BTP & Infrastructures RDC : ce que contient la concession du corridor de Lobito signée à Kinshasa

RDC : ce que contient la concession du corridor de Lobito signée à Kinshasa

Kinshasa et Mota-Engil ont signé le 26 août 2026 la concession de la ligne Dilolo-Sakania, 1 004,5 km pour 1,258 milliard de dollars sur trente ans. Ce que prévoit le contrat, ce que garde la SNCC, ce qui reste à établir.

RDC : ce que contient la concession du corridor de Lobito signée à Kinshasa
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 26 AOÛT 2026 - 19:19 WAT · 5 min de lecture

Le gouvernement congolais et la firme Mota-Engil Engenharia e Construção África ont signé le mercredi 26 août 2026 à Kinshasa l’accord de concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, tronçon congolais du corridor de Lobito. La signature s’est faite lors d’un point de presse tenu en présence du président Félix Tshisekedi et de son homologue angolais João Lourenço, en visite de travail. Selon l’ACP, l’accord a été signé pour la partie congolaise par « le vice-Premier ministre en charge des Transports, son collègue du Budget, ainsi que les ministres des Finances et du Portefeuille ».

Une ligne de 1 004,5 kilomètres

« Aujourd’hui, nous avons franchi une étape majeure avec la signature du contrat de concession relatif à la ligne ferroviaire Dilolo-Sakanya, composante essentielle du tronçon congolais de ce corridor stratégique », a déclaré Félix Tshisekedi. La ligne mesure 1 004,5 kilomètres et dessert Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, au cœur de l’espace minier du Grand Katanga.

Le montant est fixé à 1,258 milliard de dollars. Il couvre les études, la réhabilitation, la modernisation, l’extension, l’exploitation et la maintenance de l’infrastructure. Le compte rendu de la 95e réunion du Conseil des ministres, tenue le 31 juillet 2026, chiffre l’objectif technique : la convention « permettra d’améliorer progressivement la capacité de transport jusqu’à 13,7 millions de tonnes par an ».

Trente ans, puis retour à l’État

Le contrat est une concession, non une vente. Félix Tshisekedi a précisé la mécanique : « La période d’exploitation est fixée à 30 ans. Au terme de celle-ci, les infrastructures seront transférées à l’État congolais, dans les conditions prévues par le contrat. » Le mécanisme est celui d’un partenariat public-privé, régime organisé en RDC par la loi n° 18/016 du 9 juillet 2018.

Selon Félix Tshisekedi, le concessionnaire assume le financement du projet et le risque lié au trafic, sans garantie souveraine, sans subvention d’exploitation et sans garantie de revenu minimum de la part de la RDC. En contrepartie, l’État congolais doit détenir au moins 10 % du capital de la société de projet et percevoir une redevance de concession équivalant à 7,5 % du chiffre d’affaires annuel brut. La composition de la société de projet n’a pas été rendue publique.

Ce que devient la SNCC

Le président de la République a écarté deux lectures : cet accord ne privatise pas la Société nationale des chemins de fer du Congo et ne crée pas de monopole ferroviaire. La SNCC conserve l’exclusivité du transport des voyageurs et garde son droit d’acheminer des marchandises sur le réseau.

Du minerai, mais pas seulement

Le corridor relie le Katanga au port angolais de Lobito, sur l’Atlantique. Il raccourcit la route des exportations congolaises de cuivre et de cobalt, aujourd’hui acheminées vers Durban, Dar es Salaam ou Beira. Trafigura indiquait en février 2026 que le trajet terrestre de Kolwezi au port prenait sept jours, et que le Lobito Atlantic Railway avait transporté plus de 200 000 tonnes de fret en 2025. La société américaine de financement du développement attend du corridor une réduction des coûts de transport des minerais critiques pouvant atteindre 30 % et une capacité portée à 4,6 millions de tonnes.

Félix Tshisekedi a posé une autre ambition : « Notre ambition n’est pas de construire un simple corridor d’évacuation des matières premières. Nous voulons bâtir un corridor de production, de transformation et de création de valeur. » Il a cité les produits agricoles, les intrants industriels, les hydrocarbures, les conteneurs et les biens de consommation, et fixé les contreparties qu’il attend : « L’essentiel, ce sont les emplois qui devront être créés pour les Congolaises et les Congolais. L’essentiel, c’est la formation de notre jeunesse, le développement des compétences nationales, le recours aux entreprises locales et le transfert effectif des technologies. »

João Lourenço a situé le projet au-delà des deux pays : « Le Corridor de Lobito n’appartient ni à l’Angola ni à la RDC. C’est un projet transnational qui apporte des bénéfices à tous les pays du continent et contribue également à l’économie mondiale. »

Une décision préparée depuis juillet

La signature clôt une séquence de sept semaines. Le 10 juillet 2026, le Conseil des ministres approuvait le dossier de partenariat public-privé avec Mota-Engil portant sur la ligne Dilolo, Kolwezi, Lubumbashi, Sakania. Le 31 juillet, réuni à Kaniama Kasese dans le Haut-Lomami, il adoptait la convention de collaboration et son montant de 1,258 milliard de dollars. Entre les deux, le 16 juillet, le département d’État américain saluait l’attribution et appelait à une signature rapide, la Société américaine de financement du développement soutenant le montage.

L’accord de partenariat stratégique signé entre Washington et Kinshasa le 4 décembre 2025 fixe une cible chiffrée : dans les cinq ans, la moitié au moins du cuivre commercialisé par la RDC et ses entreprises publiques doit sortir par le corridor Sakania-Lobito.

Ce qui reste à établir

Trois points ne sont pas documentés à ce stade. L’actionnariat de la société de projet n’est pas publié. Les documents officiels désignent aussi le concessionnaire sous trois appellations différentes : Mota-Engil S.A dans le compte rendu du 10 juillet, Mota-Engil Africa dans celui du 31 juillet, Mota-Engil Engenharia e Construção África dans la dépêche de l’ACP du 26 août. Enfin, le ministre des Transports avait annoncé en février 2026 un appel d’offres international pour le tronçon Tenke-Kolwezi-Dilolo, prévu en avril, dont aucune source ne rend compte depuis. Le contrat de concession n’a pas été publié.

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B
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