Banques et finances Banques : des bénéfices records en RDC, le paradoxe d’un pays peu bancarisé

Banques : des bénéfices records en RDC, le paradoxe d’un pays peu bancarisé

Rawbank et Standard Bank RDC affichent des bénéfices records en 2025, dans un pays en guerre à l'Est et où trois habitants sur quatre n'ont pas de compte. Un paradoxe sur ce que les banques financent vraiment.

Banques : des bénéfices records en RDC, le paradoxe d’un pays peu bancarisé
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 11:43 WAT · 3 min de lecture

Les résultats sont tombés au printemps, et ils sont spectaculaires. Rawbank, première banque du pays, a dégagé en 2025 un bénéfice net de 231,6 millions de dollars, en hausse de près de 9 %, pour un produit net bancaire de 682 millions, selon son rapport présenté le 7 mai 2026. Standard Bank RDC a annoncé à son tour, le 1er juillet, 38,8 millions de dollars de bénéfice net, presque triplé sur un an à partir d’un point bas. Deux des plus grandes banques du pays affichent ainsi des profits en forte hausse.

Le contraste avec le pays réel est frappant. En République démocratique du Congo, le taux de bancarisation ne dépasse pas 25 à 30 %, même si l’inclusion financière atteint 58 % grâce au mobile money, selon les chiffres avancés en mai 2026 par le gouverneur de la Banque centrale, André Wameso. « Il est possible d’utiliser des moyens de paiement digitaux sans avoir de compte bancaire, notamment via les mobiles money », précisait-il. Autrement dit, une minorité de Congolais est cliente des banques qui prospèrent.

L’année 2025 leur a pourtant été favorable. La Banque centrale a assoupli sa politique monétaire, ramenant son taux directeur de 25 % à 15 % en janvier 2026, tandis que l’inflation refluait à 2,27 % fin décembre, contre près de 12 % un an plus tôt. Dans le même temps, l’État, gros émetteur de bons du Trésor, a offert aux banques un placement rémunérateur, l’encours des titres publics dépassant deux milliards et demi de dollars début 2026. La ventilation exacte de ces profits, entre crédit, change et titres publics, n’est toutefois pas rendue publique.

Les banquiers, eux, mettent en avant le financement de l’économie. « Cette performance est la combinaison de plusieurs facteurs », soulignait le directeur administratif et financier de l’établissement, Salomon Baketi, qui présente Standard Bank RDC comme un acteur désormais central du financement de l’économie congolaise. À la Rawbank, le directeur général Mustafa Rawji dit vouloir servir « l’économie réelle, celle qui crée de l’emploi, du revenu et du tissu productif ». Le discours est constant, mais la démonstration chiffrée reste à faire.

Le paradoxe est d’autant plus vif que l’année a été marquée par la guerre. Sous l’occupation de l’AFC/M23, les agences bancaires de Goma et Bukavu sont restées fermées une partie de 2025, leur réouverture soumise à l’autorisation de la Banque centrale à Kinshasa. La prospérité du secteur s’est donc construite pendant qu’une partie du territoire échappait au système financier national.

Pour Kinshasa, la santé des banques est une bonne nouvelle, mais elle pose une question de fond. Un secteur bancaire rentable est un atout, à condition qu’il irrigue l’économie plutôt que de vivre de la rente de l’État et du change. La vraie mesure de ces bénéfices ne sera pas dans les communiqués triomphants, mais dans le crédit accordé aux entreprises et aux ménages congolais. Tant que les trois quarts du pays resteront hors des banques, le record restera à moitié congolais.

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B
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