pilote de construction navale. La péniche métallique remise au gouvernement est le premier exemplaire d’une série destinée à remplacer les baleinières en bois, mises en cause dans la plupart des naufrages meurtriers. « Cette unité moderne dispose d’une capacité d’accueil allant jusqu’à quatre-vingt-dix-huit (98) passagers par rotation », a précisé Jean-Pierre Bemba. Deux autres exemplaires sont en construction à l’ONATRA pour une livraison annoncée le mois suivant, avec un objectif de cent unités à terme. Six pousseurs neufs sont en construction sur financement propre de l’ONATRA, dont deux déjà opérationnels.

Pour la surveillance et le secours, le ministère des Transports a acquis vingt-six hors-bords équipés de moteurs de 250 chevaux, dont vingt sont livrés et affectés aux patrouilles, et quatre pousseurs financés par le Trésor public seront dédiés aux missions de sauvetage.

Le volet ferroviaire

La visite de la locomotive ONATRA immatriculée 1501, destinée au transport des marchandises, relève de la même logique de désenclavement. Elle est opérationnelle, la 1502 est en cours de livraison, quarante-deux wagons neufs sont attendus le 10 octobre 2026 et la procédure d’acquisition de cinq autres locomotives est en cours de finalisation, selon le vice-Premier ministre : « Une deuxième locomotive est dans le processus de livraison et cinq autres ont également été commandées. »

Sur le réseau urbain, l’ONATRA a relancé le train de Kinshasa le mercredi 19 août 2026, après quinze ans d’interruption, avec dix-sept voitures dont sept automotrices. Le premier convoi a relié Tshenke, à Masina, à la Gare centrale en une heure et vingt minutes, pour un tarif de 2 000 à 5 000 francs congolais.

Ce dont dépendra le résultat

La portée de la campagne tiendra à sa continuité. Le même directeur général de la RVF expliquait en février 2025 pourquoi les campagnes s’espacent : la régie « est butée principalement à la précarité de sa trésorerie due à l’amenuisement des ressources financières propres provenant essentiellement des recettes sur la taxe de navigation et au non-décaissement de la subvention de l’Etat ».

Le balisage agit par ailleurs sur une cause parmi plusieurs. Les mesures rappelées par Jean-Pierre Bemba lors de la cérémonie visent les autres : port obligatoire du gilet de sauvetage, contrôle technique des embarcations, interdiction de la navigation de nuit, assurance obligatoire et contrôle de la formation des commandants. Posées ensemble, ces briques dessinent une chaîne de sécurité dont les repères flottants du fleuve et du Kasaï forment le premier maillon.

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B
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