FMI : 348 millions de dollars décaissés pour la RDC, ce que ce feu vert dit et ne dit pas
Le FMI a débloqué 348,5 millions de dollars pour la RDC après deux revues de programme. Un appui réel, mais un prêt assorti de conditions, et un satisfecit nuancé par deux critères manqués.

FMI : 348 millions de dollars décaissés pour la RDC, ce que ce feu vert dit et ne dit pas
AFP
Le 26 juin 2026, le conseil d’administration du Fonds monétaire international a achevé deux examens du programme congolais, la troisième revue au titre de la facilité élargie de crédit et la deuxième au titre de la facilité pour la résilience et la durabilité. Cet aboutissement ouvre un décaissement immédiat d’environ 348,5 millions de dollars, réparti entre 258,2 millions au titre de la facilité de crédit et 90,3 millions au titre du volet résilience. Il ne s’agit pas d’un don, mais de financements concessionnels, remboursables et assortis de conditions.
Ce versement s’inscrit dans un accord de longue haleine. Approuvé le 15 janvier 2025 pour trente-huit mois, le programme prévoit une enveloppe de 1 729 millions de dollars au titre de la facilité de crédit et de 1 038 millions au titre du volet résilience. Deux séries de revues l’avaient déjà jalonné en 2025, en juillet puis en décembre. Le décaissement de juin est donc une étape, pas un aboutissement, dans une relation encadrée par des objectifs chiffrés et des rendez-vous réguliers.
L’usage de ces fonds est balisé. La facilité de crédit soutient la balance des paiements et le budget, tandis que le volet résilience finance des réformes climatiques et structurelles. L’appui tombe alors que les comptes extérieurs se sont raffermis. Selon les données de la Banque centrale du Congo, les réserves internationales atteignaient 7,616 milliards de dollars au 11 juin 2026, soit près de 2,9 mois d’importations. Cette embellie tient d’abord aux exportations minières, le décaissement du FMI venant la conforter sans en être la cause principale.
Le satisfecit reste toutefois nuancé. Le Fonds a jugé la mise en œuvre globalement satisfaisante, mais deux critères de performance de fin décembre 2025 n’ont pas été respectés. Le premier porte sur le solde budgétaire intérieur, dont le dérapage est attribué à des dépenses de sécurité imprévues, liées au conflit dans l’Est. Le second concerne les pratiques de taux de change multiples, après une modification par la Banque centrale des marges appliquées à ses opérations avec le Trésor. Des mesures correctives ont permis l’achèvement des revues, mais ces deux manquements rappellent la tension qui pèse sur la gestion publique.
Le contexte, le FMI le décrit sans détour. Dans son communiqué du 30 juin, l’institution estime que l’économie congolaise « remains resilient despite the challenging external and domestic environment, including from the ongoing armed conflict in the eastern part of the country, the war in the Middle East, and the Ebola outbreak », soit, en français, qu’elle « demeure résiliente malgré un environnement extérieur et intérieur difficile, notamment le conflit armé en cours dans l’est du pays, la guerre au Moyen-Orient et l’épidémie d’Ebola ». Le directeur général adjoint et président par intérim du Fonds, Kenji Okamura, résumait de son côté un équilibre précaire, jugeant selon le communiqué que « les perspectives à court terme demeurent favorables, mais sujettes à des risques importants ».
Pour Kinshasa, ce décaissement est un point d’appui, pas un blanc-seing. Un feu vert du FMI valide l’achèvement d’examens techniques, il ne cautionne pas l’ensemble de la politique du gouvernement, et les deux critères manqués le montrent. La somme aidera la trésorerie et les réserves, mais elle devra être remboursée, et les prochaines revues jugeront sur pièces. La vraie mesure du programme ne sera pas dans le montant décaissé, mais dans la capacité à tenir la ligne budgétaire quand la guerre en dicte l’écart.
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